Au TnBa ” Par les Routes” avec pour témoin Frédéric Maragnani


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Au TnBa " Par les Routes" avec pour témoin Frédéric Maragnani

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Temps de lecture 6 min

Publication PUBLIÉ LE 05/02/2008 PAR Joël AUBERT


Aqui! : « Par les routes » est la 5ème pièce de Noëlle Renaude que vous mettez en scène. Pouvez-vous nous situer les débuts de ce compagnonnage et nous dire ce qui vous a le plus séduit dans son écriture ?
Frédéric Maragnani : J’ai découvert les textes de Noëlle Renaude il y a treize ans. Elle écrivait déjà depuis plusieurs années puisqu’elle a commencé à écrire dans les années fin 70, début 80. En 1995, lorsque je suis entré en contact avec son œuvre, ce qui m’a immédiatement séduit dans son écriture c’était lafaçon dont elle exploitait la matière des mots, le vocabulaire, les formules, les rimes. J’ai trouvé chez elle une écriture très précise, ciselée et qui, au-delà de cela posait de vraies questions théâtrales. Le fait de reproduire la réalité de manière fidèle ne m’intéresse pas forcément, par contre y ajouter un autre monde, plus artistique, tel que Noëlle Renaude le conçoit, me satisfait totalement. Son écriture n’est ni naturaliste, ni réaliste, ni documentaire, ni nostalgique, ni à message politique mais réellement théâtrale et parle de notre monde contemporain de façon poétique et philosophique. Par ailleurs, il y a une autre chose primordiale dans son écriture ; ses textes me font énormément rire ! Depuis 1995 j’ai donc inventé, avec elle, un parcours de travail dans lequel j’ai commencé par monter des textes déjà écrits et édités puis en lui passant des commandes d’écriture sur des thèmes ou des situations particulières, ce qui est le cas de « Par les routes ».

@! : Hormis l’auteur que vous connaissez bien, « Par les Routes » réunit deux comédiens avec qui vous avez l’habitude de travailler, Jean-Paul Dias et Gaëtan Vourc’h. En quoi cette « famille » théâtrale est-elle importante pour vous ?

F.M. : La pratique artistique ne peut se concevoir qu’en tant que compagnonnage, comme nous l’indique le mot compagnie. Sans aller jusqu’à évoquer l’époque de Molière et de l’illustre théâtre, je crois que quelque chose nous relie et que garder des fidélités avec des interprètes est essentiel. Jean-Paul Dias par exemple, a été formé comme moi au Conservatoire National de Région de Bordeaux. Nous faisions partie de la même promotion, destinés à devenir tous deux acteurs. Je suis devenu metteur en scène et j’ai à peu près autant appris à mettre en scène avec lui que lui a appris à être acteur avec moi. En dehors de ce type de compagnonnage, on tombe dans un modèle économique qui m’intéresse moins et qui consiste à changer d’interprètes à chaque fois pour faire ce que j’appelle des coûts médiatiques. Suivre un projet aux côtés d’auteurs, d’interprètes, voir même de dramaturges ou d’universitaires permet de créer une émulation intellectuelle et de ne pas végéter.

@! : La pièce est un road movie théâtral qui raconte l’errance de deux hommes en « mal de mère ». Sur votre site on peut lire : « Sans la puissance absolue patriarcale ou matriarcale, nous sommes perdus, désorientés, dans le Nord… » Que vous évoque cette phrase à la lumière de la pièce ?
F.M. : Je pense que dans « Par les routes », c’est une chance pour ces deux hommes qu’il n’existe plus de société matriarcale. Le fait que leurs mères respectives aient disparu leur permet de s’accomplir en tant qu’homme et de s’inventer ce qu’ils ont à s’inventer, une nouvelle vie, une vie d’homme pleinement adulte. Le texte de Noëlle Renaude raconte cet apprentissage de l’age adulte, de manière à la fois grave et sérieuse mais également très drôle.

