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L'ÉDITO

 par Solène MÉRIC Solène MÉRIC
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17/06/2024

Aux JO législatifs, la procuration bat déjà des records

Ce n’est pas nouveau, Emmanuel Macron aime à jouer le "maître des horloges". Soit pour ralentir le rythme des aiguilles, faisant parfois interminablement durer l’attente de sa prise de parole (pensons à la réforme des retraites, à sa candidature à sa propre succession), soit à l’inverse pour l’accélérer, ou poser les jalons de son calendrier médiatique comme il l’avait fait lors de la crise sanitaire. Que le président de la République soit le maître du temps, après tout pourquoi pas dans le régime hyper-présidentiel de la Vème République. Au soir du 9 juin, Emmanuel Macron, a fait le pari non pas de l’accélération mais de l’excès de vitesse revendiqué, envoyant chacun des partis dans une course folle entre saut de haies, courses d'endurance et relai.

Le pari stratégique d’un effet de surprise, accompagné d’une campagne-éclair. Un « choc démocratique » mais qui, paradoxalement, ne laisse pas grand temps de réflexion aux électeurs pour faire le choix (quand même important !) de ceux qui vont les gouverner... Les horloges présidentielles ont ces temps-ci des allures de chronomètres.

Mais la guerre-éclair, fut-elle élective, se gagne (en théorie…) certes, grâce à l’effet de surprise, mais pas sans supports massifs terrestres et aériens concomitants. Or, on ne peut pas dire ici que la surprise ait sonné une mobilisation massive et enthousiaste des troupes derrière lui, bien trop paralysées qu’elles étaient par cette annonce inattendue. Un choc sur le coup plus traumatique que stratégique, pour la plupart des députés sortants, et partisans du camp présidentiel. La mobilisation a démarré tout juste une semaine après le coup de sifflet de début de match. Mais après tout, on connaît Le lièvre et la tortue.

Une surprise traumatique aussi dans les rangs de la droite avec l’étrange réflexe de survie, du président de LR croyant voir dans le RN et le sourire de Jordan Bardella, le salut de son parti qui jusque-là ne brillait guère plus qu’au Sénat, ce qui n’était déjà pas si mal. Survie ou Hara-Kiri, les urnes trancheront, si d'ici là le lancer du poids de son compagnon de circonstance ne s'est pas retourné contre lui.

En matière de réactivité, et de sprint de fond, c’est bien au final ceux dont on aurait pu douter de la capacité de rebond, qui le plus rapidement et efficacement se sont organisés en un nouveau Front populaire, réussissant, programme commun à l’appui, et quelques blancs aussi, à désigner un représentant pour chacune des circonscriptions. Bien sûr là aussi c'est une courses de haies : il y a des couacs, des egos, des incompréhensions, mais à l’attention médiatique, ce sont eux qui s’en sortent le mieux. On verra sans doute après, s’il y a un après, pour les bagarres... à moins que ça n'implose avant.

A ce tripartisme qu’impose plus ou moins le jeu Macronien, il y a bien un quatrième bloc qui a été bousculé par l’effet de surprise. Celui de l'abstention. Le Ministère de l’Intérieur enregistre une nombre record de procurations. Certes, dans ces conditions d’urgence, difficiles pour les électeurs d’avoir pu anticiper leurs agendas des 30 juin et 7 juillet prochains, mais tout de même. Au 16 juin ce sont près de 410 000 procurations qui ont été validées. Du jamais vu deux semaines avant un premier tour d’élection. 6,5 fois plus de procurations par rapport aux législatives de 2022, confirme le ministère. Un record personnel battu pour celui qu'on appelle volontiers "le plus grand parti de France" qui semble avoir pris le rythme du contre-la-montre imposé par le président. Tant mieux si les messages des sportifs et notamment des footballeurs de l’équipe de France n’y sont pas étrangers, mais autorisons nous à espérer que la plupart de ces 400 000 personnes n’auront pas eu besoin d’un Kylian Mbappé, qui d’ailleurs dit plus qu’un encouragement à aller voter, comme messie.

Un record qui n’a sans doute pas fini de grandir, mais qui n’annonce bien sûr pas l’issue du scrutin. Beaucoup ont souligné leur satisfaction quant à la participation électorale du 9 juin dernier. Au-delà du fait qu’il est bien triste de voir applaudir un taux de participation qui passe difficilement le cap des 51 %, le constat est là : plus de votants ont amené plus de voix au RN. Le pari de la démocratie qu’il faut bien accepter de prendre. Un effet de surprise qui pourrait décidément bien être à double tranchant.

Mise à jour : au 19 juin, ce sont plus de 717 000 procurations qui ont été enregistrées par le ministère de l'intérieur.

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