L’ “incroyable” nouvelle vie de Romain et Audrey


La fromagerie artisanale que livre Romain et Audrey Verrier a remporté plusieurs médailles au Salon de l'agriculture 2022. Une fierté pour ces néo-ruraux tout juste installés.

Romain et Audrey Verrier se sont installés en janvier 2022, en tant qu'éleveurs caprins en Deux-SèvresJulien PRIVAT

Romain et Audrey Verrier se sont installés en janvier 2022, en tant qu'éleveurs caprins en Deux-Sèvres

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Publication PUBLIÉ LE 30/06/2022 PAR Solène MÉRIC

Changer de vie. Beaucoup en rêvent, mais finalement peu s’y risquent. Romain et Audrey Verrier ont sauté le pas. D’abord, en quittant leur région parisienne d’origine pour les Deux-Sèvres. Lui, manager d’équipe de support informatique, elle, assistante d’élèves en situation de handicap ; l’arrivée du couple à Niort s’est faite sans difficulté d’un point de vue professionnel. Mais en recherche de plus de radicalité dans leur besoin de nouvelle vie, ils se lancent un autre pari, plus osé : l’installation agricole. Ils sont depuis six mois, éleveurs caprins à Chey et fournissent en lait la fromagerie artisanale des Gors, récompensée d’or au Concours général agricole 2022 pour son Chabichou du Poitou en AOP. Romain, Audrey et leurs chèvres n’y sont pas pour rien.

« On a vite vu que vivre à Niort nous plaisait, mais on a vite vu que le changement de ville n’était pas suffisant, et qu’il fallait aussi qu’on change de projet professionnel tous les deux. » Le couple d’anciens parisiens, réfléchit alors à un projet commun autour de l’agriculture, secteur dont ils ignoraient tout. Romain l’avoue volontiers, « on s’est pris à rêver de l’image d’Épinal : élever des chèvres qui pâturent, faire nos fromages… » s’amuse-t-il.

Compromis entre rêve et réalité

Un doux rêve, mais avec la conscience d’une nécessaire formation, et d’un projet à travailler. Grâce à son Compte Professionnel de Formation, il a pu obtenir un financement pour suivre un BPREA, une formation agricole à Melle. Neuf mois de cours, entrecoupés de confinements, et huit semaines de stages.

Dès le début de la formation aussi, il participe à un « speed dating » avec des cédants organisé par la Chambre d’agriculture. Romain y croisera ceux qui quelques mois plus tard lui céderont leur ferme à Chey. « Au départ pourtant, leur exploitation était très loin de notre projet : ils ne transformaient pas le lait et livraient l’intégralité à une fromagerie. Ils avaient aussi beaucoup plus de chèvres que ce qu’on projetait ». Après réflexion, Romain et Audrey décident de revoir leur projet idyllique, de se recentrer. « Apprendre à faire du lait et à élever des chèvres, c’était déjà un beau défi !». Un compromis entre rêve et réalité.

Parrainage

Ils entrent alors dans un parcours de transmission avec la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres dans le cadre d’un dispositif de parrainage. Neuf mois durant, le couple d’agriculteurs cédants va leur transmettre peu à peu l’exploitation, leur métiers, leurs pratiques, leurs outils. Une professionnalisation au contact quotidien de l’exploitation. « On se partageait le travail, ils étaient de moins en moins présents sur la ferme, et nous de plus en plus ».

Audrey, qui s’est lancée dans un BPREA par correspondance, en parallèle de son activé d’AESH, rejoint à son tour l’exploitation dans le cadre du parrainage. Ils emménagent avec leur fille, dans une deuxième maison située sur la ferme, en août 2021. Sa formation agricole en poche, Audrey a pu bénéficier de la DJA, quant à Romain, âgé de plus de 40 ans lors de l’installation, il a bénéficié d’un prêt d’honneur financé par la Région.

