Poitiers : un campus et une plateforme technique pour viser plus haut


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Publication PUBLIÉ LE 10/09/2019 PAR Julien PRIVAT

Sur le site du Futuroscope, le bâtiment de Prometée (Programmes et moyens d’essais pour les transports, l’énergie et l’environnement) ne passe pas inaperçu. Une architecture cubiste assez futuriste, un peu esseulée pour le moment. Logique, puisque le site est en pleine expansion. Prométée est un plateau technique qui regroupe une quinzaine d’installations d’essais. Il est rattaché à l’institut Pprime, unité de recherche du CNRS, avec université de Poitiers et l’ISAE-ENSM, qui travaille dans les domaines de l’aérodynamique haute vitesse ; (l’aéroacoustique ; l’aérothermique ; le contrôle des écoulements ; l’endommagement et durabilité des matériaux en conditions extrêmes (haute température, gaz sous pression) ;  la tribologie et la lubrification ; la combustion turbulente et la détonique (l’étude des explosifs).

La visite des différents bancs d'essais que l'on trouve à Prometée. Ici le banc MAATRE, unique en France voire même en Europe, qui sert pour la recherche sur la combustion d'ergols

Prométée : un site à la pointe

Inaugurée en 2016, cette plateforme est opérationnelle depuis la fin 2018. Le lancement du campus aéronautique et transport et de la plateforme Prometée 2 a débuté par une visite des lieux. Tout au bout d’une allée, un bâtiment isolé, il s’agit de Pergola, la première installation inaugurée sur le site en 2014. Ici est testée la combustion d’ergols innovants pour la propulsion spatiale. « Nous travaillons notamment sur les ergols liquides d’Ariane 6. Nous essayons de mettre au point des ergole moins toxiques, une sorte d’ergol vert », explique Marc Bellemoue, professeur à l’institut Pprime. Ce banc d’essai est unique en France et même en Europe. La visite a permis de découvrir trois autres bancs d’essais utiles également pour les domaines de l’aéronautique ou de l’aérospatial.
Puis, Yves Gervais, directeur de l’institut Pprime, nous amène dans une salle particulière. Au mur, de la mousse pour isoler du son et éviter les échos, une structure métallique avec des antennes comportant des micros, un bout de moteur d’avion qui sert à reproduire le son. Ce qui frappe, c’est le manque d’écho, le son est étouffé. Cette soufflerie est appelée bruit et vent. « Cette soufflerie peut reproduire les jets propulsifs des réacteurs d’avion. Nous essayons de contrôler ce bruit au décollage. L’idée est de trouver des solutions pour réduire le bruit, l’écoulement. Nous menons des collaborations industrielles avec SAFRAN ou Airbus. Nos découvertes peuvent également avec un impact sur le CNES (Centre national d’études spatiales), car il y a les mêmes types de problématiques sur les fusées. » En France, il existe une autre soufflerie semblable à celle-ci à Lyon.

Pprime en leader

Avec tous ces équipements et ces bancs d’essais, uniques en France voire en Europe, Prometée, dont les missions sont définies par la direction du laboratoire en coordination avec le CNRS, l’Ecole Nationale Supérieure de Mécanique et Aérotechnique (ISAE-ENSMA) et l’Université de Poitiers, apparaît comme un leader dans son domaine de recherche. « Il faut que Pprime le reste, explique Roland Fortunier, directeur de l’ISAE-ENSMA. Pour cela, nous devons évoluer dans nos modèles de formation avec la mise en place d’un apprentissage et nous allons devoir développer nos relations avec les ETI (NDLR : Entreprises de taille intermédiaire) et permettre aux PME (NDLR Petites et Moyennes Entreprises) d’accéder et de développer les innovations ». Ce sont les objectifs de ce campus aéronautique et transport. Dans ce cadre deux formations vont voir le jour : une formation d’ingénieur par apprentissage en lien avec les métiers de l’aérotechnique (elle est portée par l’ISAE-ENSMA ; et une école universitaire de recherche appuyée sur deux campus « aéronautique et transport » avec l’ISAE-ENSMA et « énergie et environnement » avec l’Ecole nationale supérieure d’ingénieurs (ENSI). Les écoles universitaires de recherche associent des organismes de recherche et rassemblent des formations de master et de doctorat. Enfin, un lieu de travail collaboratif sera ouvert pour soutenir l’expérimentation et l’innovation des étudiants. 

Une extension de 2000m2

Le domaine de la recherche ne sera pas en reste  avec Prometée 2. L’extension de plus de 2 000m2 du bâtiment existant dont la mise en route est prévue en 2021. La région Nouvelle-Aquitaine prend en charge la totalité des coûts de construction de la nouvelle infrastructure, soit huit millions d’euros. L’Université de Poitiers, l’ISAE-ENSMA, le CNRS et les partenaires industriels financent les équipements scientifiques à hauteur de 4 millions d’euros. « Je suis heureux que la région participe à ce projet. Cette participation est révélatrice des relations que nous entretenons avec les services de la région », confie Yves Jean, le président de l’université de Poitiers. Il rappelle d’ailleurs que cette dernière se positionne dans le classement de Shanghai depuis la troisième année consécutive. « Ce genre d’investissement permet à l’université de tenir son rang », explique-t-il. 

L'actuel bâtiment de Prometée est entré en fonction fin 2018. Le nouveau reprendra la même architecture. Les 2000m2 en plus devraient être opérationnels en 2021

Yves Gervais, directeur de l’institut Pprime a décidé de nous dévoiler le nouveau bâtiment avec des plans 3D. Les bancs MAATRE et Hycomat situés sur un ancien site militaire à proximité de l’aéroport de Poitiers vont être déménagés sur la technopole du Futuroscope. Ils permettent de tester des matériaux (utilisés notamment dans les moteurs) à de très hautes températures et pressions. Une autre partie sera dédiée à la sécurité incendie, puisqu’elle pourra reproduire la propagation du feu dans des espaces clos. Enfin il y aura une nouvelle version du banc MARTEL (Moyen Aéroacoustique de Recherche et Technologie sur l’Environnement des Lanceurs). « Nous allons reproduire un pas de tir au 1/40e. Il y a une forte concurrence dans ce domaine, MARTEL sera plus moderne et plus précis », explique Yves Gervais. 

Le lancement à la fois, du campus « aéronautique et transport » et de la plateforme Prometée 2, permet à Grand Poitiers de rayonner dans la région. « Vous êtes en train de construire un pôle d’excellence essentiel à la communauté urbaine », commente Alain Claeys, président de Grand Poitiers. Du côté de la région, Alain Rousset, le président de la Nouvelle-Aquitaine pense qu’il faut encore développer la formation. « J’ai besoin de 1 000 ingénieurs en aéronautique de plus par an. » Ce lancement arrive donc à point nommé pour répondre à une demande dans un secteur sans cesse en évolution et qui semble attractif.

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