Adour-Garonne : anticiper les prochaines crises de l’eau


Cet été 50% des rivières du Bassin Adour-Garonne ont connu des situations d'assec. Du jamais vu. Pour faire face à cette crise de l'eau, le Comité de Bassin Adour-Garonne vient d'adopter un plan d'investissement sur 10 ans.

Un lac d'irrigation où le niveau d'eau est très basSolène MÉRIC | Aqui

Cet été face à la sécheresse les lacs collinaires ont joué leur rôle à plein, atteignant des niveau historiquement bas.

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Publication PUBLIÉ LE 12/12/2022 PAR Solène MÉRIC

Les pluies ont repris il y a seulement 15 jours. Il était temps. La sécheresse qu’a connue le grand Sud-Ouest depuis le printemps, est arrivée avec quelques décennies d’avance sur les pronostics des climatologues. Si « globalement on a réussi à sécuriser l’ensemble des usages de l’eau, les difficultés ont démarré très tôt. Sur certains territoires, nous avons dû débuter des mesures de soutien à l’étiage dès la mi-mai. C’est un mois à un mois et demi plus tôt que ce que l’on connaît habituellement », éclaire Guillaume Choisy, directeur général de l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Ces mesures de gestion de crise, qui visent à mobiliser les réserves d’eau pour maintenir un minimum de débit dans les rivières afin de prioritairement servir l’eau potable, ne se sont terminées qu’à la toute fin du mois de novembre. « En 2021 c’était en octobre, et c’était déjà quelque chose d’assez exceptionnel », précise-t-il

Retours d’expérience

Une situation que les acteurs de l’eau, tiennent à anticiper pour l’année 2023. Si la sécheresse devait revenir, les conditions pour y faire face ne seront pas aussi favorables qu’en 2022, les réserves d’eau n’étant plus pleines. « Et la pluie ne suffira pas à les remplir », tient à éclaircir Alain Rousset, président du Comité de Bassin. Afin de pouvoir mettre en œuvre des actions pour anticiper un éventuel étiage 2023, un travail collectif de retour d’expérience a été mené par l’ensemble des acteurs du bassin et des sous-bassins, sous le pilotage de l’Etat.

Au total, 9 axes prioritaires et 51 mesures ont été identifiés et présentés au Comité de bassin en fin de semaine dernière, par Etienne Guyot, préfet coordonnateur du Bassin Adour-Garonne. D’abord la poursuite et l’uniformisation de l’organisation actuelle qui « a su  fonctionner cette année », pour tendre vers toujours plus de coordination dans les décisions.

150 M€ pour la sécurisation de l’eau potable

Ensuite, toute une série de mesures vise « l’amélioration des connaissances et du partage des informations » via la modernisation des outils. Objectif : permettre « une gestion intégrée du milieu pour une meilleure efficience de l’eau ». Au menu, un suivi des volumes d’eau en temps réel, une meilleure anticipation des besoins ou encore « l’optimisation de la recherche de solutions alternatives de stockage » notamment pour l’accès à l’eau potable.

Une enveloppe de 150 M€ est d’ores et déjà bloquée, indique Guillaume Choisy, pour la réalisation de chantiers d’interconnexion des réseaux afin de permettre qu’une commune en situation de pénurie d’eau potable, pour cause d’assec à sa source, puisse s’abreuver sur le branchement d’une commune voisine.

La crise révèle aussi la nécessité d’une meilleure communication, pour ne pas dire pédagogie vers le grand public. « Il faut faire comprendre que les mesures de restriction ne doivent pas être perçues comme du restrictif punitif, alors que c’est du préventif », appuie le préfet Guyot. Mesures de restrictions dont les contrôles seront par ailleurs poursuivis, assure-t-il.

Je veux que l’Agence de l’eau soit une agence d’innovation pour l’usage de l’eau, pour la création de nouvelles réserves. Mais cette eau doit être conditionnée par la transition agroécologique

Avec la perspective d’un déficit de 1,2 milliard de m³ d’eau sur le bassin à 2050, les mesures identifiées pour combler 2/3 du déficit attendu ont évidemment leur place dans le plan d’investissement à 10 ans acté le même jour par le Comité de Bassin. Pour relever le défi, les moyens financiers de l’Agence de l’eau à qui revient la mise en oeuvre de ce plan sont relevés de 30%, et estimés entre 60 et 80 millions d’euros supplémentaires par an. Un investissement massif pour soutenir l’adaptation des territoires aux changements climatiques, « tant sur l’enjeu de la quantité que de la qualité de l’eau », insiste Alain Rousset.

Il liste ainsi un ensemble de « solutions concrètes » à mettre en œuvre : la réutilisation de l’eau, le développement des zones humides, l’optimisation des retenues existantes, l’évolution des systèmes agricoles et d’irrigation… « Je veux que l’Agence de l’eau soit une agence d’innovation y compris pour l’usage de l’eau, y compris pour la création de nouvelles réserves. Mais cette eau doit être conditionnée par la transition agroécologique » Une conditionnalité nouvelle dans les arbitrages de l’Agence, mais indispensable selon les deux hommes pour faire face aux « impératifs climatiques » à venir, tout en admettant volontiers la complexité du sujet pour le monde agricole.

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