L’Actualité du Roman Noir : Le carré des indigents


Hughes Pagan : Le carré des indigents- Rivages Noir-Janvier 2022- préface de Michel Embareck- 444 pages- Janvier 2022

Hughes Pagan : Le carré des indigents- Rivages Noir-Janvier 2022- préface de Michel Embareck- 444 pages- Janvier 2022La Machine à lire

Hughes Pagan : Le carré des indigents- Rivages Noir-Janvier 2022- préface de Michel Embareck- 444 pages- Janvier 2022

Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Temps de lecture 2 min Nombre de vues

Publication PUBLIÉ LE 31/03/2022 PAR Bernard Daguerre

Ceci n’est pas un roman policier. Il a pourtant pour héros un flic, Claude Schneider. Officier de police judiciaire, il est responsable des enquêtes criminelles dans une grande ville, quelque part en France, au début des années 1970. Le personnage est récurrent sous la plume de son auteur, puisqu’il lui a donné vie de papier en 1982 (La mort dans une voiture solitaire Rivages/Noir n° 133), pour le faire mourir, tout de suite. Depuis, à intervalles irréguliers, il le remet en scène pour nous rappeler sa vie de flic avant sa mort.

C’est dire, d’emblée, le halo sombre qui nimbe ce Carré des indigents. Car Hughes Pagan ne transige pas avec les codes du roman noir : le sentiment tragique de la vie, Schneider l’a en travers du corps ; d’abord par son histoire. Jeune lieutenant, il a fait la guerre d’Algérie et n’est pas près d’oublier toute l’horreur des opérations militaires, les exactions, la violence sans limites. Il porte d’ailleurs à la fois le deuil d’un amour perdu, laissé là-bas dans la pénombre des meurtres racistes non résolus, et un éclat de balle, logé près de son épine dorsale. Il y a donc chez lui l’autorité d’un meneur d’hommes qu’on retrouve dans sa capacité à faire fonctionner au mieux l’équipe qu’il a sous ses ordres.

Car l’inspecteur est un grand flic : enquêteur acharné, il sait faire aboutir ses affaires, y compris d’ailleurs contre sa hiérarchie, veule et prête à toutes les compromissions politiques, retranchée dans ce que l’auteur appelle le Bunker, le commissariat central, « bâtiment sinistre… conçu dans un dessein sinistre…mille-feuilles de béton et de verre… un hôtel de police n’était pas un endroit qui dût incliner à la rigolade. Il s’agissait de tenir la multitude en respect ».

Libertaire… et flic

Le récit est aussi celui des affaires policières, menées avec un luxe de précisons professionnelles qui le rapproche des chroniques du 87 ème district du grand Ed McBain. Où les sans-grade, les délaissés ont souvent la place des victimes ; où Schneider fait preuve de compassion fraternelle à leur égard, mais à sa manière, distante et retenue. Où, lorsque surgissent des affaires de basse police, le divisionnaire joue le juge de paix, établissant une espèce d’armistice qui calme les tensions au sein de la base policière, comme une autorité parallèle qui doublerait et relèguerait la hiérarchie officielle.

Homme de la nuit- il aime d’ailleurs assurer à son travail les permanences nocturnes- aimé des femmes, joueur émérite de piano, il laisse percevoir le charme et l’effroi mêlés des héros des vieux romans gothiques ; mais c’est aussi, de manière moderne, un libertaire, conviction paradoxale comme à rebours de sa condition même de flic. Et au risque de cumuler sur sa tête les références, on se plaira à voir en lui un double littéraire des individus, flics et truands bardés d’une éthique du désespoir, qui peuplent le cinéma de Jean-Pierre Melville. On aura plaisir enfin à louer le style élégant de l’auteur, comme une succession sans fin d’élégies.

Ça vous intéresse ?
Partagez l'article !
Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Laissez vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

On en parle ! Nouvelle-Aquitaine À lire ! CULTURE > Nos derniers articles