MyKlinica : la plateforme qui peut “ruraliser” les soignants


« Vous avez de l’immobilier qui ne sert à rien ? Vous voulez le rentabiliser ? Proposez-le sur MyKlinica »

« Vous avez de l’immobilier qui ne sert à rien ? Vous voulez le rentabiliser ? Proposez-le sur MyKlinica »MyKlinica

« Vous avez de l’immobilier qui ne sert à rien ? Vous voulez le rentabiliser ? Proposez-le sur MyKlinica »

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Publication PUBLIÉ LE 24/08/2022 PAR Léo Marchandon

Fondé par Maud Clerice, entrepreneure Bordelaise et Emilien Roso, maire d’Allemans-du-Dropt, président de la communauté de communes du pays de Lauzun (Lot-et-Garonne), MyKlinica est un site internet qui permet de partager ou de louer des bureaux professionnels à destination de la santé ou du bien-être. Se retrouvent sur la même plateforme des hébergeurs détenant un espace (professionnels de santé, entreprises, collectivités) et des utilisateurs professionnels de la santé et du bien-être qui cherchent un local où exercer.

L’objectif de la plateforme est de favoriser la mobilité et la proximité des professionnels du soin en agrandissant l’offre immobilière. « Vous avez de l’immobilier qui ne sert à rien ? Vous voulez le rentabiliser ? Proposez-le sur MyKlinica », schématise Maud Clerice. MyKlinica s’adresse aux publics médicaux et paramédicaux mais aussi aux médecines complémentaires ou alternatives, au sport, à l’accompagnement relationnel, et à l’esthétique. « Quand tu as une pathologie, tu as envie de sentir bien. L’OMS définit la santé comme ‘un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité’. Ces professions comptent aussi », explique-t-elle avec conviction.

@qui! : D’où est venue l’idée de cette plateforme ?

M.C : Il y a pour moi un chiffre très parlant : 3,8 jours. C’est le taux d’occupation moyen d’un cabinet dans les métiers du médical & paramédical. Ce qui veut dire qu’il reste 2,2 jours où le cabinet ne sert à personne. A côté de ça, quand j’ai essayé de comprendre ma cible, je me suis rendu compte que tous font état de difficultés à trouver leur espace pour exercer. Il n’existait aucune plateforme rassemblant la totalité des offres dans l’immobilier de santé. L’offre est complètement éclatée. L’objectif de MyKlinica est de faire une plateforme pour centraliser toutes les offres auprès de toutes les professions du soin pour leur faciliter la vie.

Il y a une forme de « retailisation » de la santé, pour reprendre l’expression de Jérôme Leleu, ancien président de la FrenchTech. Les professionnels de santé ont presque les mêmes attentes que dans le commerce. Ils veulent pouvoir trouver vite et bien, avoir la même flexibilité que dans la « vraie vie ». L’idée est de faciliter la recherche et la mise à disposition de locaux avec des modalités plus flexibles. Un même médecin peut occuper plusieurs cabinets alternativement, et un même cabinet, une fois adapté aux spécificités de chaque profession, peut recevoir plusieurs médecins à tour de rôle.

Rapprocher les soignants de leurs patients

@! : On parle régulièrement du problème des déserts médicaux. Pensez-vous que MyKlinica peut avoir un impact ?

M.C : Nous devrions plutôt parler de « désertification d’offres de soin ». Emilien, mon associé, est élu local dans le Lot-et-Garonne. Sur son territoire, il a trois médecins pour 10 000 habitants. Un sera en retraite à la fin de l’année, un second en 2024. C’est une catastrophe. Des communautés de commune comme la sienne, il y en a partout en France. Même dans les agglomérations, à Bordeaux ou à Paris. C’est grave. Je n’ai malheureusement pas la faculté de claquer des doigts et de faire apparaître des médecins. Les déserts médicaux, c’est une vraie problématique qu’on associe souvent aux généralistes, mais pas seulement. On est en manque, et on va continuer d’en manquer pendant les dix prochaines années. Il n’y a pas vraiment de solution.

Les médecins ou futurs médecins doivent savoir que MyKlinica est là pour les aider à trouver leur premier cabinet ou à trouver un modèle qui corresponde mieux à leurs attentes. En favorisant la mobilité des professionnels de santé, on peut quand même avoir un impact, contribuer à rapprocher les soignants des territoires et surtout minimiser la renonciation aux soins. 59% des français ne se soignent pas en temps et en heure, souvent parce que c’est trop loin, dans le temps ou géographiquement.

MyKlinica est très liée à mon histoire de vie personnelle. J’ai grandi dans un village où il y a plus de vaches que d’habitants, et je suis née malade. Si je n’avais pas eu mon médecin de campagne, je ne serais pas là pour en parler. Je suis retombée malade vers 27-28 ans. Je me suis rendue compte que j’avais beaucoup de chance d’être à Bordeaux, car dans mon village, je n’aurais pas eu accès à ce dont j’avais besoin. Au-delà d’une opération, il y a tout l’accompagnement relationnel, la reprise du sport, réapprendre à vivre au quotidien après ou avec une pathologie. Dans un territoire moins fourni comme chez Emilien, je n’aurais pas eu accès à tout ça.

Un problème de justice

@! : Finalement, la disparité dans l’accès aux soins est aussi un vecteur d’inégalités…

M.C : L’accès aux soins à tous, pour moi c’est un problème de justice. L’accès à la santé fait partie des droits de l’homme, et nous sommes supposés être tous égaux face à ça. C’est pourtant loin d’être le cas. Avoir des professionnels de santé accessibles partout, sur la médecine générale mais aussi sur la médecine douce, sur le sport, sur le bien-être, c’est le but de MyKlinica.

Je comprends que les jeunes médecins ne veuillent pas être obligés d’aller exercer dans des zones dans lesquelles ils ou elles n’ont pas envie d’aller. Je comprends aussi le discours qui dit « on a besoin d’eux, il faut qu’ils viennent ». Ceci dit, je pense que la période de covid nous a fait prendre conscience collectivement de l’envie de bien vivre et de prendre soin de soi, sans forcément habiter en centre-ville en bossant comme des ânes. On ne peut pas demander à un ou une jeune médecin qui vient de finir son internat d’aller à 27 ans d’aller s’installer à plein temps à Allemans-du-Dropt, le village – magnifique au demeurant – de mon associé. Est-ce que c’est réellement le projet de vie d’une personne de 27-28 ans d’aller vivre à la campagne, quand ça fait 10 ans que tu as le nez dans les bouquins ? Pour certains, sûrement mais pour la majorité, pas forcément. C’est humainement légitime. « Les médecins aussi tombent malade », comme on dit. Ces populations médicales dont on a immensément besoin, il faut en prendre soin et leur permettre d’exercer dans de bonnes conditions.

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