OGM : Mamère (Verts) – Pees (Euralis) : Les raisons de la colère


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OGM : Mamère (Verts) - Pees (Euralis) : Les raisons de la colère

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Temps de lecture 6 min

Publication PUBLIÉ LE 12/12/2006 PAR Joël AUBERT

Pour Christian Pees, c’est la patate chaude.

Christian Pees est président d’Euralis (Pau), le groupe de coopération agricole leader dans le grand sud-ouest français. Il est membre actif du MOMA (Mouvement pour une Organisation Mondiale de l’Agriculture) et vient d’écrire un livre en forme de plaidoyer. Pour lui les OGM sont plutôt une chance.

Aqui! : Bové et ses amis se battent sans relâche contre les cultures OGM. Au contraire, vous-même et les organisations auxquelles vous appartenez, agissez en faveur de leur développement. Pourquoi ?

Christian Pees : Je crois qu’il faut placer cela dans le contexte général. Aujourd’hui il apparaît que l’agriculture a un bel avenir devant elle avec la hausse de la population mondiale qui va entraîner une croissance sans précédent de la demande alimentaire, et la nécessité de répondre aux impératifs de production de bio-énergie. En clair, nous sommes en face d’un train qui va démarrer, mais la France et l’Europe -qui n’y croient pas forcément-, risquent de laisser partir ce train, alors que sur la planète, tout le monde, en particulier les grands pays agricoles, se prépare.
Nous nous trouvons en face d’un débat entre « anti », lesquels sont généralement alter-mondialistes et les autres dont la pensée est libérale. Il en résulte du coup un débat inaudible pour les citoyens. Cela me paraît complètement anormal car il me semble que le sujet devrait faire, au contraire, l’objet d’un consensus. C’est ce que je vais tenter de démontrer avec le livre que je viens d’écrire -lequel n’aborde pas seulement ce thème- et qui va paraître en janvier prochain.


@! : Alors pourquoi vouloir créer et cultiver des plantes OGM ?
C.P.
: C’est un moyen de se mettre en position de répondre aux besoins qui s’annoncent tout en produisant mieux et plus propre.
Par exemple si nous cultivons des plantes plus résistantes à la sécheresse et plus productives, nous consommerons moins d’eau, et l’intérêt des agriculteurs et de la société se rejoignent. Pour l’agriculteur c’est un moyen de produire plus efficacement, et pour le consommateur, la garantie d’une meilleure qualité, et d’une meilleure sécurité alimentaire. C’est le cas pour le maïs qui, avec la plante génétiquement modifiée, est débarrassé de certaines toxines. Car nulle part dans le monde, après 20 ans de développement des cultures OGM, personne, en dépit des efforts déployés en ce sens, n’est parvenu à démontrer que la consommation de produits issus de plantes OGM présentait un quelconque risque pour la santé.


@! : Les firmes semencières ne sont-elles pas les premières intéressées ?
C.P. : Incontestablement, elles sont attentives à leur compte d’exploitation , mais ces entreprises sont, comme les autres, le moteur de notre monde. En France et en Europe, elles se heurtent à un refus d’obstacle, mais cela ne les gène que modérément. Les grandes multinationales n’ont pas besoin du feu vert européen pour répondre à des demandes sur les marchés mondiaux, et elles renforcent leur monopole. Or, en France, Biogemma (1) dont nous faisons partie, a dû licencier un tiers de ses chercheurs, et Génoplante (2) a divisé son budget par trois. Le problème ce n’est pas Bové, lequel refuse d’ailleurs le débat, mais c’est cette situation qui compromet la recherche sur les biotechnologies.


@! : Que pensez-vous de la position du gouvernement et des formations politiques sur cette question des OGM ?
C.P. : L’attitude des uns et des autres revient au même : on ne veut pas traiter le problème. Pour les politiques c’est la patate chaude. Aussi je ne suis pas étonné que les citoyens continuent de répondre négativement aux OGM.


@! : Les pro-OGM pourraient-ils en venir eux-aussi à des actions spectaculaires ?
C.P. : Nous devons trouver d’autres moyens que les communiqués ou les manifestations. Il n’est pas question, toutefois, d’actions comportant des prolongements hors la loi, mais plutôt de débattre grâce au livre qui va être publié.



