Témoignage : l’hiver sera-t-il mortel en Ukraine?


C'est le cri d’une femme raisonnable. Nataly Veremeeva, directrice de la Tech ukrainienne est de passage à Bordeaux pour dire à la France l’urgence qu’il y a à aider l’Ukraine alors que le conflit impose un nouvel ennemi : l’hiver.

Une femme blonde les yeux cernés mais le regard décidé, c'est Nataly Veremeeva, directrice de le Tech ukrainienneLéo Marchandon | Aqui

Nataly Veremeeva, directrice de le Tech ukrainienne. Après un périple de 36 heures, pour rejoindre Bordeaux depuis Kiev, les yeux sont cernés mais son regard reste volontaire et décidé.

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Publication PUBLIÉ LE 30/11/2022 PAR Cyrille Pitois

Nataly Veremeeva, femme engagée pour le développement de l’économie numérique de son pays, est en France cette semaine, pour tirer les sonnettes et mobiliser les énergies des entreprises et des États de l’Union européenne sur des projets de reconstruction de l’Ukraine, dès que la guerre sera achevée. Mais elle parle aussi avec réalisme des attentes immédiates et urgentes du peuple ukrainien, confronté aujourd’hui à sa seule et élémentaire survie.  Témoignage.

Le froid, cet ennemi supplémentaire

“Nous avons vraiment besoin de solutions avec l’hiver qui débute. Je ne sais pas si les pays européens réalisent bien l’ampleur du danger qui nous guette. La population est en stress et se demande comment elle va passer l’hiver. Depuis le mois d’octobre les tirs de roquettes ont redoublé ainsi que les attaques par des drones kamikazes fournis par l’Iran. Les attaques sont désormais plus ciblées sur les infrastructures et ont fait de nombreux dégâts. Pour la seule journée du 10 octobre, 87 roquettes ont été tirées, ce qui fait peser de lourdes menaces sur les réseaux d’électricité et d’eau. Avec des températures attendues de -10 à -15 dehors, l’eau risque de geler dans les tuyaux et les pannes vont se multiplier. Selon différentes estimations, entre 40 et 50% de nos équipements liés aux énergies sont endommagés de manière critique et nécessitent des réparations.”

L’ombre d’un hiver mortel

“La situation va se compliquer encore plus à Kiev où les gens vivent dans de grands immeubles jusqu’à 25 étages avec des ascenseurs qui sont hors service en cas de coupure. Des kits de survie ont été installés avec des vivres et de l’eau au cas où les habitants restent coincés pendant des heures.”

“L’électricité est coupée de quatre à huit heures par jour dans les logements, mais aussi dans les supermarchés, les magasins, les rues. Les rues sont sombres, les magasins ferment. C’est un sentiment étrange de devoir se mettre en mode survie en pleine ville. Nous avons commencé à utiliser des poêles à bois et des réchauds, avec des flammes ouvertes dans des immeubles, ce qui n’est pas très sécurisé. Des points relais sont aussi installés dans la ville où électricité, chauffage et connexion internet sont disponibles à tous. Tout devient plus difficile, il va falloir trouver des solutions ou alors l’hiver qui vient va être mortel pour la population.”

Nataly Veremeeva avec les femmes chefs d'entreprises de Bordeaux ÖssÖ

Nataly Veremeeva avec des femmes chefs d’entreprises de Bordeaux

Relancer la solidarité internationale

“Nous avons besoin d’avions pour renforcer la sécurité de notre ciel. C’est un défi énorme. Les entreprises françaises sont réputées pour la qualité de leur technologie, avec beaucoup de projets impressionnants. Si certaines d’entre-elles ont des solutions à suggérer, nous sommes prêts à les tester à grande échelle en Ukraine aussi bien pour la défense aérienne que pour préserver la chaîne d’alimentation. Toute la nation est en danger.”

Nous montrons un visage fort et courageux et nous allons nous battre jusqu’à la fin, mais nous ne voulons pas mourir!

“Ce que la France et l’UE peuvent faire, c’est de s’assurer que l’Ukraine gagne, et vite. Les Ukrainiens se battent mais les ressources humaines ne sont pas interminables. Au lieu de se concentrer sur le processus, nous devons nous concentrer sur le résultat. Il faut cesser tout commerce avec la Russie, car c’est ce qui leur donne les moyens de continuer cette guerre. Nous ne demandons pas d’impliquer des personnes, car la vie est la chose la plus précieuse. Nous sommes prêts à donner la nôtre, mais seulement la nôtre.”

Ne pas tuer les soldats russes

La Russie exerce sur nous un des derniers points de pression dont elle dispose. C’est du pur terrorisme. Au 21ème siècle, on ne peut plus décider par la force, par la dictature et par le terrorisme, ou alors nous allons au-devant de la catastrophe. Nous n’avons pas le choix de nous défendre. Nous ne voulons pas tuer les soldats russes, nous n’y prenons aucun plaisir. Peut-être que les conditions seront trop difficiles à supporter pour les soldats russes en hiver et des mouvements de rébellion éclateront. Mon rêve est qu’ils repartent chez eux. C’est ce pour quoi je prie.”

Les réfugiés vont apporter à l’Ukraine

“Les Ukrainiens qui ont fait le choix de partir, notamment pour mettre leurs enfants en sécurité, sont toujours les filles et les fils du pays. Je sais que c’est aussi dur pour eux que pour ceux qui sont restés au pays. Je pense que c’est aussi une opportunité de s’enrichir par d’autres cultures. Dans le futur, qu’ils reviennent ou qu’ils choisissent de rester dans leur pays d’accueil, ils pourront enseigner à l’Ukraine ce qu’ils ont appris. Ce sera une source supplémentaire de rapprochements entre l’Ukraine et le reste de l’Europe. Le processus d’intégration à l’Union Européenne s’est étrangement accéléré à cause du conflit car l’Europe s’est rendue compte que l’Ukraine faisait un choix civilisationnel très explicite alors que précédemment nous avions l’ombre de la Russie au-dessus de nous. Mais il y a encore du travail à faire de notre côté. L’Ukraine doit apprendre les règles et les valeurs de l’Union.”

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