Sainte-Foy-La-Grande : Paris n’est pas si loin


Joséphine Duteuil

Sainte-Foy-La-Grande : Paris n'est pas si loin

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Publication PUBLIÉ LE 14/11/2015 PAR Joséphine Duteuil

Gueule de bois

« Tu vois » dit François, un foyen attablé au Café des Arcades, en me montrant les chaises vides autour de lui « d’habitude, c’est toujours bondé ici ». Après les premiers flashs infos de la veille, il a passé une bonne partie de la nuit rivé à sa télévision à l’affût de nouvelles plus précises. « J’étais en pleine répétition de théâtre à ce moment-là. Les jeunes d’en bas regardaient le match de foot, c’est eux qui nous ont prévenus. Après ça on a écouté les informations en boucle jusqu’à trois heures du matin ».

 Le réveil est rude. « C’est comme une énorme gueule de bois » résume François. Sidérée, sa compagne l’est tout autant. « J’en suis au point où je demande à Dieu d’intervenir… et je ne crois pas en Dieu » plaisante-t-elle avec tristesse. Ce choc, cette « incompréhension totale », Catherine la partage. Désemparée, elle confie un certain sentiment d’impuissance« J’ai eu ma fille au téléphone cette nuit -elle vit à Paris-, et je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire « Soyez prudents ». Elle m’a répondu « Mais soyez prudents de quoi ? Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? » »

 A quelques tables de là, avec des mots différents, un groupe de jeunes témoignent de la même émotion. « Qu’est-ce que tu veux qu’on te dise ? On pense tous la même chose. C’est horrible ». Prévenus par des amis qui regardaient le match, ils se sont empressés d’appeler tout le monde. Quand on leur demande s’ils se sentent à l’abri, protégés par la distance qui les sépare de la capitale, ils sont catégoriques « On ne se sent ni loin, ni en sécurité. Pas du tout, vraiment pas du tout. Et en même temps, on ne peut pas s’empêcher de vivre. A Paris, c’est sûrement un peu la même chose »

 

14 Novembre à Sainte-Foy-La-Grande

 Continuer à vivre

Comme toujours malheureusement, le drame apporte son lot de frictions et de ressentiment. D’une visite nocturne des gendarmes, à la Halle aux Cochons, en direction de groupes à majorité musulmane, -qui pourrait n’être, il est nécessaire de le rappeler, qu’une coïncidence – naît une déferlante de soupçons de racisme et de commentaires nauséabonds. Une fois de plus, la division menace. François et ses amis le regrettent «Tout de suite, des termes du style « racailles » émergent, et c’est déplorable. On essaie de créer du vivre-ensemble, et maintenant certains veulent casser ce lien. Là-dessus, les extrêmes se rejoignent ».

 L’heure est à la peine, donc. La visite d’Alain Rousset sur le marché, prévue ce matin, a été annulée après que celui-ci ait annoncé la suspension temporaire de sa campagne. Alors que midi arrive et que le glas se met à sonner, les foyens se posent la question de l’après. « Aujourd’hui, on tire sur des gens qui vont écouter de la musique » insiste François « Ce n’est pas un choc des civilisations : de l’autre côté, ces gens-là n’offrent que la mort. Ce n’est pas ce que je veux pour mes enfants et mes petits-enfants. On doit absolument travailler sur l’humain ». « L’humain, le vivre-ensemble » reprend Catherine en quittant la table, « c’est l’essentiel. Je sais que c’est un peu des mots tout faits. Mais c’est tout ce qui nous reste ».

 

14 Novembre à Sainte-Foy-La-Grande

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