Gel : des vignerons entre sidération et résignation


Les 6 et 7 avril derniers ont été le théâtre d’épisodes de gel douloureux pour les vignerons de toute la France, malgré la préparation des exploitations.

Yoan DENECHAU | Aqui

Les vignes d'Olivier Gautey ont souffert à Moulon, dans le Libournais.

Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Temps de lecture 3 min Nombre de vues

Publication PUBLIÉ LE 09/04/2021 PAR Yoan DENECHAU

Après plusieurs semaines de températures estivales, la nature est venue, une nouvelle fois, montrer sa toute puissance. Les 6 et 7 avril dernier, deux violents épisodes de gel ont balayé le territoire français, n’épargnant aucune exploitation viticole ou presque. Point de situation avec Olivier Gautey, vigneron dans l’Entre-Deux-Mers et Sabine Silvestrini, en territoire Lussac-Saint-Émilion.

« Les anciens nous racontaient qu’on donnait une récolte sur cinq au bon Dieu ». Le ratio n’est plus tout à fait le même aujourd’hui, pour Olivier Gautey. À Moulon, dans le Libournais, il a repris l’exploitation familiale, le Château du Masson, en 2016. Depuis, les années « tranquilles » ont été plutôt rares. « Du gel en 2017 et 2019, de la grêle en 2020 et à nouveau du gel cette année, quand on rajoute le coronavirus, c’est vraiment compliqué », relate le vigneron. Sur les 43 hectares de sa propriété, une dizaine a échappé au gel, le reste est touché à 80 ou 90%, et ce malgré les bottes de pailles brûlées pour tenter de protéger la vigne. S’il semble résigné, le jeune vigneron relativise. « C’est dur mais c’est le jeu. La nature fait ce qu’elle veut. Je garde la même passion pour travailler le raisin. Le vignoble de Cognac (16) a connu plusieurs années difficiles et a réussi à se relever, ce sera la même chose pour nous ».

À Lussac, une dizaine de kilomètres au Nord de Saint-Émilion, le ton est grave également pour Sabine Silvestrini (Château Chéreau). « Ca fait trois ans que je prends le gel… Les larmes sont venues mercredi. Avec du recul j’arrive à en sourire, mais jaune », raconte la viticultrice. A la différence d’Olivier Gautey, toute l’exploitation de Sabine Silvestrini est impactée, là encore malgré une protection préventive avec des bottes de pailles enflammées. « Les parcelles les moins gelées le sont à 50% environ. On est tombé à -7 degrés au plus froid, on ne réchauffe pas l’air de cinq degrés comme ça, malgré toute notre bonne volonté », se résigne-t-elle.
Si elle se sait handicapée pour la suite de la campagne, Sabine Silvestrini reste optimiste en attendant la visite d’un expert. « Tous les bourgeons n’étaient pas sortis. J’ai confiance en la nature pour qu’ils sortent indemnes, pareil pour les contre-bourgeons des parcelles qui ont gelé ». Outre la Gironde, le gel a touché la plupart des vignobles français, et plus largement les autres de types cultures.

Yoan DENECHAU | Aqui

Les vignerons ont fait brûler des bottes de pailles pour tenter protéger leur récolte du gel.

« Vous ne pouvez ignorer cet appel »

Tandis que les professionnels pansent leurs plaies et font tout pour sauver ce qui peut l’être, les politiques se mobilisent. Nathalie Delattre, Sénatrice de la Gironde et Philippe Huppe, Député de l’Hérault ont écrit une lettre au Premier Ministre, l’exhortant à « réfléchir […] à un plan de sauvetage » avec la filière viticole. Par ailleurs, la députée MoDem de la Gironde Sophie Mette signe, avec une quarantaine d’autres parlementaires, une tribune demandant au ministre de l’Agriculture Julien Denormandie « d’activer tous les outils permettant de diminuer l’impact d’une perte de production ». Ce dernier a annoncé dans l’après-midi la mise en place du régime de calamité agricole, destiné à indemniser les agriculteurs ayant subi une perte de récolte.

Outre les parlementaires, la Chambre d’Agriculture de la Gironde se mobilise également aux côtés de tous les professionnels impactés par les épisodes de gel des derniers jours. Ainsi, tous les conseillers de la Chambre sont sur le pont pour répondre aux questions et conseiller les agriculteurs et viticulteurs sinistrés. La chambre consulaire propose également aux exploitants de recenser leurs dégâts liés au gel sur une plateforme en ligne, afin de quantifier et flécher les besoins en vue d’aides émanant des pouvoirs publics. Jean-Louis Dubourg, président de la Chambre d’agriculture de la Gironde doit faire un premier point de situation en compagnie des présidents de la Région et du Département, Alain Rousset et Jean-Luc Gleyze, ainsi que la Préfecture le samedi 10 avril à Langon.

Ça vous intéresse ?
Partagez l'article !
Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Laissez vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

On en parle ! Gironde À lire ! AGRICULTURE > Nos derniers articles