Sur le financement du projet justement, « sans aucun apport personnel, on a du tout emprunter. Le Crédit Agricole nous a fait confiance, notamment parce qu’on était engagé dans ce parrainage », souligne Romain.

La première brique de fromage en Appellation d’Origne Protégée

Voilà donc 6 mois, depuis 1er janvier 2022 que le couple est officiellement gérant du GAEC Oh my goat, avec ses 320 chèvres laitières, 80 chevrettes et une quinzaine de boucs de reproduction. Côté foncier, la ferme compte 30 à 35 ha de prairie, et environ 20 ha de céréales grandes cultures pour l’alimentation des animaux. « Nous sommes à 80% en autonomie alimentaire. C’est une demande du cahier des charges des AOP des fromages produits par la fromagerie que nous livrons ». A savoir le Chabichou du Poitou et bientôt le Mothais-sur-feuille, « qui est en train d’obtenir l’Appellation d’Origine Protégée ».

Pas d'élevage ni de cultures sans pratiques vertueuses et qualitatives pour Audrey et Romain VerrierJulien PRIVAT | Aqui

Pas d’élevage ni de cultures sans pratiques vertueuses et qualitatives pour Audrey et Romain Verrier

Mais cette appellation sur le fromage, c’est aussi d’autres exigences pour les producteurs de lait : « les céréales, orge et maïs, doivent être produites dans la zone d’AOP, nous sommes limités sur l’utilisation de l’enrubannage, et nous n’avons pas le droit d’utiliser d’ensilage non plus. » Des contraintes réglementaires auxquelles la fromagerie en ajoute d’autres : « le pâturage des chèvres et l’obligation de travailler en lait cru », indique Romain. Les journées démarrent tôt à la traite, un peu avant 6h30, puisque la collecte quotidienne est assurée « tous les jours avant 9h ».

Face aux contraintes, il y a des compensations : outre une valorisation sur le prix du lait, l’éleveur n’est pas peu fier de rappeler que son lait, « permet de fabriquer du fromage de très bonne qualité. Le fait qu’il y ait des AOP, que ce soit artisanal, et qu’en plus la fromagerie ait gagné des médailles sur le Salon de l’agriculture de Paris cette année, c’est très valorisant pour nous parce qu’on est la première brique de toute cette fabrication-là ! » se satisfait-il tout sourire.

Une vie intense et “incroyable”

Une qualité qui passe aussi par le bien-être des animaux. Outre le pâturage et l’accès à l’extérieur, les Verriers ont déjà plusieurs idées pour encore améliorer ce point : la plantation de haie fourragères sur les prairies notamment (pour l’ombre et l’alimentation) mais aussi un petite réduction du troupeau afin de diminuer un peu la pression à l’intérieur du bâtiment. Les projets ne manquent pas non plus en termes de reconnaissance des pratiques vertueuses de l’exploitation, « tant sur l’élevage que sur les cultures ». En ligne de mire : la certification HVE, qui ne nécessitera pas de grands changements sur la ferme. « Dans le même esprit que nos cédants, nous n’utilisons des produits phytos qu’en tout dernier recours », insiste Romain.

Si l’expérience de 6 mois sur la ferme est courte, elle est déjà très intense et « incroyable » pour ces éleveurs débutants. En fatigue et en difficultés d’abord, « tant qu’on ne l’a pas vécu on ne peut pas réellement imaginer ce qu’est la vie d’exploitant agricole, rien n’y prépare. La fatigue, le travail non stop, l’acclimatation de la famille… Il y a eu des remises en question », reconnaît Romain. Mais il appuie aussi sur le positif : « la richesse de ce métier est incroyable ! Notre cadre de vie, notre environnement… en repensant à ce qu’était notre vie d’avant et en regardant ce qu’on a aujourd’hui, c’est évident qu’on est à notre place. » Le couple est encore porté par une envie forte : « modeler ce projet pour qu’il colle à ce qu’on recherchait, c’est très motivant ! »

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