Le virus de l’installation gagne toute la famille


Vente amiable, préemption, convention de mise à disposition, estimation... La Safer cosigne avec succès quatre installations nouvelles au Château Alta Gaïa. Celles de la famille Mallemanche.

3 hommes et une femme entre des rangs de vigne en GirondesSolène MÉRIC | Aqui

Didier, Estelle et Loïc Mallemanche entourent Aurélien Tur, conseiller Safer dans les vignes de la propriété Alta Gaïa à Ruch

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Publication PUBLIÉ LE 05/10/2022 PAR Solène MÉRIC

A Ruch, dans l’Entre-deux-mer, le Château Alta Gaïa produit du vin rosé, blanc, et 2 vins rouges en Bordeaux Supérieur. Il a lancé en 2021 une micro cuvée baptisé « La relève ». Un symbole de l’histoire récente de cette propriété dont l’ancien salarié viticole Didier Mallemanche est devenu à 50 ans, le chef d’exploitation. Une installation longtemps rêvée, qui en a entraîné d’autres : celle de sa femme, mais aussi de leur fils, Loïc, et bientôt de leur fille Estelle. Une histoire de famille, qui a pris un tournant inattendu, accompagnée dans son virage par la Safer.

« Nous sommes polyvalents mais nous avons quand même chacun notre partie : Papa est à la vigne et au chai, Loïc à la vigne et au tracteur, Maman à l’administratif et à la préparation des commandes, et moi à la commercialisation et à la vinification au chai. ». C’est Estelle, la fille de la famille Mallemanche qui récapitule la répartition des rôles sur la propriété. La jeune femme de 27 ans n’est pas encore installée, mais elle est déjà salariée et sociétaire non exploitante de la structure familiale, l’EARL des Vignobles Mallemanche.

Pour l’instant c’est Loïc, son cadet, qui termine son projet d’installation initié en 2019. Le tour d’Estelle viendra juste après, « dans deux ans », au plus tard. Les deux jeunes gens sont, à l’image de la micro-cuvée qu’ils ont pensé et produit seul, « la relève » à laquelle Didier Mallemanche ne s’attendait pas lui-même. « Quand on a acheté la propriété en 2015, ce n’était un projet que pour nous, les parents ».

Une nouvelle page


Un projet de vie qui a aussi sonné l’heure d’une nouvelle page de l’histoire de la propriété, après être passée par la case de la protection judiciaire, suite au décès de son précédent propriétaire en 2010. A l’occasion de cette procédure, la Safer est intervenue à la demande du tribunal de commerce afin d’estimer la valeur de l’ensemble. Aurélien Tur, le conseiller en charge du dossier a fait le tour de la propriété, guidé par Didier Mallemanche, alors salarié.

« Nous avons regardé toutes les parcelles, tous les bâtiments : le stockage, la vinification, le vieillissement mais aussi la partie habitation », se rappelle le conseiller Safer. Au niveau des vignes, rien n’a été oublié non plus : « les densités de plantation, les âges de plantation, les cépages, l’état du vignoble… Une expertise précise pour une estimation au plus juste », décrit Aurélien Tur qui appuie sur le positionnement « de tiers indépendant » de la Safer qui peut procéder à ce type d’estimations en dehors de toute demande juridictionnelle.

Des parcelles au bâtiment en passant par les équipements, tout a été analysé par la Safer pour une estimation au plus juste


L’entrevue a donné des idées à Didier Mallemanche. « Salarié sur la propriété depuis 2003, ça a toujours été mon rêve d’avoir une propriété viticole », confie-t-il. Il saisit donc l’occasion de la procédure judiciaire passée alors au main d’un liquidateur, pour proposer d’acheter la propriété et ses 16 ha de vignes au prix estimé par la Safer. Et pour mener à bien le projet, il se fait accompagner par l’opérateur foncier. « D’habitude nous discutons avec un propriétaire vendeur, cette fois s’était auprès du tribunal, mais ça reste une procédure de vente amiable. Le tribunal a validé la vente et nous avons accompagné Didier Mallemanche et son épouse qui l’a rejoint dans l’aventure, jusque devant le notaire pour finaliser la vente », retrace Aurélien Tur.

La vigne n’attend pas, il faut la travailler!

Face au temps procédural parfois long et avant la signature finale devant notaire, la Safer a utilisé un autre de ses outils fonciers : la convention de mise à disposition (CMD) Safer entre l’administrateur judiciaire et Didier Mallemanche. « Des semaines voire des mois s’écoulent dans ce genre de procédure. Or, la vigne n’attend pas : il faut la travailler, pré-tailler, tailler… En fonction des périodes, les gens ont besoin d’être sur place, et de pouvoir être assurés. La CMD et le bail Safer fait à l’EARL des Vignobles Mallemanche, a permis de donner un cadre juridique pour qu’ils puissent entrer sur la propriété ».


Une fois passée devant notaire, le rêve est donc réalisé pour le nouveau chef d’exploitation, et son épouse. L’histoire, peu classique, aurait pu s’arrêtait là, avec deux installations « hors d’âge ». Mais c’était sans compter sur la viralité de la passion de la vigne et du vin. Loïc, le fils Mallemanche, salarié agricole grandes cultures, jusque-là « pas du tout intéressé par la vigne », est venu, à l’occasion, donner un coup de main à son père dans les vignes. Un déclic. Quant à Estelle, déjà piquée par le monde du vin, elle tournait un peu en rond en tant qu’employée dans un laboratoire d’oenologie. « Je posais beaucoup de question, je voulais en savoir plus, comprendre et, en réalité faire mon vin !»

Vigne du château Alta Gaïa

La préemption, “un outil salvateur”


Alors, lorsqu’en 2018, la famille entend parler d’une vente de parcelles toute proches et sur des terroirs de même calibre, elle contacte la Safer, qui répond positivement à leur demande de préemption. « La préemption Safer, c’est l’outil qui fait un peu peur à tout le monde. Mais à tort. Ici ça a été salvateur pour le projet d’installation de Loïc », souligne Aurélien Tur.
Après l’achat de l’ensemble de la seconde propriété de 18 ha par l’opérateur foncier, un appel de candidature sur ces terres a été lancé afin d’ouvrir la vente à d’autres acteurs éventuellement intéressés. « De tous les projets reçus, seul l’EARL des Vignobles Mallemanche proposait le rachat intégral de la propriété, avec en prime, l’installation de Loïc » décrit Aurélien Tur qui rappelle que l’installation agricole, fait partie des missions première de la Safer.


C’est donc Loïc et les Vignobles Mallemanche qui ont été attributaires de ces terres par le comité technique Safer. « D’autant qu’Estelle arrivait aussi en tant que salariée, et futur installée. 4 associés sur environ 30 ha, c’est raisonnable. Sur les 16 ha initiaux, cela n’aurait pas été possible », résume Aurélien Tur. Dans la famille Mallemanche désormais, on vit d’amour, de vin et surtout pas dans le regret !

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