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Raphaël Laurand, chercheur de lumières
Une pellicule suspendue attend qu'on la développe, une légère odeur d'éther flotte dans l'air. C'est ici l'antre, à la fois studio et labo, de Raphaël Laurand artiste-photographe à Pau. Un homme étonnant, toujours en recherche
Raphaël Laurand, photographe à PauSolène MÉRIC | Aqui

Raphaël Laurand, présente un ambrotype, mais sa palette de connaissances couvre aussi la photographie numérique et argentique.

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Publication PUBLIÉ LE 10/11/2022 PAR Solène MÉRIC

La pièce, petite, renferme des trésors datant d’un siècle ou deux. D’imposantes chambres photographiques du 19ème siècle, un ancêtre de l’agrandisseur et même l’ancêtre de l’ancêtre, un châssis-presse pour faire un tirage contact à partir de plaque au gélatino-bromure. Derrière un miroir, encore toute une série de matériels anciens et récents, des appareils photo numériques ou des argentiques plus vintages.

Soutenir les autres en étant pasteur

« Il y a une faille en tout. C’est ainsi qu’entre la lumière ». Rapahël aime cette citation, tirée et traduite d’une chanson de Léonard Cohen. La recherche de la lumière, aux sens strict, spirituel et figuré est le fil rouge de sa vie. A tel point que Raphaël, lancé dans des études de droit à Bordeaux, s’est peu à peu tourné vers la théologie. De l’interprétation du droit positif à celle du droit ”naturel”, « la question de leur articulation et de la laïcité s’est imposée » au jeune homme de famille catholique.

D’une rencontre à une autre, c’est finalement avec le pasteur du Temple du Hâ à Bordeaux, qu’il échange et s’implique à la fédération française des étudiants chrétiens ; sa « vocation de devenir avocat pour soutenir les autres et les accompagner », évolue. C’est en tant que pasteur qu’il vise le même objectif. Direction la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg. Après deux masters et une thèse sur la définition théologique de l’être humain, il démarre son vicariat pour « être enfin sur le terrain », au contact des gens. Mais, « le poids de l’institution a eu raison de ma vocation », dit-il sobrement.

Éprouver existentiellement ce que c’était de créer une image

Le choc est rude. C’est la faille qui laissera entrer la lumière de sa future nouvelle vocation : la photographie. « Chercher à définir théologiquement l’être humain c’est nécessairement se pencher sur la question de l’image. J’avais alors eu besoin d’éprouver existentiellement aussi ce que c’était que de créer une image ». Culture familiale aidant, il se prend au jeu de la photo numérique et du post traitement, avec l’aide de professionnels.

Autoportrait de Raphaël Laurand entourés de quelques uns de ses ambrotypesRaphael LAURAND

Autoportrait de Raphaël Laurand entouré de plaques tirées de sa série “Des courbes et des lignes”

« Quand j’ai du reconsidérer mon avenir professionnel, la photo s’est imposée à moi. Le pasteur et le photographe ont un rôle commun, ils sont un révélateur de personnalités », estime celui qui désormais n’imagine pas de photo sans humains. Et puis, « le photographe est une instance interprétative, comme le juriste ou le théologien, sauf qu’il écrit avec la lumière. »

Transparent et fragile

Une lumière qu’il aura apprise à apprivoiser via le numérique donc, mais aussi l’argentique qui est venu combler « le manque de la résistance de la matière ». L’image numérique modifiable à l’infini, amène à passer trop de temps derrière un ordinateur. L’argentique, c’est un nombre limité de prises et la possibilité de « s’amuser avec de l’esthétique un peu chimique : solarisation, tirage à l’éponge, du virage ». Jusqu’à vouloir réaliser des clichés sur verre. Déjà présent dans une de ses toutes premières expositions, le verre fascine le photographe : « il est aussi un peu le résumé de la transparence et de la fragilité de l’Homme ».

Le support lui-même porte un message important, quasi anthropologique

Un chimiste lui apprend le procédé de gélatino-bromure d’argent sur verre, ancêtre de la pellicule, inventé en 1871. Puis il s’auto-forme au collodion humide, il ne s’en lassera pas. La plaque de verre placée dans la chambre photographique après avoir été enduite d’un vernis à base de collodion, et trempée dans un bain de nitrate d’argent, « est noircie par l’argent qui réagit à la lumière, c’est ça qui fait la photo, appelée ambrotype. Ces plaques sont fragiles et ont toujours un défaut. Si une poussière tombe dans le collodion lors de la prise de vue, c’est comme ça, il faut l’assumer ».

Des chambres photographiques maison

Admettre « les défauts et les fragilités », là aussi l’allusion à l’humain dans une société aseptisée et qui n’a rien contre les stéréotypes, n’est pas loin. En exposant les plaques telles qu’elles sortent de la chambre photographique (et non les tirages de ces plaques), « je ne peux pas tricher et le support lui-même porte un message important, quasi anthropologique », estime-t-il.

Devoir fabriquer ses propres plaques oblige Raphaël à « la rigueur et au sérieux », tout ce qu’il aime. Mieux, le garçon « jusque-boutiste » dans ses démarches, s’est mis à fabriquer ses propres chambres photographiques : travail du bois, du verre, fabrication du soufflet… Il a tout appris par lui-même. Raphaël Laurand trouve toujours un chemin.

Amertumes et colères

Il a bien cependant quelques amertumes et colères sur le statut de photographe professionnel, sur les conditions d’expositions de plus en plus difficiles à assumer, comme défendre qu’un projet avec des nus, n’est pas forcément pornographique, au contraire.

Et les produits nécessaires à la réalisation d’ambrotypes sont exposés aux problèmes de disponibilité et de flambée des prix. Bref, ses revenus vont et viennent. Arrivé à Pau juste avant le premier confinement, le contexte n’a pas facilité son implantation. « Ca m’a permis de fabriquer une chambre photo et un laboratoire mobile », se console-t-il. Ce labo mobile qu’il tracte à vélo, partout, ou presque: quelques 70 kilos quand même! Côté projet, l’auteur-photographe, rêve d’un nouveau virage vers la réalisation de reportages photo autour du spectacle vivant. Encore des prétextes à la rencontre, la capture de la lumière, la découverte de l’humain. 

Une rencontre à faire !

Raphaël Laurand anime, tous les mercredis à l’Usine des tramways de Pau, des ateliers autour de la chambre photographique et du light painting dans le cadre de l’exposition en cours sur plusieurs sites palois Sous l’objectif – derrière l’objectif .


Pour tout connaître de ses travaux, techniques et tarifs : https://www.raphaellaurand.fr/

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