Eau et agricultures, quand l’agroécologie fait ses preuves


Le Forum Eau et Agricultures s'est tenu le 18 novembre à l'initiative de l'Agence de l'eau Adour Garonne avec un objectif: objectiver, partager et accélérer la transition agroécologique

Ouverture du Forum ''Eau et Agricultures des destins liés'' par le préfet coordinateur de bassin Etienne GuyotCapture d'écran Youtube Agence de l'Eau Adour Garonne

Ouverture du Forum ''Eau et Agricultures des destins liés'' par le préfet coordinateur de bassin Etienne Guyot

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Publication PUBLIÉ LE 25/11/2021 PAR Solène MÉRIC

Si les questions de la gestion quantitative et qualitative de l’eau ne se posent pas qu’à travers le prisme de l’agriculture et de l’agroalimentaire, il n’empêche que le secteur est un incontournable au regard de ces enjeux. Et inversement ; l’eau, en quantité et en qualité, est tout aussi indispensable à la pérennité du secteur. Une dépendance réciproque bien comprise par les acteurs de l’eau, de l’agriculture et plus globalement des territoires du bassin Adour Garonne. Ils sont en effet plus de 800 à avoir participé, en ligne ou en présentiel, au forum « Eau et agricultures » organisé par l’Agence de l’eau Adour Garonne mi novembre. Au cœur des sujets notamment : l’agroécologie et ses possibles. Étude scientifique à l’appui.

En organisant ce forum, la volonté, insiste Alain Rousset, président de l’Agence de l’eau Adour Garonne, était « d’objectiver et de partager ». Partager d’abord, un état des lieux, des besoins ou encore des initiatives diverses menées par des acteurs moteurs en matière de bonnes pratiques de préservation de l’eau. Objectiver aussi, en présentant largement les impacts réels et scientifiquement mesurés des pratiques agroécologiques sur les sols et donc sur le cycle de l’eau.

Il faut dire qu’au regard du contexte rappelé en introduction par le Préfet coordonnateur de bassin Etienne Guyot, reconnaissant volontiers les efforts déjà engagés par les acteurs agricoles, le temps n’est plus aux tergiversations. « Le débit des cours d’eau va diminuer de 20 à 40 % d’ici les 30 prochaines années et le soutien d’étiage sera plus précoce et plus sévère », prévient-il avant d’ajouter « sans stigmatiser aucunement », que la transition agricole est « aussi une pierre angulaire sur la reconquête de la qualité de l’eau. Le Bassin compte 390 captages dégradés par des pollutions diverses dont les nitrates ».

59 exploitations agricoles analysées
Dans ce cadre, et avec objectif,« l’accélération de la transition agricole », rappelle Guillaume Choisy, Directeur général de l’Agence de l’eau Adour Garonne, le forum a donné l’occasion de présenter le projet Bag’ages. Mené par l’Inrae depuis 2016, à la demande de l’Agence de l’Eau, ce projet visait à déterminer si les pratiques agroécologiques peuvent permettre de mieux gérer les flux et la qualité de l’eau, avec une rentabilité économique comparable, voire meilleure, à celle obtenue avec des pratiques conventionnelles. Pour ce faire, l’Inrae et ses partenaires ont durant 5 ans, étudiés 17 sites expérimentaux dont 12 parcelles d’agriculteurs et 59 exploitations agricoles analysées sur les performances technico-économiques.

Une opération dans le temps qui a bel et bien permis de mettre en avant un apport certains de différents leviers agroécologiques tels que la réduction des intrants de synthèse, la limitation du travail du sol, les rotations longues et diversifiées, l’insertion de couverts végétaux ou encore l’agroforesterie. Le tout, note Lionel Alletto, directeur de recherche à l’INRAE, chargé du projet, « en permettant de maintenir voire d’améliorer la performance économique des exploitations agricoles ».

Une plus grande disponibilité en eau

Si ces leviers peuvent contribuer à restaurer les fonctions écosystémiques vertueuses des sols, le chercheur précise tout de même que les résultats obtenus peuvent varier d’un sol à l’autre, au regard de leur structuration initiale. En synthèse, plus on part de loin, plus l’amélioration sera mesurable. Autre point que Lionel Alletto souligne en début d’intervention : « les agriculteurs que nous avons observés mettent en œuvre ces pratiques depuis 10, 15 voire 20 ans ». En d’autres termes, c’est bien sur des échelles de temps moyennes à longues que les effets bénéfiques de ces pratiques se mesurent de manière sensible. Autre point important, une formation technique indispensable. Deux raisons supplémentaires sans doute, d’accélérer le mouvement de la transition.

