Le tram connecte les commerçants


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Le tram connecte les commerçants

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Temps de lecture 5 min

Publication PUBLIÉ LE 05/09/2017 PAR Romain Béteille

C’est ce que l’on appelle un hasard du calendrier. Au niveau national, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé ce mardi le plan du gouvernement en faveur des travailleurs indépendants : fin du RSI, baisse (et/ou exonération) des cotisations, élargissement du statut d’auto-entrepreneur… Des mesures qui concernent, entre autres, les artisans et commerçants. Or ces deux derniers jours, deux initiatives, purement locales elles, s’adressent elles aussi à ces derniers. On va surtout parler ici de la première. Elle a été présentée ce mardi au Bouscat et s’appelle « connecte un commerçant » et est à l’initiative du Club du Commerce Connecté de Digital Aquitaine. Il s’agit d’un programme d’expérimentation prévu pour durer six mois sur un périmètre géographique très précis auprès des commerçants situés sur le tracé de la future ligne D du tramway. « Dans le cadre des travaux de création du futur tram, il y a tout un tas d’actions qui sont mises en place auprès des commerçants pour aider à passer cette transition, à la fois pendant et après les travaux. De notre côté, on a voulu mobiliser l’écosystème numérique faisant partie de nos adhérents ou de nos contacts pour les mettre au service des commerçants de cet axe là. En gros, il s’agit de trouver avec eux une action à mettre en place, la suivre et voir ce qu’elle apporte de manière concrète pour en tirer des enseignements », résume Éric Culnaert, responsable numérique au sein de l’ADI (Agence Développement Innovation) Nouvelle-Aquitaine et animateur au sein du Club.

Un « catalogue qualifié »

Une vingtaine d’entre eux a en effet été sélectionnée par le Club et ses différents partenaires (dont des entreprises privées comme Pages Jaunes ou CDiscount) pour être accompagnés par des « parrains » (PDG d’entreprises, consultants, startupeurs etc…). Accompagnés pour quoi ? Pour réaliser une action concrète en fonction de leur besoin en équipements et outils numériques. En effet, d’un point de vue national, si la France dispose de quelques 33,8 millions de cyberacheteurs, en 2016 seuls 46% des commerces de proximité (votre coiffeur, votre petite boutique de bijoux fantaisie ou votre maison de la presse) disposaient d’un site internet, soit encore moins d’un commerçant sur deux. Le but, pour ces parrains, est donc de proposer des solutions numériques « adaptées » à chacun des commercants participants, puis réunir le tout dans un « livre blanc » national au premier semestre 2018 pour « faire profiter de l’expérience à d’autres territoires ». 

L’originalité réside dans le fait que ces parrains experts sont bénévoles, et que ce sont les partenaires privés qui mettent un peu la main à la poche pour faire en sorte que ça ne soit pas le commerçant qui paye l’action développée chez lui. A priori, donc, le CCC n’a rien à vendre. Ce n’est pas l’avis d’Éric Culnaert, pour qui « les bénévoles vont à la fois gagner en visibilité et découvrir un peu mieux les commerçants de proximité et pouvoir mieux les comprendre. En plus, un parrain est conçu comme l’interlocuteur privilégié d’un commerçant, mais les actions, elles, seront imaginées par un collectif de parrains animé par le club et Bordeaux Métropulse. « On espère qu’à terme, on puisse créer un collectif des commerçants pour faire un peu un effet boule de neige. On a aussi lancé un appel à l’ensemble des entreprises numériques de France pour qu’elles puissent proposer des solutions à destination des commerçants de proximité, Tout ça pour avoir une sorte de catalogue qualifié », affirme-t-il ainsi. À noter que ces dernières ont d’ailleurs jusqu’au 6 octobre, peu importe d’où elles viennent, pour y participer.

Des profils variés

Philippe David est l’un de ces fameux parrains. Directeur de la société de vente en ligne ODC Distribution, il intervient également au cas par cas auprès de commerçants dans une seconde activité de « conseil aux entreprises » sur le développement numérique. Pour lui, « ce projet est assez proche de ce que je fais déjà en indépendant. C’est original à cette échelle là. Je trouve ça courageux parce que ça met en avant ce que peut apporter le numérique auprès des commerçants traditionnels, pour lesquels les modes de fidélisation du client doivent aussi s’adapter au quotidien. On ne va pas changer en une journée son activité, on veut simplement apporter une pierre en plus ». Bien sûr, chaque commerçant a lui aussi des intérêts et une connaissance des outils numériques très variés. « Sur la vingtaine qui a été retenue dans ce panel », nous précise Éric Culnaert, onze ont déjà un site internet, treize sont déjà sur les réseaux sociaux et un ou deux sont même très affutés dans leur manière d’utiliser les services de livraison à domicile pour générer de nouveaux clients. On a aussi des gens qui n’ont ni site ni présence sur le net. La réponse n’est donc pas unique. Ça peut être passer d’un site qui est une carte de visite en ligne à quelque chose de plus perfectionné et ciblé. Pour ceux qui n’ont pas de vidéo, ça pourrait être la création d’une ou deux vidéos qui mettrait en valeur un métier, un geste particulier; les vidéos de gestes métiers très fins sont très virales sur internet, notamment sur les réseaux sociaux. Enfin, pour quelqu’un qui serait dans un institut de beauté, on pourrait mettre en place des outils qui permettraient de gérer la prise de rendez-vous en dehors de l’activité quotidienne du magasin ».

Reste que ce statut « expérimental » n’est pas là par hasard. « Ce n’est pas un modèle économique, c’est quelque chose qui permet de mettre en place une expérience, mais ça ne peut pas vraiment être généralisé. L’idée c’est de voir ce qui marche pour pouvoir ensuite trouver un modèle qui permette de le faire fonctionner partout. C’est pour ça qu’on s’est associé aux associations de commerçants : peut être pourraient-elles intégrer une partie de ce qu’on aura mis en place… ». Pour ce qui est du calendrier, il est déjà plus ou moins défini : trois visites d’un parrain entre fin septembre et mi novembre, deux comités de pilotage (en décembre et en mars) et une clôture entre mai et juin. Cette opération n’a rien de comparable avec les « devis numériques » fournis, par exemple, par la CCI de Bordeaux : on parle ici de petites actions. C’est également le cas pour une seconde opération, cette fois ci coordonnée par la Ronde des Quartiers et la mairie de Bordeaux : la création d’un guide censé « aider les commerçants bordelais à mieux identifier les signes de vulnérabilité des publics fragiles, en apportant de nombreux conseils sur la conduite à observer, notamment l’orientation vers les acteurs institutionnels et municipaux des différents quartiers » (dixit la communication officielle). Ce guide fait partie du plan « Bordeaux Générations Seniors« , et reste donc adressé à un public tout aussi ciblé, même si de manière moins géographique que démographique. Ces deux initiatives mettent donc malgré eux les commerçants en lumière. Mais si tout mène à des livres, le plus important pour eux restera bien évidemment celui des comptes : la première partie de l’opération « Connecte un Commerçant » se termine juste avant les fêtes de fin d’années, au cours desquelles ces derniers réalisent jusqu’à 30% de leur chiffre d’affaires annuel. Hasard du calendrier, on vous dit.

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