Photovoltaïque et lac d’irrigation : une forme de première


Une expérimentation in situ appuyée sur les chercheurs de l'UPPA pour répondre au mieux aux défis combinés de la transition énergétique, de l'agriculture et de l'environnement

La pateforme photovoltaïque flottante de Caubios Loos, sur un lac d'irrigationAqui.fr

La pateforme photovoltaïque flottante de Caubios Loos, sur un lac d'irrigation

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Publication PUBLIÉ LE 08/10/2021 PAR Solène MÉRIC

A Caubios Loos en Béarn, Hervé Deschazeau exploitant avec sa fille Marie, des Vergers de Sainte-Quitterie va bénéficier d’une expérimentation inédite menée par la Chambre d’agriculture et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) : la pose de panneaux photovoltaïques flottants sur une retenue d’eau destinée à l’irrigation. Inédite car cette ferme « flotovoltaïque » est constituée de panneaux dynamiques et garde au cœur de ses objectifs d’exploitation tant celui de la production énergétique que celui de la protection de l’environnement naturel dans lequel la structure sera bientôt achevée d’être installée. Un projet comme l’exemple d’un futur en marche. En effet, afin de préserver son foncier, après les toitures, ce sont bien sur les lacs d’irrigation que le monde agricole envisage de développer ses activités énergétiques.

Pour l’heure, 7 modules de panneaux photovoltaïques sur 9 sont posés à la surface du lac d’irrigation d’Hervé et Marie Deschazeau, soit moins de 20 % de la retenue d’eau qui s’étend sur un hectare. Plus exactement, les panneaux sont posés sur des flotteurs arrimés le temps de l’installation, depuis le bord du lac. Dans le futur, ces flotteurs seront arrimés au fond du lac. « Mais, promet Stéphane Gibout, enseignant chercheur au sein du LaTEP (Laboratoire de Thermique, Energétique et Procédés) de l’UPPA, sans matériaux nocifs pour l’environnement. Il n’y a pas de béton notamment ».

Equilibre recherché entre économie et environnement
Une notion du respect de l’environnement sur la partie support des panneaux qui s’est inscrite en fil rouge de la conception et de la réalisation du projet. « Notre ambition est vraiment qu’à l’issue du contrat de 25 ans, si la plate-forme n’est pas renouvelée, tout puisse être démantelé et remis dans son état initial » insiste le chercheur. Sont ainsi prises en compte la préservation de la lumière, ou encore l’oxygénation du lac sans oublier, d’un point de vue sanitaire, la limitation de l’envasement du lac ou du développement de bactéries.

Mais les chercheurs qui ont travaillé autour du projet ont aussi eu à répondre à la question de la production énergétique des panneaux, et ce malgré la contrainte technique d’une variation du niveau d’eau du lac qui peut être importante. Ont ainsi été installés des panneaux dynamiques qui permettent à la plate-forme de suivre dans une certaine mesure la course du soleil et donc de produire davantage. Ces panneaux contribueront d’ailleurs eux-même à l’amélioration de leur productivité puisque, explique le chercheur, « bloquant les rayonnements du soleil, ils permettront à la surface de l’eau d’être plus froide. Par conséquent, les panneaux posés sur une surface toujours fraîche auront moins tendance à chauffer ». Une moindre déperdition de chaleur synonyme d’une production d’électricité plus importante. Au total, les 9 modules devraient annuellement produire 210 MW, « voire un peu plus », veut parier le scientifique.

Avec la recherche d’un équilibre entre économie et environnement et le caractère dynamique des panneaux, l’autoconsommation collective de l’électricité produite forme la troisième particularité qui rend cette centrale solaire flottante unique en son genre. « Le principal consommateur sera le producteur de fruits. L’électricité produite restante ne pourra pas être stockée, elle sera donc consommée en local, au plus près de la source de production, à savoir par les habitants du village », précise Bernard Layre, Président de la Chambre départementale d’agriculture, et par ailleurs maire de Caubios.

Mise en production début 2022
Du côté des vergers de Sainte-Quitterie, on l’ « on était déjà convaincu par le photovoltaïque, avec tous les toits de la station déjà équipés », ce nouvel apport d’énergie “maison”, bénéficiera plus directement aux frigos de l’exploitation dans lesquels sont conservés les fruits du verger en attente de leur commercialisation. « D’octobre à mars ou avril, ce sera la période où l’on consommera beaucoup de l’énergie fournie par le lac », estime déjà l’arboriculteur bien heureux de mettre son lac à disposition de cette expérimentation.

Une expérimentation dont la mise en production devrait démarrer dès début 2022, mais qui entre dans le cadre plus large d’une charte passée entre la Chambre d’agriculture, l’UPPA et le groupement des irrigants autour d’un protocole de recherches appliquées sur les lacs d’irrigation du département. Sur le total des 350 hectares de stockage d’eau privés gérés par une ASA, « un protocole d’engagement a été passé avec Total Quadran et EDF sur une trentaine d’hectares  », explique Guy Estrade, élu en charge de l’Eau et l’Energie à la Chambre d’Agriculture 64. Il confirme d’ailleurs que « plusieurs dossiers sont en cours auprès de la Commission Régulation de l’Energie autour de plusieurs projets avec le groupe Total Quadran et EDF sur un échelon de mise en œuvre de ces projets à 2025 ».

 


Photovoltaïque et foncier : une Charte pour “ne pas faire n’importe quoi”
Une mobilisation sur la question du photovoltaïque en agriculture qui était décidément au coeur de cette journée de visite de terrain, avec la signature en amont d’une Charte régionale sur le développement du photovoltaïque, paraphée par Luc Servant, Président de la Chambre régionale d’agriculture et de sa Commission Eau et Bernard Layre, 1er vice Président de la Chambre régionale d’agriculture et président de la Commission Energie. Un document, synthétise Bernard Layre, qui vise « à ne pas faire n’importe quoi et à bien cibler où développer cette énergie, en lien avec la consommation locale existante ». En effet, si les sirènes de la production énergétique peuvent être tentantes pour les agriculteurs, en termes d’économies d’énergie et de revenu, il faut bien veiller, insiste les responsables, à ce qu’il n y ait « pas de contradiction entre souveraineté alimentaire et énergies renouvelables ». En d’autres termes, ne pas sacrifier du foncier agricole à la production d’énergie photovoltaïque.

Cette charte vient donc établir une priorisation dans les choix d’implantations de futures plate-formes photovoltaïques. D’abord, priorité absolue aux toitures, puis dans certaines conditions au développement de l’agrivoltaïsme permettant une complémentarité entre l’activité agricole (telle le maraîchage, certaines productions d’élevage ou encore lac d’irrigation) et la production d’énergie. Enfin dans des conditions plus exceptionnelles encore l’implantation de panneaux photovoltaïques pourrait être envisagée sur du foncier agricole, avec en outre, une compensation financière de 2500 €/ha à destination d’un fonds permettant de financer d’autres projets agricoles. Autres conditions : garantir une remise en état des sites pour un retour à l’exploitation agricole en fin de contrat énergétique.

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