D’Auschwitz à Cenon, Ginette Kolinka raconte la haine nazie


Déportée au camp d’extermination Auschwitz-Birkenau durant la Seconde guerre mondiale, Ginette Kolinka a survécu et témoigne à Cenon, auprès de lycéens des métiers La Morlette, ce jeudi 5 janvier.

Ginette Kolinka, survivante de la Shoah, lors d'une conférence à Cenon, au lycée des métiers La MorletteJuliette Huard | Aqui

Ginette Kolinka témoignait à Toulon, l'avant-veille de ce jeudi 5 janvier à Cenon. Vendredi 6 janvier, elle était à Mérignac.

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Publication PUBLIÉ LE 11/01/2023 PAR Juliette Huard

Il y a longtemps que je ne sais plus ce que c’est de pleurer ». À bientôt 98 ans, Ginette Kolinka est passeuse de mémoire, sillonnant ainsi les collèges et lycées français. Pourtant murée dans le silence pendant des années, elle s’est longtemps sentie incapable d’en parler. Jusqu’au jour où le hasard a opéré. « C’est le hasard qui a voulu que je le fasse. Jamais de moi-même je n’en aurais eu l’idée », affirme la nonagénaire.

Jeudi 5 janvier, dans la salle polyvalente du lycée des métiers La Morlette, près de 90 élèves en Bac pro, dont 90 % de filles, attendent les premiers mots de Ginette Kolinka. « La Seconde guerre mondiale et le génocide des juifs étant au programme, l’idée est que ces jeunes filles, qui ont presque le même âge que Ginette Kolinka quand elle a été déportée, rencontrent cette dame qui a vécu des choses horribles durant la guerre », déclare Jean-Michel Martinez, leur professeur d’histoire-géographie.

Sans tarder, la survivante entame son récit. « Comment me trouvez-vous ? Extraterrestre ou normale ? », demande-t-elle à plusieurs élèves. Tous la trouvent normale. « Eh bien, pour un homme nommé Hitler, je n’étais pas normale car j’étais juive », lance-t-elle dans une atmosphère pesante.

L’histoire de six millions de juifs

Le génocide des juifs, en hébreu la Shoah, commence en 1941. En France, les juifs doivent se faire recenser. Née Cherkasky, Ginette et sa famille doivent accrocher l’étoile de David sur leurs vêtements, et leur carte d’identité est désormais marquée d’un tampon « juif ». Par ailleurs, ils n’ont plus le droit de fréquenter des non-juifs, et vice-versa. Ils déménagent ainsi en zone libre. Après un passage à Angoulême, ils rejoignent Avignon. Ils réussissent à vivre ainsi jusqu’en 1944.

C’est un jour de printemps que Ginette, son frère, son neveu et son père sont arrêtés par la Gestapo et conduits à Drancy, près de Paris. À seulement 19 ans, jeune et insouciante, elle pense qu’ils sont emmenés dans un camp de travail. Yeux fermés, Ginette Kolinka narre l’histoire de six millions de juifs durant la Seconde guerre mondiale, transportant les élèves.

Ginette Kolinka, survivante de la Shoah, témoigne à Cenon, au lycée des métiers La MorletteJuliette Huard - Aqui

Ginette Kolinka interagit régulièrement avec les trois classes de Première Bac pro. Certains sont en Bac pro animation, enfance et personnes âgées. D’autres en Bac pro métiers de la beauté et du bien-être.

Quelques temps plus tard en gare de Bobigny, ils montent, sans le savoir, dans le convoi n°71, direction le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. Ginette et sa famille sont entassés dans un wagon sans sièges et sans toilettes avec 70 autres personnes. « Je pensais que ce train de marchandises allait laisser place à un train de voyageurs troisième classe », explique Ginette Kolinka. Le voyage dure trois jours et trois nuits, entre obscurité et puanteur. À la descente du train, la survivante conseille à son frère et son père, fatigués et malades, de prendre le bus réservé aux plus faibles, plutôt que marcher, pour rejoindre le camp. Elle ne les reverra jamais. « J’ai envoyé mon frère et mon père à la mort directement », raconte-t-elle. Ces camions allaient en fait… aux chambres à gaz.

Sept mois de torture et de travail éreintant

Ginette Kolinka raconte son arrivée au camp entre douches et lits communs, négation de l’intimité, tatouage indélébile et tonte complète. Elle narre l’horreur, aussi insupportable soit-elle, en toute simplicité. Troublant. Aussi, les déportés n’avaient d’autres choix que de faire leurs besoins dans des latrines communes, côte à côte et dos à dos. « Pour moi, c’est le comble de la haine, s’indigne la nonagénaire. Comment des hommes, dits instruits, peuvent-ils organiser tout cela ? », poursuit-elle.

Après sept mois de torture et de travail harassant, Ginette Kolinka est transférée au camp de concentration nazi de Bergen-Belsen. Elle y reste de novembre 1944 à février 1945. Alors qu’elle détaille précisément son passage à Auschwitz-Birkenau, la survivante affirme n’avoir que de vagues souvenirs de Bergen-Belsen. Ginette Kolinka, 26 kilogrammes et malade, est conduite en Tchécoslovaquie avant d’être rapatriée à Lyon, puis à Paris, où elle retrouve sa mère et quatre de ses cinq sœurs.

La nonagénaire achève son récit, rieuse. Sans verser de larmes. Admiratrices et touchées par son histoire, plusieurs élèves se sont prêtées au jeu du selfie avec la nonagénaire. Témoigner est maintenant une évidence pour Ginette Kolinka : « Devenez à votre tour des passeurs et des passeuses de mémoire. »

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