Trois associations pour un toit


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Trois associations pour un toit

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Temps de lecture 5 min

Publication PUBLIÉ LE 11/11/2017 PAR Romain Béteille

Le projet est très clair : regrouper en un seul et même endroit un service de restauration et de l’hébergement d’urgence pour les personnes les plus démunies. Inauguré mercredi 8 novembre, le nouveau Pôle social Ravezies, situé boulevard Alfred Daney, fait 2000 mètres carrés et est un projet inscrit dans le cadre du Pacte Social et Territorial de la ville de Bordeaux. Son inauguration officielle nous a permis d’en savoir plus sur les services qu’il propose et de rencontrer des locataires bénéficiant de ce nouveau dispositif d’aide sociale. À l’approche de l’hiver, les places en hébergement d’urgence sont plus demandées et plus chères que jamais, même si la Préfecture de la Gironde a récemment annoncé la création de 185 places supplémentaires. Le Pôle ravezies a cela de particulier qu’il regroupe et mutualise trois associations, qui oeuvraient auparavant chacune de leur côté. La Halte de Nuit (anciennement Cours Balguerie-Stuttenberg), les Restos du Coeur (installés rue Lucien Faure) et un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale géré par le Diaconat de Bordeaux, situé dans le quartier Saint-Michel. Coût total du projet : trois millions d’euros, en sachant que le foncier a été mis à disposition du bailleur (DomoFrance) gratuitement par la Métropole. Le projet, dont on a entendu parler pour la première fois en 2015, a été repoussé jusqu’à aujourd’hui.

Déjà plein 

« En vérité, ces trois associations avaient besoin d’être relogées », précise Caroline Ackeret, présidente départementale des Restos du Coeur.  « On était dans des anciens locaux délabrés rue Lucien Faure. Avec le réaménagement du quartier, tout a été démoli. On a été relogé par Bordeaux Métropole provisoirement dans des préfabriqués et on a travaillé pendant deux ans avec un accompagnateur de projets pour arriver à monter ça ». Ça, c’est donc trois associations en un seul lieu, dont le Diaconat est le principal locataire pour un bail de vingt-cinq ans. Du côté de l’hébergement, on compte 17 chambres, sommairement séparées en « boxs » et douze appartements du T2 au T3. Les personnes hébergées, orientées par le SIAO (Service Intégré d’Accueil et d’Orientation) doivent avoir un projet de réinsertion sociale et ont une durée d’hébergement définie. « Une personne isolée reste entre neuf et douze mois, le temps que son projet aboutisse. Pour une famille, c’est toujours un peu plus compliqué, les durées s’étalent donc entre 18 et 24 mois », précise le président du Diaconat de Bordeaux, Denis Vaultier, ajoutant être en « cours de création d’un groupement de coopération sociale et médico-sociale pour une gestion commune du bâtiment ».  Pour les Restos du Coeur, c’est encore une autre affaire, matérialisée par une entrée différente, de l’autre côté du bâtiment. L’association ouvre ses portes le matin (entre 7h30 et 8h, tous les jours sauf le samedi) et remet une centaine de tickets qui permet un accès à différents services : petit-déjeuner, douches, buanderie, atelier d’informatique, d’illetrisme, salle de repos et même un coiffeur qui, d’après les responsables sur place, ne désemplit pas. Enfin, un service de restauration est en place jusqu’à 13 heures et les personnes aidées (qui ne sont pas forcément celles logées dans le centre d’hébergement, l’ouverture des Restos étant inconditionnelle) peuvent aussi bénéficier d’une consultation médicale, grâce à un partenariat noué avec Médecins du Monde. Ce nouveau bâtiment est déjà plein, nous confirme le représentant du Diaconat : 45 personnes pour le centre d’hébergement, même chose pour la halte de nuit et entre 100 et 150 personnes pour les Restos du Coeur.

Derrière les portes closes 

Comme dans toute inauguration officielle, la petite visite chez un locataire était de rigueur. On est resté un peu plus longtemps que les élus et leur aéropage, ce qui nous a permis de parler plus librement avec Vianney et Victoire, sa compagne. Ils ont été prévenus il y a plusieurs semaines, leur porte est donc ouverte. Le premier est téléconseiller, la seconde en formation d’auxiliaire de vie dans une boîte privée. Depuis un mois, ils occupent ce T2 aux murs blancs, avec un mobilier sommaire mais qui ressemble évidemment d’avantage à un appartement que les « chambres » individuelles de l’étage en dessous. Ces deux là reviennent de loin, et ont un petit garçon de deux ans à charge. « J’ai été au diaconat, un peu isolé à Lormont, pour qu’elle reste ici avec le petit. C’était plus une séparation sur le coup, on n’a pas réussi à faire la part des choses, on s’est un peu pris la tête », confie ce bordelais d’origine, arrivant de Paris où il occupait un logement social proche d’Orly. Dirigé vers un foyer à la situation « invivable » et dans lequel « il y avait des cris, des bagarres tout le temps », il a trouvé voilà un mois environ cette solution. « On a voulu avoir un nouveau départ, on en avait marre de la vie parisienne. On est passé par les organismes sociaux. Après de nombreux rendez-vous avec l’assistance sociale, on a été pris ici. Mais on a été chanceux de l’être, parce qu’il faut plusieurs mois pour avoir des places dans ce genre d’endroit. C’était une façon de trouver quelque chose de plus stable, de recoller les morceaux ». Conscients que les places sont chères, Vianney et Victoire attendent surtout la suite. « On ne peut pas avoir de cautionnaires mais une fois qu’on est dans le dispositif, on peut nous proposer des logements, nous aider dans les démarches au quotidien. Tous les projets professionnels, les demandes ponctuelles, c’est surtout pour aider à la réinsertion. En 35 ans, je n’ai jamais pu avoir un logement comme celui-là. Même si c’est provisoire, ce qui est normal, on sait qu’on ne peut pas s’en aller d’ici sans trouver un logement. C’est ce qui rassure, c’est ce qu’on attend ». Une attente nuancée quand on apprend, sur le pas de la porte, que la formation de Victoire dans cette entreprise privée, aux horaires pas vraiment adaptés à une vie de famille, pose quelques problèmes. Elle envisage d’arrêter et de chercher ailleurs. Car ce bâtiment, même s’il est en dur, n’est qu’une situation temporaire pour des appartements qui voient passer entre leurs murs des « cas particuliers », autrement dit des personnes en grande précarité, qu’elle soit financière ou sociale (même si très souvent les deux sont liés). Le problème, c’est que cette poignée là est loin d’endiguer le nombre de demandes : au 31 août dernier, 264 personnes n’avaient pas pu bénéficier d’un hébergement d’urgence, faute de place (contre 161 en 2016). Les services d’aides, dont le SIAO, ne font visiblement que ce qu’il peuvent : 587 personnes sans domicile fixe ont été prises en charges en 2017 (chiffres d’août), contre 475 l’an dernier, soit une augmentation de 24%. À défaut d’avoir plus de places, ils auront désormais une nouvelle adresse où sonner.

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