Vinexpo relance les dés


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Vinexpo relance les dés

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Temps de lecture 5 min

Publication PUBLIÉ LE 31/10/2017 PAR Romain Béteille

Un salon en perte de vitesse

C’était un des dossiers inscrits à l’ordre du jour de l’assemblée générale de la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie) de Bordeaux Gironde lundi soir, et on risque fort d’en entendre reparler. Une « motion sur le plan stratégique » du salon Vinexpo a en effet été discutée et a clairement fait office de plan de relance. Elle fait suite à un audit du le cabinet international ANR commandé par la direction générale de la société organisatrice de l’évènènement, dont le président de la CCI, Patrick Seguin, est l’actionnaire majoritaire. Dans cette étude, que l’organisme n’a pas souhaité rendre publique, le message est clair. « Depuis plusieurs années, on est alerté sur une perte d’exposants et de visiteurs. Nous sommes entrés dans une concurrence mondiale alors qu’à la création de Vinexpo Bordeaux, nous étions seuls », avoue Patrick Seguin. Les chiffres sont là pour le prouver. Si, comme le précise Guillaume Déglise, directeur général de Vinexpo, « l’entreprise va bien et toutes nos initiatives font du profit », Vinexpo accuse quand même, avec 40 000 visiteurs en 2017, une baisse de 11% de sa fréquentation par rapport à la précédente édition en 2015. Pire : même s’ils sont toujours plus de 2000 (2300, plus précisément, selon les chiffres officiels) le nombre d’exposants accuse lui aussi d’une « légère baisse, provenant surtout des co-exposants sur les pavillons régionaux, où l’on constate un léger recul du nombre d’entreprises », a déclaré ce mardi Guillaume Déglise lors d’un point presse.

Des points à revoir

Il faut dire que la concurrence est bien là, notamment en Allemagne où la dernière édition du salon ProWein, à Düsseldorf, a accueilli quelques 60 000 visiteurs et 6400 exposants en mars. Dans l’audit en question, on retrouve aussi une collaboration d’une soixantaine de personnes appartenant au monde du vin, et surtout un constat des avantages et des inconvénients de la manifestation bordelaise. Au rayon desquels figurent notamment la date de la manifestation (au mois de juin), les problèmes de transports sur la métropole (tronçons de rocade fermés, absence d’anglais dans la signalétique des transports en commun), la difficulté pour les participants de se loger en raison de la flambée des prix de l’immobilier mais aussi la visibilité de Vinexpo à Bordeaux. « Nos acheteurs ont été étonnés que la ville ne soit pas aux couleurs de Vinexpo alors que nous acceuillons 150 nationalités », précise Guillaume Déglise. « Mon rêve, ce serait que toute la ville soit pavoisée aux couleurs de Vinexpo et pas juste quatre drapeaux place Ravezie, qu’il y ait des hôtesses pour accueillir les participants à la gare et à l’aéroport, qu’il y ait des correspondants chinois sur site et des avions dédiés. Les grands acheteurs, c’est un autre monde, il faut leur offrir le top du top pour qu’ils se sentent dans leur élément naturel », renchérit Patrick Seguin.

Enfin, les tarifs de Vinexpo, jugés chers par les professionnels exposants, a également été l’objet de débats lors d’un dîner où CCI, Vinexpo, CIVB, Union des Grands crus, CEB, Métropole et Région se sont retrouvées autour de la table. « L’étude nous a permis de rencontrer des acteurs qui ne se parlaient pas. Or, si on s’ignore, on ne peut pas travailler ensemble », note le Président de la CCI de Bordeaux. « Aujourd’hui, on est sur une offre qui correspond à environ 3000 euros pour un stand de six mètres carrés, c’est donc une offre largement concurrentielle. Nous voyons bien que ce n’est plus si cher notamment en regardant les salons organisés à Tokyo ou New York, qui sont des villes bien plus chères, où nous sommes obligés de diversifier nos offres commerciales ». La comparaison, évidente, avec ProWein, qui se définit comme le « premier salon mondial des vins et spiritueux », l’est un peu moins quand on sait que le site sur lequel se déroule la manifestation est mis à disposition gratuitement par le land Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et que Vinexpo ne reçoit aucune subvention publique dans son organisation. Reste que l’urgence commençait à se faire sérieusement sentir, et ce depuis longtemps, l’édition 2015 ayant elle aussi constatée une baisse du nombre de visiteurs, bien que moins importante. 

Destination Paris

Dans la bouche de ses dirigeants, Vinexpo Bordeaux « reste le vaisseau amiral. Nous continuons à Bordeaux, et nous allons renforcer l’offre vers un Vinexpo Premium ». Dans un projet de « conquête mondiale », le salon à l’origine bordelais va donc changer ses plans. D’abord, il se déclinera pour la première fois sur Paris, où il investira le nouveau Hall 7 (inauguré fin novembre) de la Porte de Versailles du 13 au 15 janvier 2020. Trois jours « d’avantage marqués sur le business, situés juste avant le nouvel an chinois », déclare le directeur de Vinexpo. « Paris nous offre une opportunité de par sa neutralité », avoue-t-il. Évidemment, dit comme ça, amener des vendeurs de vins internationaux dans l’une des régions les plus reconnues au monde peut rendre l’envie du séjour un poil inconfortable…. « Il nous manquait une date dans une capitale et nous avions aussi besoin que la marque Vinexpo soit présente chaque année en France ». On en vient donc logiquement à la nouvelle stratégie bordelaise, qui ne compte visiblement pas se faire damer le pion par ce nouvel élan parisien. La prochaine édition de Vinexpo Bordeaux n’aura pas lieu en juin comme les précédentes, mais du 13 au 16 mai 2019, soit avec un peu plus d’un mois d’avance. 

« Ça permettra de faire du business plus en amont dans le calendrier sans être en conflit avec la date des primeurs et sans être trop proche des vacances d’été ». Pour le reste, Vinexpo et ses organisateurs ne veulent plus rester dans leur coin comme c’était auparavant d’usage, mais la jouer collectif. Selon Patrick Seguin, les premiers signes sont encourageants. « Nous avons fait le tour des partenaires pour demander une amélioration des conditions. L’engagement oral de Kéolis de remettre le métier sur la table et la prise de conscience qu’on a senti chez Bordeayx Métropole et les collectivités nous paraissent encourageants ». On a également appris que des offres promotionnelles pourraient voir le jour pour les exposants qui souhaiteraient être présents aux deux salons. Reste à mettre ce nouvel élan en forme. Les élus de la CCI devraient rédiger sous peu un cahier des charges pour définir les grands axes de l’édition 2019 de Vinexpo Bordeaux et continuer les rencontres de forme dans les mois qui viennent. « Nous allons demander à chaque partenaire de signer en bas de la page. Et si jamais ce n’est pas une réussite et que Paris devient plus important (même si ce n’est pas l’objet), au moins nous aurons pris les devants », termine Patrick Seguin. Le message aurait difficilement pu être plus clair. 

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