“Demandons l’impossible, le roman-feuilleton de Mai 68” – Hervé Hamon présente son nouvel ouvrage


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Publication PUBLIÉ LE 18/04/2008 PAR Piotr Czarzasty

Hervé Hamon, professeur de philosophie dans un premier temps, quitte l’Education nationale, au bout de cinq ans. Pour écrire. Après une période consacrée aux enquêtes à caractère sociologique, comme “Tant qu’il y aura des profs” ou “Nos médecins”, il se tourne vers des essais et textes plus personnels. Breton d’origine, la mer occupe une place importante dans beaucoup de ses récits : “Besoin de mer” ou “Le Livre des tempêtes”. Hervé Hamon collabore en même temps avec de nombreux journaux, notamment Le Nouvel Observateur, Ouest France ou Geo. On le voit ensuite attiré par le roman. En 2007, il publie d’ailleurs son premier – “Paquebot” et commence à gagner des points chez les critiques – lauréat des prix Henri Queffélec du livre maritime et Nadar pour “Le Livre des tempêtes”. Enfin, dans son dernier ouvrage, un roman feuilleton de mai 68, l’auteur revient sur ces événements marquants avec le regard du jeune intellectuel, qu’il était jadis, lorsqu’il avait un peu plus de vingt ans, à l’époque.

Mai 68 en plus drôle et plus léger

Demandons l'impossible - le roman-feuilleton de Mai 68 - Hervé Hamon - Ed. du Panama - 20 €
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Une forme donc assez inhabituelle, que ce roman feuilleton, pour parler de mai 68. « J’ai été déçu par le côté narcissique et funèbre du roman français. » avoue l’écrivain, qui dénonce de même l’habitude qu’ont pris ses « confrères » de personnaliser le roman ; une habitude qui hanterait déjà suffisamment les nombreux essais et ouvrages historiques, sur mai 68 notamment. Grand admirateur de Dumas, séduit par la comédie, Hervé Hamon veut « écrire léger avec plus d’humour », sans que cette écriture ne soit pour autant « futile ».

Une histoire en deux printemps
« Demandons l’impossible », c’est l’histoire d’une famille française traditionnelle, couple de classe moyenne, trois enfants, qui résume en même temps les principaux clivages et orientations politiques de la société de l’époque. Trois frères, un cheminot syndicaliste, un autre – grand admirateur de De Gaulle et un frère curé, qui annonce qu’il va… se marier. A trois ils nous dessinent assez clairement le paysage politique français. Mais un roman sur mai 68 serait incomplet sans personnages féminins importants, dont le grand mouvement marque l’émancipation. C’est donc Mélina, la mère, qui détient le rôle de l’héroine principale. C’est une histoire en deux printemps – lors du premier, Mélina suit les événements de son poste transistor, alors que tous les autres ont quitté la maison pour se joindre à la révolution. Dans la deuxième partie les rôles s’inversent, et c’est au père de famille d’écouter attentivement le transistor pendant que Mélina s’émancipe dans la rue.

L’école – un ascenseur social
L’un des fils conducteurs du roman semble être l’école, en tant qu’ascenhamonseur social. Une ascension qui est d’ailleurs mal digérée par la nouvelle génération. On lit, par exemple, que l’un des petits fils de Mélina, membre d’une secte maoiste, refuse de se présenter au concours de “Normal Sup”, pour ne pas devenir l’agent d’une société qu’il trouve injuste. Cette ascension sociale s’accompagne aussi d’un sentiment de « culpabilité ». « Mai 68 c’est notamment ça ; les jeunes se sentent mal à l’aise d’appartenir d’un coup à un milieu, encore si élitiste à l’époque, que celui de l’enseignement supérieur.» explique l’écrivain. « Ils estiment injuste que tous leurs camarades, issus des mêmes couches sociales, n’aient pas eu cette chance. »

D’une France qui « s’ennuyait » vers une France de « barricades ».
Mais il y a eu bien sûr d’autres raisons qui, selon Hervé Hamon, ont contribué au déclenchement de cette « plus grande grève de France ». En 1968 la France « s’ennuie » ; Les Etats-Unis mènent leur guerre « impérialiste » au Vietnam ; c’est le printemps de Prague de l’autre côté du rideau de fer ; c’est l’émergence, enfin, des acteurs du tiers-monde. « Les jeunes ont donc fortement l’impression que l’actualité se déroule ailleurs ; que l’Europe n’en est plus l’acteur ; et ils ont bien l’intention de le changer. » rappelle l’auteur. Mai 68 c’est aussi le témoignage d’une société qui « ne peut se mettre à jour que par des convulsions », une société de « barricades ». Hervé Hamon parle en même temps d’une génération toujours imprégnée des préjugés du temps de la guerre 1940-45. « On assiste à une transfiguration de l’adversaire en figure réinventée de la guerre – on traite facilement quelqu’un de fasciste sans plus trop se demander ce que ça veut dire.» remarque l’auteur. « Il n’y a pas eu de vrai “débriefing” de la période Vichy, ni de la guerre d’Algérie ; le soulèvement de mai 68 témoignait de cette volonté de mettre tout à plat. »

Mai 68, où es tu ?
Et qu’en reste-t-il de mai 68 ? Hervé Hamon n’aime pas parler de nostalgie, car ces événements, qui ont eu lieu, il y a maintenant 40 ans, doivent servir de tremplin pour aller en avant. Mais s’il devait nous faire part de ce qui lui manque de cette époque, ce serait ce grand mouvement de solidarité. Avec un slogan très parlant « Nous sommes tous des juifs allemands. » tout le monde formait un esprit collectif, où chacun avait néanmoins « le droit de dire “je” ». Un autre élément serait ce côté jouissif et festif qui accompagnait mai 68, avec des jeunes pleins d’enthousiasme et la conviction de pouvoir changer quelque chose. L’esprit de solidarité qui s’en est dégagé s’est malheureusement aussi vite éteint.

Piotr Czarzasty


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