Résilience alimentaire : quels voies et moyens à Bordeaux ?


Vincent Tardieu (à gauche), coordinateur des publications et études de Colibris a animé la soirée sur le thème de la résilience alimentaire à Bordeaux.

Vincent Tardieu (à gauche), coordinateur des publications et études de Colibris a animé la soirée sur le thème de la résilience alimentaire à Bordeaux.Emmanuelle Diaz | Aqui

Vincent Tardieu (à gauche), coordinateur des publications et études de Colibris a animé la soirée sur le thème de la résilience alimentaire à Bordeaux.

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Publication PUBLIÉ LE 28/04/2022 PAR Emmanuelle Diaz

Mouvement citoyen engagé pour « l’émergence d’une société écologique et solidaire », Colibris a organisé, à l’Athénée de Bordeaux, une rencontre sur le thème : « Comment peut-on rendre la métropole de Bordeaux plus résiliente pour toutes et tous au niveau alimentaire ? ». Avec en toile de fonds, l’organisation de l’autonomie alimentaire du territoire, citoyens, élus et association ont débattu sur cette question qui, avec les récentes crises et la difficulté croissante, pour une toute une partie de la population, à s’alimenter sainement, prend une importance majeure.

« Œuvrer à l’émergence d’une société écologique et solidaire, radicalement différente, en favorisant le passage à l’action individuelle et collective », tel est le but que s’est fixé le Mouvement Colibris, association fondée en 2007 sous l’impulsion, notamment, de Pierre Rabhi« Structurellement, la métropole n’est pas un espace de production alimentaire. Cependant, les collectivités peuvent appuyer le développement des productions locales de différentes manières, qu’il s’agisse d’installation ou d’autoproduction au travers de jardins partagés, de balcons nourriciers », précise d’emblée Vincent Tardieu, coordinateur des publications et études de Colibris et animateur de la soirée. Autant d’initiatives qui pourraient permettre à toute une partie de la population (dont la situation a été aggravée par la crise Covid), d’accéder, au quotidien, à une alimentation locale et de qualité. Une question intéressante quand seuls 1,8 % des produits alimentaires consommés en région Bordelaise sont produits à l’échelle régionale (Métropole de Bordeaux, 2021).

La résilience alimentaire : une solution qui fait son chemin

Et déjà, des solutions voient progressivement le jour sur le territoire bordelais, avec entre autres, la création d’une délégation de la résilience alimentaire. L’objectif ? Anticiper les changements à venir pour être en capacité de se nourrir dans les prochaines décennies, malgré les perturbations annoncées (tempêtes, sécheresses, pandémies, crises).
« On met en place des productions nourricières sur la ville de Bordeaux avec déjà 61 hectares de surface agricole utile et 28 hectares de jardins partagés », explique Ève Demange, conseillère municipale à Bordeaux, élue départementale et à la Métropole de Bordeaux pour la résilience alimentaire et la sobriété numérique.

« Parallèlement, nous multiplions les points de vente pour les petits producteurs locaux. Ainsi, les marchés de plein vent qui accueillaient 10 % de producteurs, en accueillent aujourd’hui 40 %. On travaille aussi sur la pédagogie alimentaire, les habitudes alimentaires, ainsi que sur le gaspillage alimentaire et la réutilisation des bio-déchets. C’est une économie circulaire qu’on essaie de reconstituer en créant quelque chose où les différents acteurs se connaissent et sont solidaires entre eux », poursuit l’élue qui, au passage, fustige les politiques de diffusion actuelles, à l’opposé des circuits courts : « C’est une aberration de voir que tout est centralisé à Rungis alors qu’on a un super MIN (NDLR : Marché d’Intérêt National) qui est Brienne et qui permet aux producteurs de rencontrer les acheteurs. On souhaite qu’il reste en centre-ville et en faire un outil de relocalisation de l’alimentation ».

« Les flux entre producteurs et consommateurs se sont organisés puisque dans le SIVU de Bordeaux Mérignac, on a réussi à avoir 44 % de produits bios sur les 25 000 repas par jour, et avec un approvisionnement régional », tempère Jérôme Cinel, directeur d’InterBio Nouvelle Aquitaine« Ça demande des groupements de producteurs, ce qui se structure à l’échelle des bassins de production ».

Mais comment construire avec les consommateurs et les acteurs professionnels ?

Une question qui relève des problèmes de gouvernance.

CCGAD et PAT : des organes de gouvernance à l’efficacité contestée

Créé en 2017, le Conseil Consultatif de Gouvernance Alimentaire Durable (CCGAD)est une instance territoriale de gouvernance alimentaire construite selon la méthodologie des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT). Son objectif ? Co-construire des stratégies visant à accompagner la transition de la métropole bordelaise vers l’émergence d’un système alimentaire territorial durable grâce à un plan d’action élaboré collectivement. Problème : « Ces instances de discussion sont très importantes. Mais dans la réalité, un paysan n’a pas le temps d’y aller. Il est forcément sous-représenté », note pertinemment Eric Prédine, cofondateur du réseau SaluTerre/Les Râteleurs (Pays Foyen, Gironde).

« Les PAT sont une concession du Ministère de l’agriculture pour qu’il y ait des espaces de discussion », remarque pour sa part, David Fimat, coordinateur du collectif Acclimat’action et membre de l’association VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun) Bordeaux« Ça nous permet de nous connaître mais derrière le terme de Démocratie Alimentaire, il y a quelque chose de plus fort. On parle de reprendre le pouvoir sur l’alimentation. Il ne faut pas confondre une instance de discussion faite dans le cadre d’un rapport de forces qui n’est pas en notre faveur avec un véritable pouvoir de décision quant à la façon de produire et de s’alimenter ».

La Sécurité Sociale de l’Alimentation : une autre façon de consommer

Très engagé dans le développement de groupements d’achats dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville de la Métropole de Bordeaux, l’association VRAC s’est aussi intéressée à la Sécurité Sociale Alimentaire. L’idée de base ? Se projeter sur une carte vitale de l’alimentation ; carte sur laquelle serait disponible un montant qui ne permettrait pas de faire ses courses en totalité mais d’assurer une certaine sécurité en s’alimentant dans les commerces ou chez les producteurs conventionnés. Carte universelle attribuée sans condition de revenus, elle permettrait à son bénéficiaire de disposer de 150€ par mois. Son coût, évalué à 120 milliards d’euros par an pour 67 millions de personnes pourrait être financé par une taxe.

Le point fort de cette idée ? « Une charte porteuse de grands principes de solidarité avec les producteurs pour reconstruire le système alimentaire », précise David Fimat. Reste l’absence de choix pour le consommateur qui devra se plier à la décision des caisses locales chargées de déterminer le fléchage de l’application. Et comment être sûr que des lobbies ne s’approprieront pas ce nouveau mode de consommation ? Autant de questions, notamment de gouvernance, qui ne sont pas tranchées.

A noter, pour aller plus loin : nouveau numéro de la revue 90° « Pour une révolution alimentaire ! »

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