Pollution aux pesticides sur la plaine d’Aunis


Suite à une réunion d'information sur la pollution à un herbicide révélée l'été dernier sur la plaine d'Aunis, une médiation entre riverains, élus et agriculteurs va s'ouvrir

La réunion a été organisée dans deux salles pour pouvoir accueillir toutes les personnes présentesVirginie Valadas

La réunion a été organisée dans deux salles pour pouvoir accueillir toutes les personnes présentes

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Publication PUBLIÉ LE 21/09/2022 PAR Virginie Valadas

Les élus de la communauté d’agglomération de La Rochelle ont convié les riverains de la commune de Montroy et des communes voisines de la plaine d’Aunis à une réunion en présence de plusieurs experts scientifiques. Objectif : faire la lumière, contextualiser et expliquer les mauvais résultats révélés en juillet dernier par capteur d’air ATMO Nouvelle-Aquitaine (observateur régional de la qualité de l’air). Il avait montré un taux record de pollution à un herbicide qui traite les céréales d’hiver: le prosulfocarbe. L’occasion d’annoncer aussi l’ouverture d’une médiation avec les agriculteurs.

Il y avait du monde qui se pressait à Montroy en soirée du mercredi 14 septembre. Aucune des salles de la commune de 900 habitants n’était suffisamment grande pour accueillir les 400 personnes qui s’étaient déplacées pour assister à la réunion organisée à l’initiative des élus de l’agglomération rochelaise. Deux salles ont donc du être mobilisées, l’une pour la tenue des échanges, l’autre pour leur retransmission sur deux écrans.

Parmi ces riverains, aux premiers rangs desquels se trouvaient douze maires des communes de la plaine d’Aunis, la députée de la circonscription de Rochefort, la suppléante du député Olivier Falorni (circonscription La Rochelle/Ré), le sénateur Mickaël Vallet, Luc Servant, président de la Chambre d’agriculture Nouvelle-Aquitaine, mais aussi le président de la Ligue contre le Cancer de Charente-Maritime ou le président de Nature Environnement 17. Une mobilisation totale pour écouter ce qu’avaient à dire les scientifiques au sujet des mauvais résultats révélés début juillet dernier par le capteur ATMO Nouvelle-Aquitaine.

« Les pesticides sont nuisibles à la santé, même en quantité moindre »

La première à prendre la parole était la représentante de l’ATMO. Elle expliquait pourquoi le site de Montroy était représentatif de toutes les communes alentour au cœur de cette grande plaine céréalière, en termes de distances des premières cultures (100 à 150 mètres). Elle a surtout expliqué que les taux de pesticides captés dans l’air dépendaient des conditions météorologiques au moment où ils sont pulvérisés. Ainsi, quand l’air est trop sec, la molécule très volatile se fixe moins bien au sol, ce qui a été le cas lors des campagnes de traitement de 2020 et 2021.

Puis lui ont succédées Laurence Huc, directrice de recherches à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement à Toulouse et sa collègue Liana Arnaud, toxicologue. Les deux scientifiques ont eu un verdict sans appel : les principales molécules détectées sur la plaine d’Aunis sont nuisibles à la santé, même en quantité moindre. Leurs études ont porté sur sept molécules en particulier, toutes détectées sur la plaine d’Aunis. Evoquant, un effet cocktail de ces différentes molécules, Laurence Huc a affirmé que dans ce contexte « zéro + zéro + zéro n’était pas égal à zéro ». Un constat inquiétant.

Des freins à la conversion

Vincent Bretagnolles, directeur de recherche au CNRS connu pour ses travaux sur l’agriculture et l’environnement avec la ferme atelier des Val de Sèvres a quant à lui affirmé que suite à plus de dix années d’expérimentation, il était démontré que l’agriculture biologique permettait des rendements équivalents ou supérieurs à l’agriculture conventionnelle, y compris pour la culture des céréales.

Selon lui, les revenus des agriculteurs s’en trouvent augmenter, puisqu’il a moins de charges, les produits phytosanitaires étant très chers. Malgré ces résultats, il constate qu’il y a un énorme frein pour les agriculteurs en conventionnel à ne plus avoir recours à des pesticides. Parmi, ces freins, il a identifié la peur du changement, la peur de la prise de risque. 


Maintenir l’activité agricole

Cédric Tranquard, président de la chambre d’agriculture de Charente-Maritime a été interpellé à plusieurs reprises lors de cette réunion. Il suggère plus de précisions dans les futures pulvérisations à venir (vers la Toussaint) en tenant compte de prévisions météorologiques précises. Une réponse qui n’a pas semblé satisfaire l’auditoire, notamment les parents d’enfants malades réunis au sein de l’association Avenir santé environnement. Tout en souhaitant « comprendre ce qu’il se passe », Luc Servant a assuré que des solutions seraient trouvées pour permettre le maintien de l’activité agricole.

Franck Rinchet-Girollet, membre de l’association Avenir santé environnement, prendra la parole en fin de réunion pour déplorer l’absence de représentants de l’Agence Régionale de Santé ou de Santé Publique France. Pour lui, les responsables ne sont pas les agriculteurs qui sont, au contraire, les premiers touchés, mais les grandes firmes de l’agrochimie et les organismes d’Etat qui mettent sur le marché les molécules. 

Une grande médiation

L’Agglomération rochelaise a confirmé la pérennisation de la station de mesures de la qualité de l’air de Montroy et a annoncé le lancement d’une vaste « médiation » entre riverains, élus, associations et agriculteurs dans cinq communes de la plaine d’Aunis : Bourgneuf, Clavette, Saint-Rogatien, Périgny et Montroy.

Douze médiateurs animeront cette opération avec trois réunions préparatoires qui se dérouleront entre le 28 novembre et le 5 décembre avant une restitution des conclusions de la médiation prévue en janvier 2023.

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