Parmi les constats dressés par les équipes de Lionel Alletto, apparaît d’abord, une meilleure résilience (moins de pertes de rendement) des cultures pluviales grâce à une meilleure dynamique de l’eau dans les sols. Les pratiques agroécologiques permettent une meilleure rétention de l’eau dans les sols. « Sur certains systèmes agroécologiques, la combinaison couverture végétale maximale et diversifiée des sols ajoutée à arrêt du travail du sol a permis d’accroître les capacités de rétention (réservoir utilisable) de l’ordre de 10 à 15%, comparativement à des sols régulièrement travaillés par un labour ». Conséquence de ce meilleur stockage de l’eau dans les sols : « une plus grande disponibilité en eau pour les plantes en période de sécheresse, les sols restituant mieux l’eau sur la durée ».

Et le constat se fait aussi sur les cultures irriguées. Tout en maintenant le rendement, le projet Bag’ages constate ici une économie d’eau d’irrigation : « L’ordre de grandeur est d’environ 20% d’économie d’eau du fait d’un plus grand réservoir et de son meilleur remplissage. Ce dernier point laisse espérer, en complément du levier lié à la diversification des cultures, une pression plus faible sur la ressource en eau en été », note le chercheur.

Lionel Alletto, directeur de recherches à l'Inrae a présenté les conclusions du projet Bag'agesCapture d'écran Youtube Agence de l'Eau Adour Garonne

Lionel Alletto, directeur de recherches à l’Inrae a présenté les conclusions du projet Bag’ages

Plus de biodiversité, moins de carbone dans l’air
Autre point qu’il souligne, ces pratiques agroécologiques, et particulièrement l’absence de travail profond du sol, augmentent « la diversité et l’abondance des populations de mycorhizes. Ces associations entre champignons microscopiques et racines des plantes permettent une meilleure exploration des racines et donc une meilleure alimentation en eau et en éléments minéraux des plantes, et par là une meilleure résistance de ces plantes au stress hydrique ».

Enfin, les conséquences se mesurent évidemment en termes de qualité de l’eau par le moindre recours aux intrants. « Ces pratiques qui ont moins d’impact sur la qualité de l’eau permettent aussi d’aller globalement dans le bon sens en ce qui concerne la capacité de dégradation d’un certain nombre de produits phytosanitaires dans le sol ». Enfin, non travail du sol et couverts végétaux, permettent quant à eux, un meilleur stockage de carbone dans les sols… intéressant en période de réchauffement climatique.

Au-delà des systèmes agricoles, les services de l’agroécologique s’étendent donc bel et bien à la société dans son entier. En effet, outre une logique contribution à la préservation de la biodiversité ou un gain en fertilité des sols, ces pratiques moins contraignantes sur l’environnement dans sa globalité permettent une baisse des coûts liés aux traitements de l’eau potable, ainsi que de diminuer les risques de crues ou coulées de boues notamment.

Accompagner les risques de la transition
Pour autant, si l’avantage de ce projet scientifiques est bien d’apporter des chiffres et des réalités objectives face parfois à des craintes et des doutes des professionnels, il n’empêche, et c’est aussi ce qui est ressorti de cette journée de colloque, que le monde agricole, attend des outils d’accompagnements techniques et financiers à la hauteur des efforts, voire des risques, pris à basculer leurs exploitations vers un modèle agroécologique. Une attente aussi sur la traduction de ces efforts en termes de prix consommateurs par exemple… Des inquiétudes bien entendues par les élus et acteurs publics qui évoquent d’ores et déjà plusieurs pistes pour y répondre. Ils citent par exemple  des fonds de garantie, le développement de contrats de paiement pour service rendu, un « écoscore » côté prix consommateurs, etc.

Afin de concrétiser les différents élans et nombreuses bonnes intentions entendues tant par les acteurs agricoles et agroalimentaire que par les acteurs de terrain, les élus et les représentants des services de l’Etat, un appel à manifestation d’intérêt va être lancé à compter du 1er décembre par l’Agence de l’eau dans le but de dresser un panorama des engagements pris par les acteurs des filières pour une agriculture résiliente sur les zones les plus vulnérables. Une charte d’engagement viendra ensuite concrétiser l’ensemble de cette démarche positive, le 22 mars 2022, à l’occasion du prochain comité de bassin.


La rediffusion de l’intégralité du forum est à retrouver sur le site de l’Agence de l’eau Adour Garonne

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