Les dons des particuliers sortent des réserves


Dans son accordéon, « Tatave » avait caché les tracts de l’appel du 18 juin 40

Dans son accordéon, « Tatave » avait caché les tracts de l’appel du 18 juin 40Corinne Merigaud

Dans son accordéon, « Tatave » avait caché les tracts de l’appel du 18 juin 40

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Publication PUBLIÉ LE 22/03/2022 PAR Corinne Merigaud

L’exposition « Les dons sortent des réserves » présentée au Musée de la résistance jusqu’au 18 avril résonne comme un télescopage avec l’actualité. Pour les dix ans de cet espace muséographique situé 7 rue Neuve Saint-Etienne, la Ville de Limoges a choisi de dévoiler 250 objets offerts par des particuliers ou des descendants de résistants qui évoquent les deux guerres mondiales. Qu’ils soient anodins ou marquants de ces périodes, chacun raconte une histoire.

En parcourant cette exposition, les visiteurs vont véritablement toucher du doigt l’histoire en replongeant au coeur des deux conflits mondiaux du siècle dernier. Chaque année, des familles poussent les portes du Musée de la résistance pour faire don d’un objet découvert parfois fortuitement au fond d’un tiroir, dans un grenier ou une maison de famille. Quelques 500 donateurs en dix ans ont effectué cette démarche amplifiée après l’appel aux dons lancé en 2014 pour le centenaire de la grande guerre. Une première exposition avait été organisée en 2017 pour les cinq ans du musée.

« En moyenne, nous recevons cinquante dons par an précise Agnès Peyronnet, la chargée de communication. Chaque objet est inventorié, conservé et restauré si nécessaire pour qu’il reste une trace. L’esprit de conservation et de transmission de la mémoire est très important même pour un objet qui peut sembler sans importance à une famille. »

Antoine d’Albis a offert cette table sur laquelle a été négociée la reddition du Général Gleiniger le 21 août 1944

Une table liée à la libération de Limoges

La table carrée trône au milieu de la seconde salle d’exposition, une table entrée dans l’histoire le 21 août 1944, jour de la reddition du Général Gleiniger dont la garnison occupait Limoges. Il aura fallu deux jours de négociations pour qu’il capitule évitant un bain de sang. Cette table a été offerte par les fils de Jean d’Albis.

« Mon père avait été désigné pour négocier la reddition de la garnison allemande parce qu’il était suisse donc neutre dans cette guerre raconte Antoine d’Albis, son fils, les négociations se sont déroulées autour de cette table dans notre maison, la Villa Jouxtens, située 34 rue Saint-Lazare. Je m’en souviens bien même si j’étais enfant. Ils avaient bu du champagne après. »

Cette table Louis-Philippe a ensuite été déplacée en Dordogne dans la maison de son frère Tristan qui ne s’en servait plus depuis les années soixante-dix. « Du temps de mes grand-parents, on se retrouvait à une vingtaine autour de cette table pour fêter Noël puise-t-il dans ses souvenirs, elle avait été fabriquée par mon arrière-grand père avec les arbres de sa propriété. » Son frère voulait en faire don au musée. « Je ne pensais pas que le musée la prendrait, je suis reconnaissant qu’il l’ait acceptée car c’est une table historique même si nous ne la trouvons pas jolie…». Les chaises en mauvais état ont été données mais une restauration sera nécessaire.

Des objets qui nous renvoient à des heures sombres

D’autres objets relatent le quotidien des Français au cours de ces deux guerres. Ils sont présentés chronologiquement :  la première guerre mondiale, l’Allemagne nazie, les combats de mai 1940, les prisonniers, le régime de Vichy, la vie quotidienne, la déportation, la résistance et la libération, une exposition complétée de biographies de résistants et résistantes. 

Ce tricycle de 1944 était utilisé par les soldats amputés

Parmi ces dizaines d’objets, on découvre un récepteur-radio utilisé par Pierre Versavaud, un résistant de l’armée secrète à Châlus mais aussi une radio anglaise « Station Master » A92 et sa notice utilisée pour recevoir des messages morses ou encore une ronéo Gestetner pour imprimer clandestinement les tracts de la résistance. Un tricycle « Poirier » daté de 1944 servait aux soldats amputés. Un certificat délivré en 1950 atteste que Maxime Lenoir né en 1919 avait appartenu aux FFI du 6 juin 1944 (jour du débarquement !) au 21 août 1944 servant sous les ordres du colonel Guingouin.

Une assiette en porcelaine arborant l’insigne nazi de la « Svastika » au dos a été récupérée en Allemagne par un soldat français à la fin de la guerre. Une boucle de ceinturon allemand ornée d’un casque et de l’inscription « Der Stahlhelm » (casque en acier) évoque le nom d’une association paramilitaire qui regroupait des combattants allemands de la 1ère guerre, désarmée en 1935 par Hitler.

Une médaille des justes avait été délivrée en 1979 à une professeur d’allemand Hélène Durand qui avait sauvé des juifs. Dans son accordéon Maugein frères, Gustave Marchives dit « Tatave », un cuisinier charentais engagé dans la marine en 1939, cacha des tracts de l’appel du 18 juin. Un voyage dans l’histoire pour ne pas oublier l’engagement de ces hommes et femmes.

Billet exposition et collection permanente : 5€, tarif réduit : 3€ (sur justificatif), gratuit 1er dimanche du mois. Ouvert tous les jours sauf mardi de 9h30 à 17h, dimanche 13h30 à 17h.

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