Mérignac dévoile son jeu


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Mérignac dévoile son jeu

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Temps de lecture 7 min

Publication PUBLIÉ LE 14/11/2017 PAR Romain Béteille

Un foncier maîtrisé

Développement économique, urbanisme mesuré et grands projets de ville, tels ont été les sujets abordés par le maire de Mérignac, Alain Anziani (PS) lors d’un bilan de mi-mandat ce lundi 13 novembre. Et ce n’est pas les enjeux qui manquent pour la troisième ville d’Aquitaine (derrière Bordeaux et Pau) et ses plus de 70 000 habitants. Cette dernière est en effet l’une des premières bénéficiaires de l’attractivité de la métropole bordelaise. À ses dépens. « En matière d’urbanisme, on voit des grues et des constructions partout à Mérignac. Ce n’est pas mon souhait. C’est l’ancien Plan Local d’Urbanisme qui permettait toutes ces constructions, même retenues. Or, notre vision pour la ville, c’est moins haut et moins dense, dans tous les quartiers ». Le nouveau PLU, officialisé en février, n’est donc pas encore suffisamment restrictif pour l’ancien sénateur socialiste de Gironde. « Nous allons faire en sorte que les promoteurs signent une charte de comportement ». Objectif : obtenir de nouvelles règles conçues comme une « grille de lecture », histoire d’améliorer les échanges avec les promoteurs, sans pour autant que la charte en question ne soit opposable juridiquement, et ce même si « beaucoup de promoteurs pourraient faire un recours mais n’en font pas. Ils veulent tous venir s’installer à Mérignac, mais on ne veut pas construire n’importe où. On a la chance de disposer encore de beaucoup de foncier, donc on peut se permettre d’être très sélectif ». Un développement raisonné, c’était déjà le point de vue d’un autre maire, de droite celui-ci, en 2016. Preuve que la volonté d’une maîtrise de l’urbanisme ne court pas après les couleurs politiques ? Moins sûr… 

On roule, on nage, on vole

Les projets, ce n’est pas ce qui manque. Notamment du côté de l’aéroport, dont la desserte par la ligne A du tramway est toujours prévue pour 2021, et qui doit aussi accueillir de nouvelles pistes cyclables en site propre (à échéance de 4 à 5 ans). L’un des plus importants projets de la ville est celui du 45ème parallèle, sept hectares de terrain situés aux portes de l’aéroport. Déjà discuté depuis 2012 et anciennement porté par la société Thalium (spécialisée dans l’immobilier d’entreprise, depuis placée en liquidation judiciaire), il est désormais confié à Nexity avec qui la ville vient de signer le permis de construire, et doit comprendre un hôtel quatre étoiles (Hilton), un centre de congrès et 30 000 mètres carrés de bureaux. Coût total estimé : 20 millions d’euros. Sans tous les citer, évoquons tout de même le futur Stade Nautique, qui fera d’ailleurs partie des Équipements d’Intérêt Métropolitain aux côtés, notamment, du Stade Matmut Atlantique, et sera financé à 43% par la ville, les 57% restants étant à la charge de la métropole. Pour les quelques 36 millions d’euros demandés, ce nouvel équipement bénéficiera d’un bassin aux normes olympiques pouvant accueillir des compétitions, mais pas uniquement. « Nous ne sommes pas mégalos », rassure Alain Anziani, « il ne sera pas juste destiné aux compétitions nautiques ». Le projet, qui a longtemps divisé, semble en tout cas en bonne voie pour voir réellement le jour, mais pas avant 2022. Histoire d’être cohérents avec le déficit de ce type de structures dans l’agglomération et de permettre à toutes les écoles de la métropole de pouvoir en profiter, rappelons que la métropole a voté en mars dernier un « plan piscine » (20 millions d’euros) qu’elle ne prévoit de financer qu’à hauteur de 25%, le reste étant dévolu aux neufs communes concernées par la construction de ces nouvelles piscines (Ambarès-et-Lagrave, Blanquefort, Bruges, Bordeaux, Cenon, Eysines, Le Haillan, Le Taillan-Médoc et, bien sûr, Mérignac).

Enfin, on le sait depuis longtemps, Mérignac compte beaucoup sur le futur dynamisme espéré dans l’Opération d’Intérêt Métropolitain Bordeaux Aéroparc.

60 000m2 de bâtiments sur 10 ha, en cours d’acquisition par Bordeaux Métropole, pour l’implantation d’un parc à thème sur les cultures aérospatiales.

