La Vierge Marie de la discorde


Une statue de la Vierge Marie située à un carrefour sur la commune de La Flotte (île de Ré) suscite un déchaînement de passion, après une décision du tribunal de la déplacer par respect de la loi de 1905 sur la laïcité.

Statue d'une Vierge Marie à un carrefourVirginie Valadas | Aqui

Dans les six mois, la statue de la Vierge devra être déplacée.

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Publication PUBLIÉ LE 17/01/2023 PAR Virginie Valadas

Dura lex, sed lex, la loi est dure mais c’est la loi. L’adage latin qui souligne que la loi s’impose dans toute sa rigueur, quelles que soient les circonstances, trouve son illustration dans les mésaventures de la statue de la Vierge Marie à La Flotte dans l’île de Ré. Qui plus est quand il s’agit de la loi sur la laïcité, loi de 1905 qui vise à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Cette, maintenant, fameuse représentation de la Madone à l’île de Ré en fait les frais. Pour la seconde fois, elle s’est retrouvée à faire la une des chaines d’infos télé et des médias. En cause : un arrêt en date du 12 janvier 2023 de la Cour administrative de Bordeaux confirmant l’obligation pour la commune de La Flotte de déplacer la statue de la Vierge Marie. La statue de la discorde avait été réinstallée en 2020 au carrefour éponyme et sur la voie publique, après avoir été percutée par une voiture et endommagée.

Pour l’Histoire, la sculpture originelle a été réalisée après la seconde guerre mondiale par une famille rétaise reconnaissante d’avoir vu des survivants revenir de la guerre. D’abord exposée dans un jardin privé, elle fut offerte à la commune, qui en 1983, l’a installée au carrefour qui porte aujourd’hui son nom. 

Une statue refaite à l’identique

Refaite à l’identique par le sculpteur rétais Jean-Marie Meslin en 2020 à la demande de la municipalité flottaise, la statue était alors installée de nouveau sur son promontoire, au même carrefour de La Flotte.

C’était sans compter sur le combat de l’association La Libre pensée 17 qui y a vu un non-respect de la loi de 1905, loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’association a esté en justice pour demander à la municipalité rétaise de déplacer la fameuse représentation de la Vierge Marie. Cette loi interdit, entre autres, “d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit“, sauf dans les cimetières et les musées.

En première instance, le jugement du tribunal administratif de Poitiers avait annulé la décision du maire Jean-Paul Héraudeau, qui refusait de déplacer la statue, argumentant qu’il n’avait en aucun cas choisi son emplacement initial, et qu’il estimait ne pas contrevenir à la loi. Le maire faisait alors appel de l’injonction de justice, soutenu par l’ensemble de son conseil municipal et par une majorité de Rétais très attachés à ladite statue. Plus, parce qu’elle fait maintenant partie du patrimoine local, que par son caractère religieux. Une pétition recueillait même, à l’époque, plus de 5 000 signatures.

Patrimoine local VS caractère religieux

Trois mois avant les élections présidentielles, l’affaire prenait un tour politique et médiatique national, après que des jeunes d’une association vendéenne proche de l’extrême droite soit venue manifester devant la statue.

La cour d’appel reconnaît dans son arrêt du 12 janvier 2023 que « la commune n’avait pas l’intention d’exprimer une préférence religieuse en l’y installant en 2020″, mais elle argumente in fine « que la figure de la Vierge Marie est un personnage important de la religion chrétienne, en particulier catholique, et que la statue présente par elle-même un caractère religieux ».

Six mois pour déplacer la statue

Interrogé depuis la réception de l’arrêt, le maire Jean-Paul Héraudeau confirme étudier la possibilité d’un recours devant le Conseil d’Etat. Il argumente que la petite parcelle sur laquelle est placée la statue est en indivision, c’est-à-dire qu’elle appartient à la fois à la commune et à des propriétaires privés. “Bien malin qui peut dire sur quelle partie de la parcelle est située la statue : la publique ou la privée ? ” En outre, il affirme que l’interprétation qui est faite de la laïcité dans cette affaire est une interprétation sectaire. Pour lui, la laïcité doit prôner la tolérance.

L’arrêt du 12 janvier n’est pas suspensif, ce qui signifie que même si la municipalité continue de porter l’affaire à la barre du Conseil d’Etat, elle a six mois pour déplacer la statue, sous peine de devoir commencer à payer des pénalités quotidiennes.

Mais aujourd’hui, la petite commune de La Flotte doit faire face à un rebondissement de l’affaire, le groupe de jeunes militants d’extrême droite Génération Z (Z pour Zemmour) annonce une manifestation devant la statue le samedi 28 janvier à 14h. Le maire aurait souhaité que l’affaire soit réglée à l’île de Ré, sans récupération politique de part et d’autre.


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