Le photographe Frank Horvat vient « déranger » Mérignac


© Frank Horvat. Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris.

Le photographe Frank Horvat vient « déranger » Mérignac

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Temps de lecture 3 min

Publication PUBLIÉ LE 09/04/2018 PAR Alix Fourcade

« Mon père est très attiré par les choses qui dérangent ». La fille de Frank Horvat, Filommetta, la quarantaine, est venue présenter l’exposition « Frank Horvat et ses contemporains », avec l’assistante du photographe, Léna, jeudi 5 avril, à la Vieille Église Saint-Vincent de Mérignac. Réputé pour ses photographies novatrices de mode en noir et blanc, dans les années 50, le photographe né en 1928 est aussi un amoureux du défaut, de l’asymétrie et de la couleur.

Vogue, Harper’s Bazaar, Elle… Frank Horvat a photographié nombre de mannequins pour les journaux de mode : son cliché le plus connu, qui représente une femme, cachée sous une grande écharpe et dont on aperçoit que les yeux rieurs, a d’ailleurs été réalisé en 1958 pour Jardin des modes. « Le comble, c’est qu’il le détestait », s’amuse Filommetta, qui aide aujourd’hui le nonagénaire à gérer sa collection. L’artiste préférait de loin le photoreportage, travailler avec des figures humaines loin des canons de beauté traditionnels, ou dans des paysages atypiques.

« À l’époque, il y avait énormément d’argent dans la mode. Je me souviens d’immenses plateaux, où l’on faisait venir des éléphants, mais aussi de conflits insupportables entre le rédacteur en chef, qui voulait absolument placer des produits, et mon père, qui n’en avait rien à faire », raconte la grande brune, qui a aussi été photographié par son père, tout comme son grand-frère, Michel. Détail amusant, « il choisissait ses mannequins à la voix », confie Filommetta.

« Détaler en courant une fois le cliché pris »

Marcello Mastroianni, Federico Fellini, ou encore Agnès Varda, ils figurent tous sur le même mur « des stars » qu’a photographiées Horvat, originaire d’Abbazia en Italie, une ville devenue croate depuis et renommée Opatija. « Il avait un sentiment de déracinement, sûrement lié à ses origines juives », analyse Filommetta devant le projet autour des arbres d’Horvat, qu’il est allé capturer dans plusieurs pays. Sur ses milliers de « Portraits d’arbre », souvent démunis de feuilles, pèse une certaine tristesse.

Fasciné par le New-York des années 80, Horvat s’y rend tous les ans pendant une dizaine d’années. Une femme naine qui sort d’un taxi, des ballons de toutes les couleurs qui contrastent avec la noirceur d’une rame de métro, ou encore deux femmes de dos qui regardent en direction des gratte-ciels, constituent autant de moments de vie que le timide est allé capter sauvagement avec son appareil, « en détalant en courant une fois le cliché pris ». Au début des années 90, il est l’un des premiers photographes à utiliser le numérique, ainsi que le logiciel de retouche Photoshop.

À côté de ses photographies, qui dominent le parcours de l’exposition, un espace est aussi consacré aux œuvres bohêmes, « plus poétiques », selon Filommetta, d’Édouard Boubat. Une fille aux cheveux blonds frisées nue, avec une légère trace de bronzage de maillot de bain sur le buste, ou encore un portrait de sa compagne Leila, au « sourire si particulier », ou de l’écrivaine Marguerite Yourcenar. Boubat s’attachait à créer de véritables liens humains avec ses modèles, contrairement à Horvat.

Cartier-Bresson, Willy Ronis et André Kertesz

Celui qui est considéré comme le père des photographes français au vingtième siècle, Henri Cartier-Bresson est aussi exposé. Retenons son amusant autoportrait à la tête de rideau : un rideau plié en boule en premier plan, qui vient s’ajuster parfaitement sur la tête d’un buste humain en second plan, dans « Livourne, Italie, 1933 ». « La particularité de Cartier-Bresson, au-delà de son sens parfait du cadre, est que l’on parvient à dater ses clichés suivant le graphisme de sa signature », remarque Filommetta. Quelques photographies de Sabine Weiss, Gilles Caron, Willy Ronis, ou encore André Kertesz, « un coup de foudre », viennent aussi élargir la collection.

Ouverte de 14 heures à 19 heures, et du mardi au dimanche, la Vieille Église Saint-Vincent propose des visites accompagnées, pour les personnes malvoyantes, le samedi 26 mai à 15 heures, et pour les familles, le samedi 9 juin, de 15 heures à 17 heures.

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