Conservatoire de l’air et de l’espace, accueil de formations avec une extension d’Aérocampus, partenariat avec Technowest : le but est d’en faire une vitrine de l’aéronautique d’une dizaine d’hectares comme l’est devenue la Cité du Vin pour l’oenotourisme. « Le showroom est à l’étude, elle est en train de se finaliser », précise le maire. Le projet est encore bien plus démesuré que le stade nautique : on parle de coûts compris entre 80 et 85 millions d’euros pour cette « Cité de l’Aéronautique » de 60 000 mètres carrés. Proche des nouveaux sites de Dassault et Thalès, ce projet prouve que la commune compte beaucoup sur ce secteur économique, très stratégiques en termes d’emplois. Si 40% des actifs mérignacais travaillent sur la commune et que, selon les chiffres officiels, le chômage y a baissé de 4% sur les 12 derniers mois, son taux de chômage (9,7%) reste tout de même légèrement supérieur à la moyenne nationale. Pour Alain Anziani, en revanche, pas question de toucher aux impôts : « le taux de fiscalité ne va pas augmenter jusqu’à la fin du mandat », assure-t-il d’ailleurs. Une promesse qui ne cadre pas vraiment avec le discours de « bonus-malus » du projet de loi de finances du gouvernement, qui prévoit de plafonner l’augmentation des dépenses de fonctionnement à 1,2% par an (maximum, 1,9% selon les sénateurs pour arriver à un coup de rabot de 13 milliards d’euros) pour les 300 plus grandes collectivités et d’instaurer un système de bonus-malus. « Cela va être difficile », commente l’élu, « notamment pour la métropole qui, pour l’instant, n’a pas réalisé d’économies » et ce, malgré le fait qu’une quinzaine de communes (sur 28) aient choisi de mutualiser un certain nombre de services. Le sujet ne devrait pas manquer de revenir faire un petit tour sur la table de la Conférence des Métropoles annuelles, début décembre à Strasbourg, où la métropole bordelaise devrait être représentée.

La métropole millionnaire, une « absurdité »

Là où le discours de l’élu socialiste change, c’est lorsqu’il faut aborder l’attractivité galopante de la métropole bordelaise et le manque d’infrastructures de transports dont elle fait chaque jour d’avantage les frais. Il y a quelques semaines, plusieurs responsables locaux (CCI, Medef…) avaient largement critiqué la desserte routière de l’aéroport par la rocade, jugée très insuffisante. Sur ce point, le maire de Mérignac rappelle que l’investissement sur la zone « représente 130 millions d’euros », dont 70 millions, il est vrai, pour le futur prolongement de la ligne A. Il a cependant annoncé qu’une future table-ronde entre les différents acteurs publics et les industriels se tiendrait prochainement, avant de botter en touche, préférant promettre des « annonces d’ici la fin de l’année » à un affrontement « par articles de presse interposés ». Pour mettre fin à ce qui est, selon ses mots, une « absurdité », il n’hésite en revanche pas une seconde à remettre en question l’ambition de « métropole millionnaire », longtemps retrouvée dans les discours d’Alain Juppé (LR) comme de Vincent Feltesse (PS). « Cela ne peut pas être un objectif de politique publique. C’est une idée très technochratique, (…) éloignée des problèmes des habitants qui ont déjà beaucoup de difficultés pour se loger et se déplacer. L’objectif de l’agglomération millionnaire, ça n’a aucun intérêt ». Pour l’idée du grand contournement, récemment revenue lors des Assises Nationales de la Mobilité, même fléchage vers la sortie. « Il faut préparer l’avenir, mais ne jamais oublier les problèmes du quotidien ». À Mérignac, on préfère avoir une consultation publique sur les rythmes scolaires (dont les résultats seront connus fin novembre), construire de nouveaux squares ou un neuvième parc et développer l’agriculture de proximité pour renforcer « l’autosuffisance alimentaire » de la métropole (27 hectares d’élevages et de maraîchage prévus à Beutre) que débattre du désenclavement routier local.

Du dilemne de la cogestion

En revanche, dès qu’il s’agit d’aborder l’épineuse question des futurs espaces pour l’installation des roms présentés par la métropole lors d’une séance de conseil d’urgence, la prudence et le conditionnel sont de mise. Ces dispositifs, destiné à réinsérer les quelques 700 roms vivant dans des squats sur l’agglomération bordelaise (notamment à Bègles, même si Mérignac et d’autres sont aussi concernées). Prévus en 2019, ces équipements (sous la formes de caravanes ou de préfabriqués) devraient coûter 1,5 millions d’euros par an. Problème : comment se partager le gâteau ? Les communes concernées doivent-elles payer d’avantage que les autres ? Là dessus, rien n’est encore tranché, et la ligne métropolitaine reste la « participation des 28 communes ».  « C’est un contrat, ceux qui seront volontaires devront signer une charte de comportement. Aujourd’hui, quand on expulse des roms d’une zone, ils vont faire le tour de l’agglomération en passant par Bordeaux ». Comprendre : cette participation des communes devra être règlementée, tout comme le contrat passé entre les familles bénéficiaires et la métropole. « Cela pourrait passer par une réduction des finances allouées aux communes dans le contrat de co-développement pour celles qui ne peuvent pas accueillir de population rom pour x raison. Après, j’ai peur que si on fait trop bien les choses, il y ait un appel d’air », ce qui n’a cependant « pas été le cas à Strasbourg, qui a mis dix ans à régler ce problème ».  Quoi qu’il en soit, Mérignac a déjà choisi le site où sera implanté son « Espace temporaire d’insertion », censé être, on le rappelle, une expérimentation : ce sera certainement allée Charles Darwin (sur quatre hectares). Quant aux ambitions démographiques communes de l’assemblée des 28, il faudra sûrement en discuter avec les principaux intéressés… 

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