Une giga-factory pour décarboner l’aviation près de Limoges


La société Verso Energy lance une étude de faisabilité pour construire une usine qui produirait des carburants de synthèse pour l’aviation. Le projet estimé à un milliard d’euros pourrait se concrétiser à Saillat-sur-Vienne.

usine SylvamoSylvamo

La société verso Energy a lancé une étude de faisabilité dans l'optique de construire une usine qui produirait des carburants de synthèse pour l’aviation à partir du dioxyde de carbone rejeté dans l'atmosphère par l'usine de pâte à papier Sylvamo située à Saillat-sur-Vienne.

Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Temps de lecture 3 min

Publication PUBLIÉ LE 26/06/2024 PAR Corinne Merigaud

Le choix de la société française Verso Energy s’est porté sur l’usine de pâte à papier du groupe américain Sylvamo, située à Saillat-sur-Vienne, car elle rejette dans l’atmosphère des tonnes de dioxyde de carbone. Ce CO2 intéresse le porteur de projet qui envisage de le capter, de le transformer et de le valoriser en carburants d’origine non fossiles. Un projet à la fois innovant car inédit en France et impactant pour répondre aux besoins futurs des secteurs de l’aéronautique et du maritime.

Un accord a été signé, le 7 juin, entre l’énergéticien Verso Energy, créé en 2021, et le papetier Sylvamo pour réaliser une étude de faisabilité en vue de construire une giga-factory. Si le projet aboutit, celle-ci produira des carburants décarbonés pour les avions appelés SAF. L’investissement est chiffré autour d’un milliard d’euros, l’un des plus importants jamais réalisés sur ce territoire.

Verso Energy, Cabinet Espace Architecture

Cette esquisse représente le projet d’usine à hydrogène CarlHyng, développée en Moselle par Verso Energy. Elle ressemble au projet de Saillat-sur-Vienne près de l’unité papetière Sylvamo.

Pour produire ces carburants de synthèse, il va falloir capter les émissions de CO2 rejetées par l’usine papetière, associer le CO2 à de l’hydrogène produit à partir d’électricité décarbonée. Après réaction chimique, les deux molécules formeront du méthanol utilisable comme carburant.

« Il n’y aura pas besoin d’attendre un hypothétique avion à hydrogène précise Antoine Huard, cofondateur et directeur général de Verso Energy, on pourra le mettre dans les avions actuels. L’avion va bien sûr réémettre du CO2 mais le CO2 émis par la papeterie est issu des arbres et a déjà été capté dans l’atmosphère, c’est du CO2 biogénique.»

« 150 000 tonnes d’eSAF par an »

La ressource en CO2 étant renouvelable, le potentiel s’annonce très important. « On captera ce qu’émet Sylvamo c’est-à-dire 630 000 tonnes de CO2 par an poursuit-il, il faudra le combiner à 95 000 tonnes d’hydrogène pour une production évaluée à 150 000 tonnes d’eSAF par an. C’est déjà beaucoup mais il faudra d’autres projets comme celui-ci pour répondre aux besoins des compagnies aériennes. » Verso Energy développe deux projets de ce type en Moselle et à Rouen.

A compter de 2030, les compagnies aériennes qui voleront en Europe devront utiliser 1,2 % de carburants de synthèse pour être en conformité avec la réglementation appelée ReFuelEU Aviation. « Cette obligation fait que nous avons un marché même si ce carburant sera plus cher annonce-il, ce pourcentage augmentera progressivement pour atteindre dans les 30% en 2050.»

« Un millier de personnes mobilisées durant la construction »

L’étude de faisabilité durerait entre 12 et 18 mois et, si elle était concluante, Verso Energy déposerait une demande d’autorisation d’ici fin 2025 pour la construction de cette unité. La mise en service de l’usine est programmée pour 2029. La future usine serait construite dans le prolongement de l’usine Sylvamo pour faciliter le processus industriel. « Nous avons déjà signé des accords fonciers sur des parcelles mais d’autres parcelles seraient à avoir, signale-t-il, cependant, le projet est réalisable en l’état. Il faudra prendre en compte les contraintes en matière d’urbanisme et d’environnement.»

Le projet implique la construction d’un électrolyseur et d’une unité de production de carburants, un chantier de trois ans qui mobiliserait mille personnes. Cent-vingt emplois directs seraient ensuite créés, plus 180 induits. « La valorisation de cet important gisement de CO2 biogénique permettra de concourir au déploiement d’une filière française de production de carburants durables pour réduire l’empreinte carbone d’activités difficiles à décarboner, dans l’industrie ou le transport aérien indique-t-il. C’est un levier incontournable à la fois pour le respect des engagements climatiques de ces secteurs, pour le maintien d’une activité industrielle dynamique et innovante sur nos territoires. »

Dans l’hypothèse où le projet aboutirait, Sylvamo deviendrait un fournisseur de Verso Energy sans incidence sur sa production de pâte à papier et de papier pour son usine de Saillat-sur-Vienne. « Nous sommes intéressés par le concept proposé par Verso Energy de transformer le dioxyde de carbone biogénique en carburant d’aviation durable » déclare Oliver Taudien, vice-président et directeur général de Sylvamo Europe. Un projet ambitieux très attendu sur ce territoire.

Ça vous intéresse ?
Partagez l'article !
Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Laissez vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

On en parle ! Haute-Vienne
À lire ! ÉNERGIES > Nos derniers articles