Sous les panneaux solaires de Brocas


Les habitants des Landes sont prioritaires pour investir dans le projet d'agrivoltaïsme en préparation sur leur territoire.

Le type de panneaux qui seront installés avec trackers solaires surélevésValorem/Lendosphere

Le type de panneaux qui seront installés avec trackers solaires surélevés

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Publication PUBLIÉ LE 13/04/2022 PAR Cyrille Pitois

A Brocas dans les Landes, la monoculture traditionnelle du maïs sur 50 ha par un seul agriculteur, va évoluer vers un modèle agrivoltaïque. Les cultures pérennes (asperges, framboises et baies) ainsi que des petits arbres fruitiers vont venir remplacer le maïs, occuper un ensemble de 50 ha et employer entre trois et cinq personnes au lieu d’une. Avec une particularité innovante les cultures seront plantées « à l’ombre » de panneaux solaires.

C’est vers un changement radical de modèle que l’opérateur indépendant en énergies vertes Valorem, la plateforme participative Lendosphère et le propriétaire de la parcelle de Brocas, sont en train de manœuvrer. L’agriculteur historique est venu tirer Valorem par la manche, pour diversifier sa culture et entamer une transition agro-écologique. En remplacement de la monoculture du maïs, gourmande en eau, entre en scène la culture de l’asperge, la framboise et autres baies. Et aussi un projet en arboriculture. « Nous allons lancer des essais culturaux dès cette année, pour valider la compatibilité avec la centrale, » indique Thomas Di Franco, chef de projet énergie solaire, à l’agence Valorem de Nouvelle-Aquitaine.

Des panneaux solaires surélevés

Si  une centrale de panneaux solaires est conventionnellement légèrement surélevée au-dessus du sol, il s’agit de savoir si il convient de monter les panneaux à une hauteur supérieure, en fonction de la croissance prévisible des arbres dont les variétés restent à définir. Il faut aussi prévoir un espacement plus généreux que d’habitude entre les panneaux pour favoriser le passage des engins agricoles.

La présence des panneaux qui s’orientent automatiquement en fonction de la courbe du soleil, présentent aussi des avantages pour les agriculteurs. En été leur ombre limite l’évaporation de l’eau et la transpiration des plants. En hiver, ils protègent du gel. « L’installation peut aussi servir à mutualiser différents usages. Par exemple on peut utiliser les panneaux pour installer des filets anti-grêle ou autre dispositif de protection des cultures, » poursuit Thomas Di Franco.

Aujourd’hui le projet est en fin de conception, même si il suscite encore pas mal d’interrogations voire de méfiance de la part du monde agricole. « L’idée est bien avancée. Des ateliers ont été réalisés avec le propriétaire et les exploitants. Après étude de la parcelle et de celles qui l’entourent, il apparait que le scénario de la polyculture raisonnée est pertinent. Il apporte une augmentation de la marge brute et des emplois. Alors que précédemment elle donnait du travail à une seule personne, nous sommes désormais à trois exploitants, auxquels s’ajoutent deux à trois emplois saisonniers supplémentaires, en prenant en compte la globalité des 50 ha. »

Le besoin en énergie de 7000 foyers

Les études environnementales et paysagères sont engagées et permettront de déposer, d’ici quelques mois, la demande d’autorisation avec étude préalable agricole.  « L’étude porte sur 50 ha, mais la centrale ne s’étendra pas sur une telle surface. En fonction des arbres pré-existants ou des espèces protégées ou des zones humides, la surface de la centrale sera adaptée aux conditions du site, » prévient Thomas Di Franco. La production devrait atteindre 20 mégawattheures, soit le besoin en alimentation de 7 000 foyers.

Le site d'implantation à Brocas dans les LandesValorem/Lendosphere

Le site d’implantation à Brocas dans les Landes

Un raccordement pour la livraison de l’énergie produite à Enedis devra également être construit à proximité immédiate du site. Une fois la demande d’autorisation déposée, il faut encore compter un an d’instruction par les services de l’Etat qui vont solliciter les avis des différentes instances de la profession agricole. Le feu vert de l’Etat obtenu, il faudra encore travailler au bouclage du montage financier par Valorem et ses partenaires financiers. La construction effective devrait intervenir en 2025-2026.

La première installation liée à une surface cultivable

Pour l’opérateur Valorem, le projet de Brocas marque une phase de développement en Nouvelle-Aquitaine. Il a déjà mis en service en 2021, la centrale de  La Tour-Blanche-Cercles (Dordogne). Ce parc photovoltaïque est plus petit : il se déploie sur 8,6 ha pour une puissance de 5 mégawattheures, soit la consommation de 2 500 foyers. Il est surtout différent dans sa conception : il est installé sur une ancienne friche agricole désormais entretenue par les moutons. Il a permis de créer l’emploi d’un berger.

Valorem est également à l’origine d’une autre centrale solaire dans le Libournais, inaugurée en 2020 à Camac-et-Saint-Denis. Elle est implantée sur une ancienne carrière de 5,3 ha enfouie au milieu des vignes. Dès 2017, Valorem avait fait sortir de terre trois parcs photovoltaïques dans le Médoc, à Brach, Saint-Hélène et Puy Bacot, sur des sites en zone forestière non reboisée, après destruction par la tempête de 1999.  Autant d’installations qui n’avaient pas de lien direct avec la création ou la transformations de surfaces cultivables.

Les habitants et les collectivités appelés à investir

Pour faire éclore le projet de Brocas, Valorem fait une nouvelle fois appel à Lendosphère, pour constituer son tour de table financier. Lendosphère est la première plateforme de financement participatif dédiée à des projets de transition écologique. Depuis son lancement en décembre 2014, plus de 120 millions d’euros ont déjà été investis, par les 21 000 membres de sa communauté, sur 330 projets d’énergie renouvelable. Pour Brocas, Lendosphère prévoit d’apporter 150 000 euros sur une enveloppe globale qui n’est pas encore communiquée.

Jusqu’au 26 avril, ce sont les habitants du département des Landes qui sont prioritaires pour investir. Puis le financement participatif sera ouvert à tous à partir du 27 avril. Les collectivités pourront aussi devenir actionnaires de la société de la ferme agrivoltaïque, comme prévoit de le faire la commune de Brocas. « Non seulement elles toucheront les taxes issues de l’implantation du parc, mais pourront aussi être rémunérées sur le vente de l’énergie, indique Thomas Di Franco. Le projet va démontrer qu’une synergie est possible entre agriculture et production d’énergie. Deux enjeux majeurs de notre siècle. »

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