“Réunir le consommateur et le citoyen”, l’impossible pari


« Quel modèle agricole pour quel produit final et quelle valorisation ? » voilà le thème proposé au débat par Euralis à l'issue de son assemblée générale

Table ronde Euralis '' Quel modèle agricole pour quel produit final et quelle valorisation ?'' avec P Helbel, directrice du pôle consommation et entreprise du Credoc, P Weill, Président Bleu Blanc Coeur et J-C Roubin Crédit agricole SAAqui.fr

Table ronde Euralis '' Quel modèle agricole pour quel produit final et quelle valorisation ?'' avec P Helbel, directrice du pôle consommation et entreprise du Credoc, P Weill, Président Bleu Blanc Coeur et J-C Roubin Crédit agricole SA

Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Temps de lecture 4 min Nombre de vues

Publication PUBLIÉ LE 21/02/2022 PAR Solène MÉRIC

A l’issue de son assemblée générale, le 11 février dernier, la coopérative Euralis organisait à Pau, une table ronde intitulée « Quel modèle agricole pour quel produit final et quelle valorisation ? ». Autour de la table, Pascale Helbel, directrice du pôle consommation et entreprise du Credoc, Pierre Weill, Président de l’association Bleu Blanc Coeur et Jean-Christophe Roubin, Directeur de l’Agriculture au Crédit Agricole S.A. Un thème qui ne doit rien au hasard pour un groupe coopératif, dont le directeur général, Philippe Saux revendique « une responsabilité sociétale prise à bras le corps », autour de « 3 moteurs principaux : les consommateurs, nos concitoyens et le climat ».

Jusqu’à la crise sanitaire, les citoyens-consommateurs avaient bien du mal à mettre en adéquation leurs attentes sociétales (fortes) et leurs actes d’achat quand il s’agissait de remplir leurs assiettes. Un comportement binaire face auquel « le Covid aura été un catalyseur. Il y a eu une accélération dans la réalité de la consommation par rapport aux attentes jusque-là exprimées » note Pascale Hebel. « Pour l’alimentation, les consommateurs vont davantage vers des produits issus des modes de production allant vers le One Health, c’est à dire à la fois bénéfique pour la santé de la planète, des animaux et de soi », détaille-t-elle.

Un surcoût minimum pour un impact maximum
Un critère santé, que Pierre Weill, agronome, fondateur de la démarche de qualité, « Bleu blanc coeur » n’hésite pas à poser comme le critère premier de l’achat. « Plus que la préservation des sols, de la planète ou le bien-être animal, le consommateur est prêt à payer l’agriculteur pour service rendu, s’il y a un bénéfice individuel sur sa santé », affirme-t-il. C’est d’ailleurs déjà ce qui portait le développement du bio auprès des consommateurs français, confirme Pascale Hebel. Selon Pierre Weill, on peut donc réunir le citoyen et le consommateur « si on se met à sa portée sur la question du prix et sur une manière de communiquer qui rappelle que la santé de l’homme, vient de la santé du sol et de l’environnement ».

Mais sur le prix, évidemment, l’équation reste difficile. Dans quelle mesure, le consommateur est capable d’accepter le surcoût du produit qu’il achète, et donc aussi jusqu’où faut-il placer le curseur du côté des cahiers des charges des agriculteurs ? Pour Pierre Weill, il faut, tant pour le consommateur que pour le producteur et son revenu, « un surcoût minimum pour un impact maximum ». Si le bio semble avoir touché un plafond, c’est en partie selon lui « parce que la majorité de la population ne peut pas payer chaque jour 30% plus chère son alimentation… ».

Au sein de Bleu Blanc Coeur, démarche de qualité agricole et nutritive, qui rassemble dans une même association 7000 agriculteurs, 3000 médecins et 20 0000 consommateurs, c’est le dialogue direct entre l’amont et l’aval qui permet d’avancer . « Il faut que l’économie rejoigne l’engagement. Parfois les avancées sont petites, mais on y arrive ! » sourit-il.


Le prix, le point clef
Une question du prix d’autant plus prégnante, rappelle Pascale Hebel, que la population française est « très fragmentée » en matière de pouvoir d’achat. L’économiste souligne en effet, que « 50% de la population ne peut pas se nourrir convenablement, que ce soit en qualité ou en quantité. Et l’alimentation est encore un des seuls postes de dépense sur lequel les foyers peuvent agir : en achetant moins ou en achetant des produits moins chers au kilo ». Et, les hausses actuelles du prix de l’énergie couplées au phénomène d’inflation ne vont pas arranger la chose. « La question du prix sera en 2022, un des points clefs, des comportements des consommateurs en matière d’alimentation ».

Du côté de ceux qui ont la chance de pouvoir choisir leur alimentation et « se soucier de la fin du monde plutôt que de la fin du mois », Pascale Hebel indique aussi que l’épidémie de Covid a entraîné d’autres changements dans les modes d’achats. Si sur les circuits courts, le très fort élan constaté durant la crise est fortement retombé, « sans pour autant revenir au niveau d’avant crise », deux comportements se sont quant à eux bien installés dans les habitudes d’achat des consommateurs : le local et le e-commerce.

 

“Le monde agricole est le secteur le moins digitalisé”
Sur ce deuxième point elle insiste : «  depuis le Covid, le e-commerce explose ! Il y a deux fois plus d’achats par ce biais qu’avant-crise. Or, le monde agricole est le secteur le moins digitalisé… C’est pourtant avec ces outils-là que l’on peut arriver jusqu’au consommateur ! », soutient-elle face au panel d’acteurs agricoles et d’élus qui lui font face.

Quant au consommer local, le sujet est bien compris, « il y a de plus en plus de magasins de produits locaux en ville », reconnaît-elle, et les grandes surfaces ont bien perçu le filon pour attirer les clients dans leurs murs. Dans les deux cas tout de même, peut se poser la question de la marge des intermédiaires, quand il y en a. Une commercialisation de produits locaux, qui fait d’ailleurs partie de la stratégie d’Euralis autour notamment du concept de « La table des producteurs » au sein de ses magasins Point vert « et qui ramène 7 M€ de revenus directement aux producteurs », précise Christophe Congue, le président du Groupe coopératif aux racines béarnaises.


Diversifier le revenu
Mais le local, pour Euralis, c’est aussi l’effort (très) volontaire porté sur la production d’énergie photovoltaïque. Manière aussi de diversifier et d’améliorer le revenu de l’agriculteur tout en le positionnant comme un acteur engagé dans les énergies renouvelables. C’est ainsi tout le corps de ferme, des cultures aux toitures en passant par les productions, qui est valorisé. En somme, une vision plus que jamais « entrepreneuriale » de l’agriculteur et de l’agriculture, relevée tant par le représentant du Crédit Agricole, que par Christophe Congue. Tout deux ne perdant pas non plus de vue, les indicateurs de marchés nationaux et internationaux, « comme devant être les aiguillons économiques pour la défense de l’agriculture française ».

 

L’info en plus :
Sur le bilan de l’exercice 2020-2021 présentée lors de l’AG du 11 février lire  : Euralis sort la tête haute des crises 2020-2021

Ça vous intéresse ?
Partagez l'article !
Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Laissez vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

On en parle ! Nouvelle-Aquitaine À lire ! AGRICULTURE > Nos derniers articles