Un label « Origine France » pour Bordeaux


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Un label "Origine France" pour Bordeaux

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Temps de lecture 6 min

Publication PUBLIÉ LE 26/04/2017 PAR Romain Béteille

Aaaah, le Made In France… tout un monde ! Un monde joyeux, intègre et aussi respectueux de l’environnement que l’est l’aspect géographique de certains plats de nos terroirs comme la truffe du Périgord chinoise. Avec tous ces labels (NF, Made in France, fabriqué en France), c’est à se demander si la guerre de clochers prendra un jour fin. Cependant, il existe un de ces labels qui se prétend plus vertueux, indépendant et contrôlé que les autres : il s’agit du label Origine France Garantie, mis en place par l’association Pro France en mai 2011 à la suite d’un rapport rédigé par le député UDI de Seine-et-Marne, Yves Jégo. Ce dernier l’a d’ailleurs aujourd’hui remis en main propre à Emmanuel De Laforcade, patron de l’entreprise CIMM, grande spécialiste et fabricante française de vestiaires, casiers et consignes métalliques à serrures numériques brevetées, installée à Bordeaux Nord depuis 2015. Vous ne les voyez peut-être pas, mais leurs casiers ont déjà investi des secteurs comme l’agro-alimentaire, l’enseignement (ils ont équipé les collèges des Landes entre 2014 et 2017) où le milieu hospitalier (comme à Libourne) et essayent, après une histoire en grande partie parisienne (la société existe depuis 1949, date à laquelle elle a été fondée à Romainville), de s’installer sur la métropole bordelaise et de se faire reconnaître plus localement.  

Une prise de conscience (?)

S’il a bien été remis en main propre, la société possède en réalité ce label depuis… 2012. Pour l’avoir, cela dit, elle a répondu à un cahier des charges précis, qui n’a pas changé depuis. « On a voulu créer un label qui soit universel, qui s’adresse à tous types de produits », précise Yves Jégo. Aujourd’hui, le label est possédé par 600 entreprises partout en France (et dernièrement le « Géant Vert » des Landes) pour une gamme de 1800 produits, du sac poubelle à l’automobile. « Nous sommes différenciants du « made in France » ou du « fabriqué en france » par deux aspects. D’abord, nous ne sommes pas auto-attribués. Avant d’obtenir le label, un organisme certifié indépendant est choisi par l’entreprise, l’organisme vient faire l’audit pour vérifier si les critères sont remplis par l’entreprise. Au bout de trois ans, cette dernière est obligée de le renouveler. Le deuxième critère, c’est que nous imposons que toute l’ouvraison doit être faite en France et doit avoir au moins 50% de son prix de revient unitaire acquis en France. En agroalimentaire, on peut ajouter le critère de la matière première principale, qui doit là aussi être française », continue le député. Reste que s’il certifie l’origine des produits que l’on consomme, il n’est en aucun cas un levier de certification de leur qualité, ceci étant le rôle d’autres labels.  

Pour le patron de CIMM, ces restrictions peuvent compter sur un appel d’offre, même si le label, un peu perdu dans un océan de certifications, manque encore clairement de reconnaissance. « Ça permet de faire reconnaître notre fabrication française auprès des industries, des collectivités et de nos prospects. On l’a depuis 2012 mais pour l’instant, on n’a pas vu une grande reconnaissance de ce label. Il n’est pas assez reconnu après des décisionnaires et des acheteurs, ils y sont très sensibles jusqu’à ce qu’on parle de prix. Ce critère là rentre encore trop en jeu par rapport à la durabilité du produit et au fait que ce soit une entreprise française qui les livre », précise-t-il ainsi. D’autant qu’il ne prend pas en compte le respect des normes environnementales, beaucoup plus contraignant en France que dans le reste de l’Union Européenne, par exemple. « En termes de normes environnementales, les autres pays n’ont pas non plus la même réglementation que nous. On a une installation de pointe soumise à déclaration qui vérifie qu’on ne rejette rien dans l’atmosphère ni d’eaux usées dans le circuit normal. Tout ça participe aussi au fait que notre produit est écologiquement durable. Quand on achète un téléphone portable fabriqué en Asie, on connaît tous la catastrophe écologique que c’est », n’hésite pas à ajouter Emmanuel De Laforcade. 