Noël Mamère

Pour Noël Mamère , le gouvernement agit en clandestin

S’il y a un homme politique, un élu, qui n’a pas mis ses convictions dans sa poche au sujet des OGM, c’est bien le député-maire de Bègles. Au coude à coude avec les opposants, il n’a pas hésité à aller « faucher » deschamps semés en OGM. Cet engagement total, il le réaffirme aujourd’hui, en réponse à nos questions et récuse les arguments du Directeur d’Euralis

Aqui! : Le 4 novembre dernier à Lugos on a frôlé la mort d’homme lorsque José Bové et des militants « faucheurs volontaires » ont mis à mal un silo de maïs transgénique. Comment peut-on arriver à pareille extrêmité ?

Noël Mamère : C’est le Gouvernement et les agriculteurs qui, en ne respectant pas les directives européennes et en préférant l’opacité à la transparence, ont choisi l’affrontement.
Les faucheurs volontaires ne portent pas d’armes et agissent au grand jour. Ils désobéissent parce qu’il n’y a pas de débat direct sur un choix technique qui engage l’avenir de notre société. De quel droit ce paysan de Lugos, comme des centaines d’autres, fait-il courir des risques à l’agriculture conventionnelle ou biologique en contradiction totale avec le principe de précaution tel qu’il est énoncé dans la charte de l’environnement inscrite dans la constitution, à la demande du Président de la République?

On pourrait aussi se poser la question de savoir pourquoi, on poste un garde mobile par pied de maïs pour protéger les cultures illicites et balancer des grenades lacrymogènes et assourdissantes sur les faucheurs volontaires. La première violence, elle est chez ceux qui prennent le risque de contaminer l’environnement et d’entrer, par effraction, chez leurs voisins paysans qui pratiquent des cultures conventionnelles ou biologiques.

@! : Etiez-vous , vous-même au courant de l’existence dans la région de productions aussi importantes que celle découverte à Lugos ?

N.M. : Bien évidemment non.
Puisque le Gouvernement, avec la complicité des semenciers et des grands syndicats agricoles, agit en clandestin … ce qui prouve l’ambiguïté et son double discours.
Récemment dans un reportage télévisuel sur les OGM diffusé le 3 décembre sur Canal+, un responsable d’une grande compagnie semencière reconnaissait la dissimulation des informations et l’opacité devenue la règle dans ce secteur.

@! : Que répondez-vous à ceux qui , comme le directeur général d’Euralis, Christian Pees, disent que la France est en train de se tromper de combat et de renoncer à la recherche dans le domaine des biotechnologies végétales ?

N.M. : Le Directeur d’Euralis défend les intérêts de sa boutique !
Mais le coût du retard et de l’obscurantisme on nous l’a déjà fait !
Il faudrait qu’il nous explique ce que les OGM apportent à l’agriculture et à la consommation, qu’il nous dise pourquoi tant de paysans indiens se donnent la mort aujourd’hui parce qu’ils sont étranglés par les conditions insupportables que leur imposent les semenciers transgéniques.

Il faudrait aussi que le patron d’Euralis nous explique ce qui vient de se passer avec la dernière variété de maïs transgénique de Bayer qui a contaminé des milliers d’hectares aux Etats Unis … Les exemples abondent de l’impossible cohabitation entre les cultures transgéniques et les cultures conventionnelles.
L’agriculture transgénique, c’est d’abord la volonté de quelques grands groupes nationaux de mettre la main sur l’ensemble de l’agriculture mondiale.
C’est donc une logique de marché et non une nécessité sociale.

@! : Comment caractériseriez-vous aujourd’hui, la position officielle de la Francesur la question des OGM ?

N.M. : La France est à la botte des semenciers. La preuve : elle a reporté, sine de, l’examen de la loi sur les OGM à l’ Assemblée Nationale et elle est menacée de lourdes pénalités pour la non transposition dans le droit français d’une directive européenne de 2001.
Le seule réponse politique qui vaille, c’est le moratoire sur les OGM.


Propos recueillis par Gilbert Garrouty et Joël Aubert

Biogemma : unique société européenne de biotechnologies contrôlée par le monde agricole. On y trouve les groupes coopératifs Limagrain et Euralis, la société RAGT, les organismes financiers Sofiprotéol et Unigrains).

Génoplante : Programme français fédérateur de recherche en génomique végétale associant l’INRA, le CNRS, le CIRAD, l’IRD, Biogemma, Arvalis, Sofiprotéol.

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