La plateforme solaire Horizeo est loin de faire l’unanimité


Des débats publics sont organisés, du 9 septembre 2021 au 9 janvier 2022 dans le cadre du projet de création d’une plateforme d’énergies renouvelables à Saucats.

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Débat Public Horizeo à Saucats

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Publication PUBLIÉ LE 24/09/2021 PAR Margaux Renaut

En début de semaine, se tenait au complexe sportif et culturel de la Ruche à Saucats, le deuxième d’une longue série de débats publics organisée par la Commission Nationale du Débat Public dans le cadre du projet de création d’une plateforme d’énergies renouvelables dit Horizeo. Imaginé sur un site clôturé de 2000 hectares localisé à Saucats, commune à une trentaine de kilomètres de Bordeaux, ce projet soulève beaucoup de questions tant des habitants des communes avoisinantes que des professionnels du secteur de la sylviculture. Trois heures et demie de débat orchestrées par Jacques Archimbaud, président de la Commission particulière du débat public, qui ont permis, si ce n’est de répondre à toutes les interrogations d’en éclaircir au moins certains aspects.

Dans l’un des gymnases du complexe sportif et culturel de la Ruche à Saucats, commune où le projet Horizeo aurait vocation à s’implanter, se pressait, ce mardi 21 septembre au soir, une foule qui après les traditionnelles salutations de politesse et autres discussions courtoises, n’a pas tardé à s’installer autour des larges tables de couleur prévues à cet effet. « Une couleur pour chaque thématique » a expliqué Jacques Archimbaud, « non pas pour segmenter le projet, mais bien pour aborder les différentes questions, les unes après les autres ». La méthode de débat ne convient pas à tout le monde. Une viticultrice dans l’assemblée prend la parole pour rappeler l’importance de « considérer le projet dans sa globalité » et « la nécessité de conserver un semblant de transversalité ». Un avertissement auquel le président du débat, a vite coupé court « la soirée va être longue et nous devons respecter la méthode. Pour toutes les personnes qui souhaiteraient poser des questions sur la globalité du projet, vous pouvez prendre place aux tables dites « divers » ». Le public de nouveau apaisé, le bon déroulement de la soirée a repris son cours. Un débat que Jacques Archimbaud, fort de son expérience, considère, essentiel dans la prise de décisions. « J’ai vite compris que lorsque l’on ne tient pas compte de l’avis des citoyens, ça se finit toujours mal ».


Un projet colossal chiffré à un milliard d’euros


Le projet qui, s’il était validé, verrait le jour en 2026, est particulièrement controversé. L’une des raisons étant l’emplacement choisi, une surface de 2000 hectares exploitée pour la sylviculture industrielle. Les grandes thématiques et interrogations choisies pour ce débat étaient les retombées socio-économiques sur le territoire, les impacts environnementaux, les risques naturels et technologiques, la forêt, sylviculture et compensations, les composantes du projet, le modèle économique, et la fameuse thématique « divers ». Portée par différents acteurs dont la ville de Saucats, ENGIE et NEOEN, producteur privé d’énergies renouvelables, la création de cette plateforme d’énergies renouvelables, estimée à environ un milliard d’euros, comprend plusieurs « briques » technologiques : un parc photovoltaïque sur environ 1000 hectares (qui serait ainsi le plus grand d’Europe avec une puissance installée d’1GW), un électrolyseur, un centre de données, une unité de stockage d’électricité par batteries ainsi qu’une activité d’agri-énergie, combinant agriculture et production d’énergie. Certaines composantes posant plus problème que d’autres, la plupart des questions portaient sur le thème des impacts environnementaux, des risques naturels et technologiques et des compensations liées au défrichement de 1000 hectares de forêt nécessaire à l’implantation de cette plateforme.


“Tous les risques seront anticipés”


Vaste zone floue pour les habitants, les conséquences environnementales de la construction d’un tel projet sur les nappes phréatiques, dont le niveau devrait inévitablement augmenter, l’impact sur la faune et la flore, mais aussi le bilan carbone global. Autant de questions auxquelles il a été difficile de répondre pour les maîtres d’ouvrages, les études hydrauliques, environnementales et le calcul du bilan carbone total n’étant pas terminé… De quoi lever, une vague de murmures et quelques cris de colère venant du fond de la salle témoignant d’une indignation collective que le président du débat a rapidement maîtrisée. « Le débat public et la concertation sont le début du processus et bien que les résultats des études en cours ne soient pas encore connus, ils le seront dans quelques semaines ».

Autre sujet sensible, difficilement oubliable ni évitable, les risques naturels et technologiques liés aux différentes composantes du projet ou à leur construction. Parmi les questions posées, quelques-unes, récurrentes, ont retenu l’attention des maîtres d’ouvrages. Les risques d’incendies des batteries au lithium, risque que l’un des membres de l’assemblée a qualifié « d’incontrôlable ». Un des représentants du producteur privé d’énergies renouvelables, NEOEN, partie prenante du projet, a rassuré le public autant que possible, en expliquant que l’installation avait été construite en prenant en compte ces risques effectivement non-négligeables. « Les batteries qui seraient installées sur le site sont les mêmes que celles présentes dans les smartphones et les voitures électriques » a-t-il précisé, « les batteries seront dans des conteneurs refroidis en temps réel et si un incendie se déclarait quand même, les conteneurs possèdent des vannes en haut et en bas pour noyer les batteries ». Il poursuit, « si départ de feu, il y avait, les batteries sont prévues pour empêcher que le feu se diffuse d’une batterie à l’autre ». De même pour le centre de données qui devrait être « une installation très surveillée avec un système de sécurité prévu pour anticiper les risques de toutes sortes ».


Beaucoup de questions, moins de réponses


Enfin, point clé de ce débat, l’avenir de la forêt et les éventuelles compensations liées au défrichement de plus de la moitié de la surface. Selon plusieurs intervenants, « la forêt est le cœur du métier des sylviculteurs et une solution particulièrement efficace au dérèglement climatique ». Une affirmation qui n’attendait pas de réponse et qui n’en a d’ailleurs pas eu.
Ensuite, l’interrogation sur l’utilisation d’un espace naturel plutôt qu’un espace artificiel. Les maîtres d’ouvrages ont répondu à cette question, qualifiée de « pertinente », en expliquant que « les espaces artificiels sont privilégiés, mais que la production d’énergie que permet notamment un site comme celui envisagé à Saucats, serait impossible sur un espace artificiel ». Pour ce qui est du défrichement des zones concernées, « celui-ci sera encadré par l’Etat, tout comme la compensation liée à ce défrichement ». Dans le public, des voix s’élèvent à nouveau : « Pour que le projet soit vraiment vertueux, il faut que la compensation aille au-delà de la législation ». Les maîtres d’ouvrages ont salué la remarque et précisé que « aucune décision n’est encore prise, mais que le reboisement est un sujet de réflexion pris au sérieux ».
Le président du débat a conclu cette longue soirée en annonçant la mise en ligne, d’ici quinze jours, des réponses aux questions laissées en suspens. « Il y a eu ce soir, certains points éclaircis, d’autres non… Mais malgré tout beaucoup de passion, d’enthousiasme et de courtoisie ! »

 

Pour connaître les dates des quatre prochains débats : https://www.debatpublic.fr/photovoltaique-horizeo

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