Une brique en plastique primée 1er Prix de l’innovation


L’association L’Apporte Bonheur a reçu le premier prix régional de l’innovation 2021 en économie sociale et solidaire pour sa brique en plastique recyclé

Tristan de Pelseneer (au centre) lors de la remise du prix par le Crédit coopératif le 10 juin 2021DR

Tristan de Pelseneer (au centre) lors de la remise du prix par le Crédit coopératif le 10 juin 2021

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Publication PUBLIÉ LE 18/06/2021 PAR Anne-Lise Durif

Elle s’est distinguée parmi les 44 candidatures reçues par la Fondation du Crédit coopératif. L’association L’Apporte Bonheur s’est vue récompensée par le mécène pour ses quatre ans de recherche à développer une nouvelle brique de construction en plastique recyclé. Ce premier prix régional de l’innovation en économie sociale et solidaire leur permettra de concourir au prix national en début d’été.

Basée à Saint-Clément des Baleines sur l’île de Ré, l’association se consacre depuis dix ans au réemploi des déchets plastiques, à travers des campagnes de ramassage sur les plages et des animations pédagogiques menées auprès du grand public, en particulier des scolaires. La première solution de réemploi est venue de Manuela Hirt, l’artiste de ce collectif qu’elle a fondé avec Tristan de Pelseneer. Depuis les débuts de l’association, la jeune femme propose des ateliers créatifs pour réutiliser les déchets plastiques : objets de décoration ou du quotidien, tout est possible. « En la matière, les enfants et les ados sont très créatifs », se réjouit Tristan, qui se souvient de confection de boîtes aux lettres à base de déchets plastiques. Mais le plastique est partout, « et on sait que l’homme va continuer d’en produire », constate le président de l’association. Il y a quatre ans, le duo a envie d’aller plus loin dans sa démarche : passer du réemploi au recyclage de ce matériau réputé difficilement recyclable.

Les atouts méconnus du plastique

« J’ai alors réfléchi aux propriétés du matériau : imperméable, résistant, il est aussi un excellent isolant thermique et phonique », raconte Tristan. Avec Manuela, ils se souviennent également de leurs voyages à travers le monde en tant que saisonniers et d’un détail qui les avaient frappés : au Brésil comme en Inde ou même sur l’île de Ré, la pression foncière et l’inégale répartition des richesses empêchent les moins argentés d’accéder à la propriété, voire au logement. Ils pensent également à l’extraction massive de sable qu’il faut pour construire maisons et immeubles. Tristan a alors l’idée de répondre à ces trois problématiques en créant une brique de construction en plastique.

Trouver une solution pérenne au recyclage

Trouver la bonne méthode leur a pris quatre ans. « On a broyé différents plastiques en paillettes, en essayant différentes tailles et grammage, on les a fait fondre en utilisant toutes les techniques imaginables, jusqu’à obtenir le bon processus », se souvient cet ancien cuisinier. Une présentation au salon international du plastique à Düsseldorf avec leurs premiers spécimens les conforte dans leur idée. Le duo y rencontre surtout l’équipe de Precious Plastic, un réseau fondé par l’inventeur Dave Hakkens qui rassemble les porteurs de projet de recyclage de plastique à travers le monde. « On s’est rendu compte qu’il y avait plein d’idées de solutions partout sur la planète. Mais beaucoup sont des objets de création artistique, comme des bijoux, avec une fin de vie programmée. Nous, on voulait quelque chose de vraiment pérenne, et de nouveau recyclable si besoin », explique Tristan.
Grâce au matériel de ce collectif néerlandais, Tristan et Manuela perfectionnent leur modèle. Comme la célèbre brique de construction pour enfants, celle de L’Apporte Bonheur se pare de six crans qui permettent de les emboiter les unes aux autres, dessus, dessous et sur les angles. Tristan développe deux types de granulés obtenus à partir de trois catégories de plastiques différents, et deux formats de parpaings, un carré et un rectangulaire, adaptés aux besoins de la construction.

Le modèle de brique recycléDR

Le modèle de brique recyclé

Du mobilier et des logements

Las ! La belle idée se retrouve confrontée aux réalités administratives. La brique recyclée ne peut pas être utilisée dans le BTP de l’Hexagone, car elle ne rentre pas dans le cahier des charges des normes françaises. « Une brique résiste pourtant à 4,5 kg de pression et à de hautes températures, absorbe les chocs et se déforme sans se caser en cas de secousses, ce qui serait une solution idéale en zone sismique », assure Tristan, qui espère voir les textes changer. En attendant, il compte dédier la production de brique à la confection de mobilier urbain, en particulier pour les collectivités locales. Il ne perd pas non plus de vue l’idée de contribuer à la construction de logements dans les pays défavorisés. Il a déposé son procédé en brevet Open Source (logiciel libre, NDLR) « pour que tous les citoyens du globe puissent s’en emparer pour recycler le plastique de chez eux en se faisant leur propre habitat. L’idée n’est pas d’en faire un business mais d’apporter des solutions pour vivre mieux ensemble sur la terre », insiste Tristan, en écologiste convaincu.

Il reste cependant un obstacle. Le matériel de fabrication – broyeuse, extrudeuse, moules – coute cher. L’association espère donc que ce 1er prix lui apportera un mécénat supplémentaire au 4500 € du Crédit coopératif, en outils et matériaux, voire en locaux. L’association a besoin d’un nouveau lieu, de préférence sur l’île de Ré ou en Charente-Maritime, pour pouvoir développer sa production de briques.

Pour en savoir plus sur l’association et ses actions (ici)

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