Marie Griffaton, présidente de la FDSEA de la Dordogne


A la tête du syndicat agricole majoritaire de la Dordogne depuis un mois, Marie Griffaton réagit à l'actualité de ces derniers jours, gel, grippe aviaire, ZNT.

Marie Griffaton, présidente de la FDSEA de la DordogneChambre d'agriculture de la Dordogne

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Publication PUBLIÉ LE 12/04/2022 PAR Claude-Hélène Yvard

Agée de 40 ans, Marie Griffaton, éleveuse de poules pondeuses bio à Cunèges, en Bergeracois, a été élue présidente de la Fédération départementale du syndicat des exploitants agricoles de la Dordogne le 7 mars dernier. Depuis le début avril, la profession agricole doit à la fois faire face à l’influenza aviaire à laquelle une douzaine de foyers ont été confirmés positifs en Dordogne, au gel des pruniers, des pommiers sans oublier la vigne qui est très impactée. Un autre sujet préoccupe la responsable agricole, celui des ZNT (zones de non traitements). Elle livre son analyse de la situation départementale.

@aqui.fr : Cela faisait six ans que la Dordogne n’avait pas connu d’épisode d’influenza aviaire, comment en tant qu’éleveuse de poules et en tant que responsable agricole, vivez-vous la situation ?

Marie Griffaton, présidente de la FDSEA : Tant au niveau syndical, qu’au niveau chambre d’agriculture où je suis élue, nous suivons de près les cellules de crise. Nos deux représentants à la chambre d’agriculture font un gros travail et sont dédiés sur le sujet en lien avec les services de l’Etat. Cela fait six ans, que la Dordogne n’avait pas été touchée. Il a fallu tout relancer pour gérer cette nouvelle crise même si nous tirons les enseignements de ce qui se fait dans les autres départements.

Oie : préserver à tout prix un des dernier couvoir de l’Hexagone
L’ensemble de la filière palmipèdes et volailles est inquiète : son poids économique est très important en Dordogne et nous avons de nombreux petits producteurs. Le chiffre d’affaires annuel se situe autour de 100 millions d’euros. Nous sommes surpris de la rapidité de la propagation de l’épizootie, on ne s’y attendait pas réellement, surtout que beaucoup de choses ont été faites en termes de biosécurité avec de lourds investissements. La première chose est de relayer les informations pour éviter la propagation de l’épidémie tout en accompagnant les éleveurs touchés. L’écoute et l’accompagnement sont essentiels et nous travaillons avec la Mutualité sociale agricole. La cellule d’écoute est active et elle a été dotée de moyens supplémentaires. C’est une nouvelle crise et un nouveau coup dur : tout doit mis en oeuvre pour la sauvegarde des exploitations, que chacun s’en sorte psychologiquement et financièrement.

Nous avons fait le choix d’un dépeuplement localisé par zonage. Certains sujets ne sont pas réglès, notamment les indemnisations et l’abattage. Il n’y a pas suffisamment d’équipes pour mener à bien les opérations sur le terrain en temps et en heure et sur l’équarissage. Nous sommes aussi très inquiets sur la filière oie du Périgord, qui possède un des derniers couvoirs de l’Hexagone. Il faut le préserver à tout prix. A titre personnel, je suis encore en zone indemne, je n’ai pas de souci de faire partir mes oeufs. Il y avait un surplus d’oeufs, cela fait du bien au marché, mais jusqu’à quand ? Nous n’avons aucune maîtrise sur la situation. J’en profite pour passer un message : je demande à tous les particuliers qui ont deux ou trois poules de les laisser enfermer chez eux. 

70 à 80 % de pertes estimées sur la prune

@! : Les gelées du début avril ont impacté les secteurs de la vigne, la filière prunes, quels retours en avez-vous ?

M.G. : Les trois nuits de gel, entre le 2 et 5 avril ont particulièrement touché le Bergeracois. Il y a eu de gros écarts de températures d’une vallée à l’autre de -2° à -6° ou -7°.  Globalement, c’est en Bergeracois qu’il a fait le plus froid, et globalement, on est sur la même chose que l’an dernier. Sur le secteur de la vigne, ce sont les cépages précoces qui ont davantage soufferts, merlot et sauvignon. Ils sont très présents en Bergeracois. On peut estimer entre 40  et 50 % de pertes, mais il faut attendre : la nature peut encore reprendre ses droits et on peut aussi avoir une autre vague de gel assez sévère. Les cépages tardifs devraient mieux s’en sortir. 

L’arboriculture semble avoir davantage trinqué, même s’il est encore un peu tôt pour faire un bilan complet.  On sait déjà que les producteurs de pruneaux d’Agen et de kiwis sont très touchés : les premières estimations font état de 70 à 80 % de pertes. Le bilan est plus contrasté pour les pomiculteurs et les nuciculteurs dont les productions sont un peu plus tardives. 


@! : Autre dossier d’actualité, le mécanisme des zones de non traitement aux pesticides (ZNT). Où en sommes nous sur ce dossier en Dordogne ? 

M.G. : Sur ce dossier des ZNT, les échéances arrivent et en dépit des urgences, que constituent la grippe aviaire et l’épisode de gel. Nous devons tout réviser dans des délais très courts, pour répondre à ce que l’on nous demande, et pour permettre au Préfet de refaire une consultation publique. Et le département de la Dordogne va se trouver fortement concerné, car l’habitat dispersé augmente les zones de non traitement.

Le mécanisme de ZNT aux pesticides va fortement impacter notre viticulture en termes économiques et techniques, de l’ordre de 30 % pour le vignoble. Notre souhait est de voir se réduire les distances minimales à respecter entre les zones de traitement et les zones d’habitation, par des dérogations, on pourrait passer de 20 mètres à 10 mètres voire 5 mètres parce que la profession utilise des matériels très performants,  limitant les dérives de pulvérisation.

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