Une expérience singulièrement réussie: Amir Reza Koohestani


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Une expérience singulièrement réussie: Amir Reza Koohestani

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Temps de lecture 2 min

Publication PUBLIÉ LE 23/11/2007 PAR Joël AUBERT

Voici une nouvelle vision du monde du Proche et Moyen Orient, après celle du metteur en scène libanais Rabih Mroué, où la violence prend la forme pernicieuse de la désillusion.

Des êtres et des vies

Pour évoquer ces vies abimées, Amir Reza Koohestani préfère se passer d’artifices. Une table en bois rectangulaire et des personnages assis autour ou dans le public, qui racontent, avec leur seule expression du visage ou par un geste de la main, toute la tension accumulée au cours de leurs existences. Des histoires qui commencent pourtant bien mais qui finissent inexorablement frappées par les mêmes coups du sort, laissant ces femmes et ces hommes se débattre avec ce qu’ils appellent l’énergie du désespoir. C’est un cycle qui se joue devant nous, un éternel renoncement de ces habitants de Téhéran. Sur scène rien ne bouge. Pas d’éclats de voix, pas de gestes brusques, juste des êtres qui constatent et attendent. Certains la fin de leur vie, d’autres l’amour, l’argent ou l’arrêt du temps. 107 années de résignations et des images qui défilent à mesure que le temps passe, de la très belle déclaration d’amour datant de 1900 à la dernière réunion de famille en 2007, où fantômes et êtres de chairs se retrouvent pour une dernière prière.

Une langue envoûtante


Une expérience singulièrement réussie: Amir Reza KoohestaniDe cette pièce on conservera avant tout le souvenir de la langue, musicale, envoûtante. En perse, surtitré en français, le spectacle renoue avec une tradition littéraire du théâtre et offre un espace de rencontre inattendu entre la sobriété d’une mise en scène reposant sur le travail des comédiens et de la langue et la modernité d’un discours inscrit dans une réalité contemporaine. Le noir que portent ces femmes, c’est la noirceur de toute une génération d’iraniens enfermés par l’Histoire et un certain désespoir. Mais c’est également une empreinte génétique, marque indélébile du destin, laissée par la première femme narratrice en guise de testament aux générations qui suivront: « Ma bouche est noire à l’intérieur. Noire comme une éclipse solaire. Noire comme le trou d’où nous venons tous. » Si la mélancolie est ici prééminente, ce qui fait la force de cette pièce tient au fait qu’à aucun moment elle ne franchit la limite du mélodramatique. Plongé dans cet univers aux contours noirs et or, on se laisse happer par ces visages à la beauté sereine et l’on se réjouit. D’être là, de profiter de cet instant hors du temps alors que tout nous y accroche. D’admirer des comédiens d’exception, à la maitrise du corps parfaite. D’écouter ces silences et cette langue étrangère alors si expressive. Et l’on s’interroge. Sur la situation actuelle en Iran, sur ce qui a motivé l’auteur dans l’adaptation de ce texte canadien de Nadia Ross et Jacob Wren à sa propre culture. Nous parle t-il d’universalité derrière le voile de ces femmes? Si l’ampleur du malaise ne peut être comparé sur le plan politique, peut-être pouvons nous trouver dans cette humanité chamboulée, certaines souffrances communes, certains doutes fondamentaux et existentiels que nous connaissons tous. Et alors, assis autour de cette table, l’épopée de ces gens ordinaires prend soudain tout son sens ; elle nous rappelle qu’au bout du compte nous appartenons tous à une seule et même communauté, marquée par le sceau du hasard et à l’issue plus que certaine.

Hélène Fiszpan

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