L’Actualité du Roman Noir : La main de Dieu


Valerio Varesi : la main de Dieu (la mano di dio, 2009 traduit de l’italien par Florence Rigollet) Agullo noir- mai 22- 344 pages 21,5€

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Publication PUBLIÉ LE 07/06/2022 PAR Bernard Daguerre

L’histoire débute un 13 janvier par la découverte d’un corps à moitié immergé sous le pont le plus ancien de Parme et non loin une camionnette suspecte et susceptible d’avoir transporté le cadavre. Le commissaire Soneri -dont c’est ici la septième enquête traduite en français- va remonter au fil de ses recherches jusqu’au village de Monteripa « sorte d’avant-poste sous l’enceinte grise et âpre des Apennins. D’un village où l’on reste isolé tout l’hiver. Voilà où le menait l’enquête, dans le village d’où venait l’eau qui passait sous les ponts de Parme. »

Et voilà que le mauvais temps provoque un éboulement sur la route, le bloquant tout là-haut ; c’est ensuite la neige qui s’y met. Le commissaire n’en demandait pas plus : amoureux des sommets (voir par exemple Les ombres de Montelupo -Agullo 2018– c’était déjà une investigation en altitude), enquêteur solitaire, il se trouve ici servi. D’autant que les villageois n’entendent pas collaborer avec lui. Et puis les portables, seul contact avec son équipe, passent mal dans ces lieux hauts perchés.

C’est pourtant une montagne très habitée, par strates horizontales : d’abord le village et ses chasseurs, bruyants dans leurs battues aux sangliers, l’auberge et son propriétaire (le bar chez Egisto) lequel concocte au policier quelques plats souvent roboratifs (ce qui n’empêchera pas ensuite notre commissaire d’arpenter d’un pas vif les sentiers escarpés), le prêtre local Don Pino, un relégué quasi excommunié par sa hiérarchie pour sympathie communiste, un mafieux qui gère la seule entreprise industrielle de la localité (une usine d’embouteillage d’eau de source), des migrants sur les chemins, un garde-forestier philosophe et pédagogue : on apprend en même temps que Soneri la différence entre hêtraie, futaie, cépée.  Tout là-haut enfin ceux qu’on appelle les Faunes : en rupture avec les commodités contemporaines, ils forment une solide communauté rurale, marginale et communiquent par cor. Et encore : un trafic de cocaïne qui emprunte d’étranges chemins de traverse, le cimetière qui, suite aux mouvements de terrain se délite et révèle quelques secrets, un projet de piste de ski menaçant de défigurer la montagne.

“Un contemplatif qu’on oblige à agir”
On le voit, la matière est riche, l’enquête ardue. Le commissaire est une personnalité très attachante – on a parfois envie de le protéger contre les colères qui le prennent au regard d’un monde si injuste, fausse et paradoxale fragilité d’une personnalité somme toute solide, c’est un moraliste qui se fait violence pour agir comme l’exige son métier « je suis un contemplatif qu’on oblige à agir » dit-il. L’intrigue est bien menée, les dialogues vifs, on retrouve avec plaisir Angéla, avocate et compagne, aux réparties piquantes ; et aussi son second, l’inspecteur Juvara, exécutant parfois trop bridé.

Surtout, on voit se dessiner les lignes de force des aventures de Soneri : à l’horizontalité des enquêtes fluviales qui courent le long du Pô, comme un hommage à un dieu mythologique que serait le fleuve, gardien de la mémoire historique (voir Le fleuve des brumes, La maison du commandant) du XXème siècle et de la résistance au fascisme pendant la guerre, se superpose la verticalité des recherches en altitude, souvent empreintes de spiritualité volontiers ironique comme celle-ci. Et comme un trait d’union entre ces deux, les investigations dans la ville tant aimée de Parme, mise à mal par les transformations capitalistiques et l’avidité mafieuse (La pension de la via Saffi, Les mains vides). Quel que soit le thème de la prochaine parution, on ne peut qu’espérer le retour pour de nouvelles aventures du valeureux commissaire.

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