Tribune libre – Cyrille Pitois : Gilets jaunes, pouvoir et médias, mystérieuse triangulation


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Tribune libre - Cyrille Pitois : Gilets jaunes, pouvoir et médias, mystérieuse triangulation

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Temps de lecture 3 min

Publication PUBLIÉ LE 02/02/2019 PAR Cyrille Pitois

En plus ils y vont avec une petite angoisse supplémentaire, sachant que certains GJ sont carrément hostiles. Pourtant combien de reportages dans les cabanes, sur les barrages et dans les rassemblements en tout genre pour essayer de comprendre, de décoder, de mettre en perspective revendications et réponses du gouvernement? C’est le rôle de la presse. Elle ne fait là que son travail.

Ce qui interroge davantage c’est la défiance à l’égard des journalistes, allant parfois jusqu’aux atteintes physiques. Les reporters sont des personnes comme les autres, des citoyens, salariés par des médias pour aller observer et rendre compte. Ca ne mérite pas tant d’irrespect, de mépris et encore moins de violence, quoiqu’on pense du résultat.

Ce rejet des médias traditionnels ne surgit pas de nulle part. Depuis longtemps, les reporters qui couvrent des conflits sociaux, des manifestations, des rassemblements, savent bien qu’aller au contact d’une des parties, c’est être accueilli avec une certaine méfiance. Avant de se confier, les protagonistes veulent d’abord détecter une démarche empathique ou au moins neutre par rapport au point de vue de la partie adverse.

Depuis une vingtaine d’années cette méfiance de bon aloi, a mué progressivement en agressivité de moins en moins larvée. Se faire taxer de collusion avec le patronat sur un piquet de grève, se faire mettre en cause sur le contenu d’un précédent édito, exiger un démenti parce que le contenu d’un article ne plait pas est monnaie courante. Ce qui était occasionnel est devenu fréquent parce que tout à chacun se sent pousser des ailes dans le champ de la communication. La multiplication des médias, le développement des réseaux sociaux sont des outils formidables pour tous ceux qui ont envie de s’exprimer en développant l’argumentation qui les sert. Tant mieux. Mais ce n’est pas du journalisme.

Cette évolution cache en fait une longue et lente usure de la relation entre certains citoyens et le pouvoir, dont les médias ne sont que le thermomètre. A chaque élection on s’étonne du taux d’abstention (dans une moindre mesure à la Présidentielle et aux municipales, pour d’autres raisons). Ce sont ces abstentionnistes qui sont aujourd’hui dans les manifs et qui, paradoxalement, réclament des référendums. Il y a des symptômes qui ne trompent pas. Leur difficulté à se retrouver autour d’une plateforme précise de revendications, leur embarras à s’emparer du système démocratique et à réunir des listes pour les prochaines échéances électorales par exemple, illustrent bien que leur système de pensée exclut les outils institutionnels habituels. Leur stratégie d’évitement des syndicats complète le diagnostic.

Depuis une à deux décennies, à chaque élection, l’heureux élu se félicite d’avoir battu ses adversaires, mais tous oublient de se préoccuper du pourcentage des inscrits qui ne se sont pas déplacés pour voter. Ce sont vers ces abstentionnistes qu’il aurait fallu se tourner pour comprendre ce qui se préparait. Aucun camp, aucun parti ne l’a fait. Une négligence coupable qui nécessite aujourd’hui de retourner au contact. Pas sûr que le débat national parvienne à ramener les abstentionnistes dans la boucle des citoyens qui s’engagent pour exercer leurs responsabilités électorales.

Les journalistes ne sont pas les auteurs de cette fracture. Ils n’ont pas attendu les Gilets jaunes pour réaliser des reportages sur ceux qui restent au bord du chemin. Peut-être ont-ils décrit cette fracture sans la condamner assez ni décrypter le danger qu’elle couvait. Mais s’en prendre aux médias, c’est casser le thermomètre au lieu de faire baisser la fièvre.

Cyrille Pitoisjournaliste

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