Des leviers d’amélioration

Pour Yves Jégo, c’est bien l’exigence et l’indépendance qui semblent être le principal atout d' »Origine France Garantie », à la différence qu’il n’affirme en rien qu’il s’agit d’un organisme de contrôle (on l’a dit, Pro France est une association qui fonctionne essentiellement grâce aux cotisations des entreprises affiliées au label, qui doit par ailleurs être renouvelé tous les trois ans) : « on ne vérifie pas le respect des normes, on n’est pas inspecteurs pour savoir si l’entreprise rejette son eau propre ou sale ni sur le droit du travail, mais on présuppose qu’elle respecte tout ça ». Ne lui parlez pas des autres, et surtout pas du fameux « CE », appartenant à la législation européenne. « C’est la plus grande escroquerie de la Terre. L’entreprise va sur un site internet et répond juste à un questionnaire sans qu’il y ait jamais aucun processus de contrôle ». Cela dit, il reste encore une sacrée marge de manoeuvre pour l’association, notamment quand on découvre, au détour d’un article de la revue 60 millions de consommateurs sur le sujet, « les fraudes à la francisation connaissent une augmentation proportionnelle à l’engouement suscité par les produits « made in France ». Et ce particulièrement dans la filière agro-alimentaire, où un point de vente de fruits et légumes sur cinq parmi les 8600 que comptent l’hexagone étaient en infraction sur l’origine et la provenance de leurs produits. Le patriotisme économique a donc aussi ses dérives.

Pour ce qui est de CIMM, son directeur affirme qu’entre 70 et 80% de ses produits sont fabriqués intégralement en France. Mais ce dernier précise que, plus qu’un simple label, ce qui est recherché par les industriels français, c’est une évolution des mentalités. « Plus que des aides, des réductions ou des subventions par-ci par-là, je pense que la plupart des industriels veulent avoir de la visibilité pour l’avenir et s’assurer que les collectivités veuillent acheter français parce que ce sont nos impôts et qu’il n’y a aucune raison qu’ils profitent aux pays limitrophes. L’Europe a des règles qui sont parfois incompréhensibles, on ne compare pas des produits à prix équivalents, le seul critère principal reste le prix. C’est ce critère qu’il faut transformer », affirme Emmanuel De Laforcade. Yves Jégo, lui, entre deux remises de label, prend régulièrement le temps d’esquisser quelques pistes pour y parvenir : imposer la justification de l’origine sur les produits vendus avec un drapeau tricolore, créer un crédit d’impôt production sur le modèle du crédit d’impôt recherce ou encore, plus drastique, renforcer les moyens de contrôle de la DGCCRF.

« Les gouvernements doivent faire plus de contrôles pour distinguer les vrais produits français des faux. Il existe dans le code du commerce une fraude à l’information du consommateur qui est manifeste et n’est jamais utilisée parce qu’il n’y a pas suffisamment de travail de contrôle ». D’autant que si une grande partie des entreprises concernées par le label sont des PME, elle profite aussi aux géants vertueux comme Peugeot ou (quoi qu’on en dise) L’Oréal. L’objectif est donc clair : toucher le plus de sociétés possibles pour avoir un poids public accru. « La répartition du label dépend aussi de la volonté des Chambres de commerces. Il y a des endroits où ces dernières donnent un coup de main aux entreprises pour financer l’audit. Dans la Vienne, elle prend en charge la moitié de son coût, ce qui peut être une politique intéressante pour les plus petites entreprises puisque l’audit est payé au certificateur », conclut Yves Jégo. Voilà qui devrait constituer un des sujets de discussions des futures « assises du Made in France » qui se tiendront les 14 et 15 septembre prochain à Reims. Gageons en tout cas que l’entreprise bordelaise fait partie des quelques 61% à penser que le label OGF « est le seul label qui certifie l’origine française d’un produit » et des 79% à qui il « inspire confiance ». En attendant d’être reconnu comme un indicateur sérieux dans le monde, encore faut-il donc qu’il le soit chez nous. 

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