Théoline Mathez, bergère en Creuse


Théoline Mathez s’est installée en bio en GAEC avec ses parents pour élever des brebis laitières.

Théoline Mathez s’est installée en bio en GAEC avec ses parents pour élever des brebis laitières.Corinne Merigaud

Théoline Mathez s’est installée en bio en GAEC avec ses parents pour élever des brebis laitières.

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Publication PUBLIÉ LE 12/05/2022 PAR Corinne Merigaud

C’était une évidence pour Théoline Mathez, devenir agricultrice comme ses parents mais au lieu des limousines, elle a préféré les brebis laitières. Depuis le 1er janvier 2021 Théoline, qui vient d’avoir 20 ans, a rejoint ses parents au GAEC de la Brande situé à Maison-Feyne (Creuse). Un choix assumé pour sauvegarder la biodiversité et promouvoir le bien manger.

La vocation de la jeune bergère s’est dessinée très tôt. Théoline a grandi dans la ferme familiale entourée des belles limousines. « J’ai toujours su que je serai agricultrice », glisse-t-elle, « j’ai toujours vécu dehors, je ne me voyais pas enfermée dans un bureau. C’est lors du stage d’observation de 3ème que j’ai choisi les brebis laitières. Cela m’a énormément plu mais impossible d’expliquer pourquoi. Pour les autres stages, je suis restée avec les brebis. »

Elle s’inscrit au lycée agricole des Vaseix pour préparer un Bac STAV. Elle poursuit sa formation au lycée agricole de La Cazotte à Saint-Afrique (Aveyron) pour sa certification brebis laitières. « J’ai choisi de faire mon apprentissage chez « Envies de brebis », une ferme à taille humaine dans le Tarn-et-Garonne.» Un an après, elle s’installe en achetant un tiers des parts du GAEC parental, une propriété de 190 ha qui compte 75 mères limousines. « On engraisse tout sur place, on produit des génisses lourdes et des taurillons en bio, la conversion date de 2015. Pour préparer mon installation, mes parents ont acheté 35 ha en 2018, des terres qui étaient dans la famille et qu’ils louaient », explique Théoline.

Fin 2020, elle achète son premier lot de trente brebis mais, lorsqu’elles arrivent, c’est une mauvaise surprise. « On avait commandé des Lacaunes vides et on a reçu des Tarasconaises croisées pleines raconte-t-elle, j’ai racheté des agnelles en avril 2021 et en janvier. Les Tarasconaises seront pour la viande. » Les premières mises bas remontent à février. Le cheptel compte à présent 240 têtes dont 120 brebis, sa bergerie étant dimensionnée pour 200 brebis. 

Theoline transforme 50 litres de lait bio tous les trois jours Théoline Mathez

Theoline transforme 50 litres de lait bio tous les trois jours

“Mes brebis ont toutes un prénom”

Théoline a transformé la stabulation familiale (qui n’a jamais été utilisée) en bergerie, fromagerie et salle de traite. Pour ces investissements, elle a bénéficié de deux PCAE, d’abord 56 000 € pour sa bergerie sur un coût d’environ 200 000 € puis de 24 000 € pour sa fromagerie, le montant de l’aide étant plafonnée à 60 000 euros. complétés par la DJA (32.000 €). Son installation est chiffrée autour de 400 000 euros. La jeune femme avoue qu’elle est plus à l’aise avec ses brebis qu’avec les chiffres. « C’est mon père qui s’occupe de ça, il est très bon gestionnaire et ma sœur comptable nous aide aussi. Je touche les aides à la brebis, à partir de 50 brebis, il faut avoir une productivité de 0,5 agneau par brebis et par an. Je les ai eues l’an dernier.»

Théoline est plus bavarde lorsqu’elle parle de ses bêtes auxquelles elle est très attachée. Au point qu’elle a donné un petit nom à chacune. « Difficile de se rappeler de tous mais je connais tous les béliers et j’ai mes chouchoutes, celles qui viennent me faire des câlins et celles qui ont eu des soucis”, confie-t-elle. « Il y a Réglisse, mon bélier que j’ai élevé au biberon quand j’étais chez mon maître d’apprentissage. C’était mon cadeau de Noël en 2019. Et ma Doudou, ma préférée, vient aussi de chez lui. Elle a fait son dernier agneau. Elle servira de tata aux autres pour les guider quand on changera de pâtures. C’est sûr, je les garderai jusqu’à la fin. » Théoline tient aussi à préciser qu’elle ne coupe pas les queues car « une brebis marchera toute sa vie avec le bassin décalé m’a dit un ostéo. Je l’ai fait une fois sur un agneau qui avait eu la queue écrasée mais c’était pour lui sauver la vie. » 

La jeune femme transforme le lait en yaourts et fromage bio dans sa fromagerie

Vivant en harmonie avec la nature et ses animaux, la bergère leur consacre tout son temps. Ses journées, bien chargées, s’enchaînent au rythme des saisons avec des tâches quotidiennes « trente-six brebis à traire le matin, transformer le lait, sortir les laitières, finir les clôtures l’après-midi, retourner à la fromagerie après si on n’a pas fini ». Théoline pratique le pâturage tournant sur une cinquantaine de paddocks.

« J’encourage les consommateurs à venir dans les fermes bio »

Depuis un mois, elle vend ses premiers yaourts et fromages, des produits déjà appréciés. « Ma mère m’aide pour transformer 50 l de lait tous les trois jours. On fait des fromages type Rocamadour, des yaourts bio en pot de 570 g, environ 250 par semaine, et bientôt en petits pots. Lorsque la cave sera terminée, je ferais des tomes et des fromages plus gros. » Sa mère se charge de la vente dans la boutique sur la ferme deux jours par semaine. « Le bouche à oreille commence à fonctionner, les gens font jusqu’à quinze minutes de route. Ma marraine qui habite dans l’Indre, en ramène pour des amis qui viendront peut-être un jour. »

La jeune femme a été sensibilisée très tôt à la protection de l’environnement avec des valeurs transmises par ses parents. Elle ne pouvait que choisir une production vertueuse sous signe d’identification de la qualité et de l’origine. « Le bio c’est une évidence dans un monde où le réchauffement climatique est de plus en plus présent », assume-t-elle, « je veux aussi prendre soin des abeilles et de tous les petits animaux qui m’entourent. C’est important de protéger la biodiversité. »

La question de la rémunération, supérieure en bio, lui semble totalement incongrue. « Si je faisais mon métier pour avoir un revenu, il faudrait que j’en change! » lance-t-elle. « J’espère qu’un jour les consommateurs seront prêts à mettre le prix sur les produits. Je les encourage à venir dans les fermes bio pour avoir une meilleure santé. S’ils changent leurs habitudes d’achat, tous les industriels changeront. C’est compliqué, les gens surveillent leur pouvoir d’achat en ce moment. » La bergère a peut-être trouvé un début de solution. « En mettant moins d’argent dans les voitures et les téléphones, ils pourraient se nourrir mieux. » Le message est passé !

L’info en plus :
Aqui publie une série de portraits de jeunes installés en agriculture en amont de la Journée Installation Transmission, le 24 mai à 14h Hall 4 du Parc des Expositions de Bordeaux dans le cadre du Salon de l’agriculture Nouvelle-Aquitaine.

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