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L'ÉDITO

 par Joël AUBERT Joël AUBERT
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22/01/2012

“Tenez enfin vos promesses !” Le cri du coeur de Roland Cayrol

En effet, revenant sur les pas de 2007, l'auteur considère que les Français sont d'autant plus en colère, au fond d'eux-mêmes, que beaucoup y a avaient alors « cru » ou avaient fait l'effort d'y croire... Des électeurs d'autant plus abasourdis que le style imposé, d'entrée de jeu, par Nicolas Sarkozy les prenait à contrepied, eux à qui De Gaulle a confié le soin exclusif de désigner leur monarque, des citoyens certes attentifs aux programes mais soucieux de la personnalité et des manières présidentielles... Et, là, est-il vraiment nécessaire de récapituler la somme des incongruités, des gestes et des mots auxquels les premiers temps du quinquennat ont donné lieu ?... Ne résistons pas, quand même, à évoquer la confidence que Cayrol livre à ses lecteurs, celle que lui fit le nouvel hôte de l'Elysée, peu de temps après son installation : « Je ne vais faire qu'un mandat. Un mandat du feu de Dieu ; sans aucun temps mort. On va s'attaquer à tout. On va tout faire bouger. Et puis j'arrête et je pars dans le privé faire du pognon ». Les temps ont changé semble-t-il...

Ne croyez pas pour autant que Roland Cayrol n'aurait trempé sa plume que dans l'encrier de l'anti-sarkozysme; si beaucoup des acteurs de la vie politique n'échappent pas à la critique c'est, d'abord et avant tout, parce qu'ils n'ont pas tenu leurs promesses, celles qui correspondent, justement, aux souhaits les plus profonds de la société. Et, en premier lieu, que cesse enfin cette exception du cumul des mandats et des fonctions « première pathologie spécifiquement française ». Sait-on, comme le remarque Cayrol, que le cumul local/national, loin  d'être en régression, n'a cessé de s'affirmer comme la norme : un tiers des députés élus locaux dans la Chambre de 19 36, 40% sous la IV° République plus de 80% aujourd'hui ! Et de rappeler le simple bras de fer entre Jospin  et Chirac en 2000, à propos d'un cumul qui a disparu et dont on n'avait oublié qu'il avait pu exister, celui du double mandat parlementaire, national et européen... L'interdiction de tout cumul dont la gauche a fait un de ses thèmes majeurs de campagne est inséparable, selon Cayrol, d'un statut de l'élu qui, l'assurant d'une rémunération, lui rendrait une plus grande indépendance. Lionel Jospin s'y était refusé, à tort. Qui osera, demain, dans le contexte de crise économique s'y risquer ? Rude question mais dont l'auteur a raison de la ressusciter; elle a, à nos yeux, d'autant plus de sens que le système actuel, enkysté, concourt à d'insdiscutables abus et doublons. Il en est deux autres qui ne sont pas moins lourdes de conséquences sur la considération que les citoyens ont pour la classe politique : d'une part celle qui concrene un système scolaire et universitaire qui bloque l'ascenseur social, concourant à la reproduction des élites ; d'autre part la question de la parité qui, malgré des progrès réels, reste un combat, suscite encore défiance et entourloupes pour barrer la route aux femmes comme cet exemple puisé du côté de la Moselle dans les rangs de l'UMP, lors des dernières élections sénatoriales.

Ce conservatisme fondamental, ce manque d'oxygénation qui est souvent à la source du mélange des genres, voire de la corruption « grippent le système », selon le mot de Cayrol qui n'en reste d'ailleurs pas là, passant en revue ce qu'il appelle les « Cancers de la vie politique », les « Désirs délirants de la Com », « l'Alzheimer des programmes ». Autant de constats d'autant plus navrants que les Français ont plus de maturité qu'on ne le dit, sont fatigués de la langue de bois et du double discours. Et d'évoquer celui du PS  qui a pris le risque d'être pris en défaut avec son impossible retour à la retraite à 60 ans, de sourire aussi en épinglant un Jean-François Copé qui avait pourtant commis un livre "prophétique" sur cette fameuse langue de bois qu'il « s'était promis d'arrêter ». Roland Cayrol, fidèle à ses convictions, avoue que "rien n'est encore définitivement joué...que l'élection présidentielle peut constituer le point de départ d'un nouveau cycle, si tout le monde y met du sien... Et que l'on propose "une vraie réforme démocratique  de la politique. Une politique pour le peuple." Une manière de cri du coeur que nous partageons volontiers.

Joël Aubert

1.Roland Cayrol, Tenez enfin vos promesses! Essai sur les pathologies politiques françaises ( Fayard)

 

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