@! : Ce texte est une commande d’écriture. Comment avez-vous travaillé la mise en scène, seul ou avec l’auteur ?
F.M. : Après avoir beaucoup travaillé avec Noëlle Renaude sur d’autres mises en scène, dans « Par les routes », j’ai eu envie de travailler seul. Chaque projet avec un artiste avec qui l’on travaille peut-être différent. Certains auteurs ne s’intéresseront pas à la suite de leur textetandis que d’autres au contraire y seront très attachés et auront besoin de suivre ce qui se passe. Dans ce cas précis, je connais très bien l’écriture de Noëlle Renaude et en lui passant commande, je savais pertinemment dans quelle matière elle s’apprêtait à écrire. Si aujourd’hui je peux me permettre de lui faire ce type de commande de mise en scène et de lui demander de ne venir qu’à la première, c’est justementparce que nous avons derrière nous presque treize ans de compagnonnage.

@! : Créé au Théâtre Ouvert, le dispositif scénique de la pièce a interpellé l’assemblée: un écran sur lequel défilent des mots et des signes. Je crois savoir qu’il s’agit d’une démarche qui vous importe vraiment ?
F.M. : Oui, parce que ce qui m’intéresse c’est la littérature et l’écriture des mots qui me fascinent depuis toujours. Au travers de leur inscription scénique et de leur forme, j’aperçois des paysages plus beaux que de simples images photographiques. C’est pourquoi au-delà de leur simple signification scolaire, j’aime les mettre sur scène pour dessiner des contours et des situations.

@! : Justement, pourquoi des textes et des mots contemporains plutôt que classiques ?
F.M. : J’aime autant les textes contemporains que classiques que je connais très bien par ailleurs.
Simplement, à mon arrivée au Conservatoire de Bordeaux, j’ai rencontré pour la première fois des auteurs vivants qui ont su me parler de la scène mieux que quiconque, mieux que certains metteurs en scène ou enseignants. Ces auteurs m’ont parlé de leur écriture, de la scène, des acteurs et de leur souffle, du rythme de la voix et c’est ce que j’avais envie d’entendre. C’est ce qui m’a le plus marqué donc je me suis mis à travailler avec des auteurs forcément contemporains puisque vivants. D’autre part, le texte contemporain est tout simplement pour moi le dernier-né des textes classiques. D’autant plus que les textes classiques ont déjà existé et qu’il y a aujourd’hui dans l’économie du théâtre suffisamment de metteurs en scène pour les monter.

@! : Vous êtes intégré au cycle « aquitains contemporains » du TnBA. Trouvez-vous ce cycle pertinent et avez-vous le sentiment d’appartenir à une scène régionale ?
F.M. : L’initiative du Centre Dramatique National est bonne dans la mesure où elle permet la diffusion de spectacles et remplit ses fonctions de soutien à la création régionale. Ce qu’il faut observer maintenant c’est son évolution, notamment sur le plan de l’accompagnement des équipes qui est un pan essentiel et onéreux de la création. Au-delà de la diffusion qui est selon moi le dernier acte, il y a dans cette région de véritables besoins en termes de logistique, de matériel et de financement direct. Il faut se demander maintenant comment structurer tout cela sur un territoire régional qui est vraiment intéressant mais lacunaire en terme d’accompagnement. L’OARA prend en charge une partie de ces demandes, mais il reste beaucoup de travail à effectuer.
Sur la question de mon appartenance à une région, je dirais que oui j’ai le sentiment d’être à ma place en région Aquitaine et j’en suis très heureux. Mon travail je l’ai fait ici et pas ailleurs, ce qui signifie que ce territoire m’a donné la possibilité de faire ce que j’avais à faire. Cela crée un réel sentiment d’appartenance et un lien familial en quelque sorte… On rejoint ici la question d’un itinéraire familial comme dans « par les Routes ».

Propos recueillis le 04/ 02/08 par Hélène Fiszpan


Par les Routes de Noëlle Renaude, mise en scène Frédéric Maragnani
Du 06 au 08 février au TnBA.
Réservations par téléphone au 05 56 33 36 80 ou par Internet www.tnba.org

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