Saliculture : une récolte de sel très précoce


Sur l'île de Ré, les sauniers ont démarré la récolte avec un mois d'avance. La sécheresse n'y est pas pour rien.

Sel et marais de l’île de RéMichèle Jean Bart

Sel et marais de l’île de Ré

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Publication PUBLIÉ LE 09/06/2022 PAR Virginie Valadas

Les sauniers de l’île de Ré, une centaine de producteurs répartis entre sauniers coopérateurs pour deux tiers et sauniers indépendants pour un tiers, ont produit du gros sel en quantité importante et même de la fleur de sel dès ce mois de mai 2022, avec un mois d’avance sur un début de récolte « normal ». Pour autant, même s’ils se réjouissent de cette récolte précoce, la profession s’interroge sur son adaptabilité et sur sa capacité à « questionner le marais à l’avenir ».

L’adage selon lequel « le malheur des uns fait le bonheur des autres » est approprié aux sauniers et aux paludiers (les deux noms donnés aux producteurs de sel artisanaux en France), 600 producteurs au total qui récoltent du sel de manière naturelle et séculaire sur les bassins de production de Guérande en Loire-Atlantique, Noirmoutier en Vendée et l’île de Ré en Charente-Maritime. Car l’exceptionnelle et extrême sécheresse de ce mois de mai 2022 les a mis au travail de la récolte plus tôt que prévu, dès la préparation des marais de fin d’hiver et de printemps terminée. Tous les ans, pendant les mois de février, mars et avril, les sauniers « préparent » leurs marais avant la récolte : ils égalisent les surfaces de leurs aires saunantes en étalant les boues, ils restaurent les circuits d’eau, reconstituent les rebords des marais en argile. Sans ce travail de préparation exigeant, point de récolte possible.

Mais rarement, les tas de gros sel sont déjà observés sur les bosses des marais dès la fin mai. C’est plutôt une image qui apparaît dans le paysage de l’île de Ré à la mi-juillet. Il y a donc bien un mois d’avance sur la saison de récolte du sel, faisant de la saliculture la seule profession agricole qui tire son épingle du jeu des conséquences du réchauffement climatique. Puisque la cristallisation des grains de sel a besoin de l’action combinée du soleil et du vent pour que la magie opère.

Déjà sept tonnes de gros sel pour Valérie Charpentier, saunière à la Coopérative

Valérie Charpentier est une saunière qui en a pourtant vu d’autres, du haut de ses soixante ans. Après une carrière dans la restauration, elle s’est installée saunière il y a une quinzaine d’années puis est devenue adhérente à la Coopérative des Sauniers trois ans après son installation. Issue d’une famille de producteurs de sel, cette reconversion lui est apparue logique et quasiment guidée par ses gênes. Elle exploite 48 aires saunantes dans un champ simple de sel (un marais unique) à Saint-Clément-des-Baleines. Et n’en revient pas d’avoir déjà sept tonnes de gros sel qui domine son marais. Du gros sel qu’elle a dû protéger et bâcher en prévision des orages qui ont eu lieu ce premier week-end de juin. Avec son expérience, Valérie sait qu’il faudra « jongler » entre les périodes de grosse chaleur et les épisodes pluvieux et même orageux : « c’est normal que nous ayons de la pluie » dit-elle.

Valérie Charpentier, Saunière n'en revient pas. Elle a déjà récolté 7 tonnes de gros sel dans son marais.Michèle Jean Bart

Valérie Charpentier, Saunière n’en revient pas. Elle a déjà récolté 7 tonnes de gros sel dans son marais.

Et d’ajouter « Sept tonnes, cela permet de faire au moins un charroi », le charroi désigne le fait de ramener son gros sel à l’abri dans un hangar pour passer l’hiver. Le charroi du sel a lieu au mois de septembre et ne s’effectue qu’à partir de la quantité minimum de six tonnes par saunier.

Comme ses collègues, Valérie sait qu’il faudra s’adapter et surtout adapter le marais. « Une eau de mer trop chaude donne un marais échaudé et ce n’est pas bon non plus pour la cristallisation du sel, cela fait de la bouillie ».

Huit années de bonnes récoltes consécutives

Louis Merlin, lui-même saunier et président de l’association des producteurs de sel de l’île de Ré confirme « c’est vrai que produire une telle quantité de sel dès le mois de mai est un événement exceptionnel. » Cela questionne le fonctionnement et le rythme de leur travail commente le professionnel : doivent-ils anticiper la préparation des marais pour qu’ils soient prêts plus tôt ? Cela pose également question sur le recrutement des renforts pendant la saison estivale, souvent des étudiants pas disponibles avant juillet.

Louis Merlin a étudié, sans les approfondir, huit scénarios d’évolution climatique pour la période allant de 35 à 90 ans, presqu’aucun des scénarios n’est défavorable à la saliculture. La multiplication des canicules va de pair avec l’augmentation des périodes de récolte. Mais elle se traduit aussi par une multiplication d’épisodes orageux. Depuis 2015, les récoltes sont supérieures aux moyennes des années antérieures. Il est encore trop tôt pour anticiper la production de 2022, même si elle a démarré sur les chapeaux de roue.

Et si saliculteur était le métier d’avenir dans l’agriculture ?



Infos pratiques !

L’info en plus : Comment fonctionne un marais rétais ?

Les producteurs de sel étaient au nombre de 1000 à la fin du XIXe siècle dans l’île de Ré. Aujourd’hui, ils sont une centaine et leur nombre tend à s’accroître. La profession séduit par la symbiose totale avec les éléments naturels, les oiseaux, l’océan… Le sel est produit selon des techniques séculaires n’ayant quasiment pas changé depuis le moyen-âge. Seul le tracteur a un peu fait son apparition dans le paysage des marais, notamment pour le charroi du sel. Sur l’île de Ré un marais salant est composé de trois ensembles de bassins : le vasais, les métières et le champ de marais, des bassins tous creusés par la main de l’homme dans l’argile naturelle. C’est la circulation et le débit de l’eau de mer qui circule entre ces différents bassins qui permettent la cristallisation du sel.

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