Changement climatique: demain des oliviers en vallée de Garonne?


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Changement climatique: demain des oliviers en vallée de Garonne?

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Temps de lecture 4 min

Publication PUBLIÉ LE 20/03/2007 PAR Gilbert Garrouty

« Je ne croyais pas si bien dire dans les années 1988-89, affirme à Agen Jean-François Berthoumieu, directeur de l’ACMG (Association Climatologique de la Moyenne Garonne) lorsque j’interrogeais: « à quand les oliviers dans la vallée de la Garonne? ». Je regrette personnellement de ne pas en avoir planté. Ils seraient aujourd’hui en production! Depuis 1990, il n’y a pas eu de conditions suffisamment froides pour empêcher leur floraison, et si j’avais des sous, j’en planterais maintenant! Nous connaissons ici désormais les mêmes conditions que dans le régions italiennes de la Toscane ou de l’Ombrie ».

Cycle naturel et effet de serre

Jean-François Berthoumieu, docteur en mécanique des fluides, et auteur d’une thèse sur la convection naturelle de l’énergie solaire, est un fin observateur du climat; il participe régulièrement dans le monde aux colloques concernant la modification du temps et la lutte contre la grêle. Pour lui, il est évident que l’on se trouve en présence d’un réchauffement climatique, mais il n’en attribue pas la responsabilité uniquement à la société développée. « Nous avons connu dans l’histoire des cycles naturels de réchauffement ou de refroidissement. Le Groenland que nous voulons conserver sous la glace, comme l’indique son nom, était vert. Nous avons connu des réchauffements sous l’empire romain, au 4e siècle, pendant la guerre de Cent ans. Cependant au cours de ces périodes, il n’y avait pas autant de rejets de gaz à effet de serre, de sorte que le mouvement naturel que nous subissons aujourd’hui est accentué par ces gaz qui accélèrent le réchauffement. Il y a toujours eu des cycles naturels liés aux courants marins« . « Les pessimistes, poursuit J-F Berthoumieu, affirment que la température de la planète va monter, puis descendre brusquement. Mais ce n’est pas ce qui se passe actuellement. Je ne crois pas au processus de glaciation rapide, même si un jour le Gulf Stream ne réchauffe pas autant. Pour la partie du continent où nous nous trouvons, les vents soufflent trop de l’Ouest. Nous disposons de l’exemple de Vancouver , ville située au nord ,qui bénéficie d’une température clémente ».

Toujours des gelées de printemps

Dans les régions du sud-ouest de la France, le réchauffement climatique ne présente cependant même pas l’avantage de gommer « les retours de manivelles » du thermomètre, et on le constate encore ces jours-ci. A l’ACMG, on observe les caprices du temps depuis une cinquantaine d’années, en particulier l’évolution des risques de gel de printemps dont l’incidence, comme on le sait, est catastrophique pour les vergers et les vignes. « L’occurrence des gels de printemps entre -0,2 et -3 degrés, observe le directeur de l’ACMG, a été réduite fortement. En revanche la possibilité de gelées en mars et avril entre -5 et -8 n’a pas bougé« . Autrement dit, des gelées moins fréquentes, mais toujours le risque de fortes gelées. »Les descentes froides sont toujours probables, mais le fait qu’elles ne soient pas fréquentes fait que l’on s’endort face à ce risque ».

De l’eau pour refroidir

Jean-François Berthoumieu mise avant tout sur le génie de l’homme et de la science ; il considère qu’il est temps de songer à s’adapter à ce changement climatique « car il faut s’attendre à des journées de très forte chaleur« . Selon lui, il faut dès maintenant prévoir la possibilité d’utiliser l’eau en tant qu’ élément climatiseur, notamment par évaporation, celle-ci faisant baisser la température. Il conviendrait, selon lui, de prévoir des systèmes de stockage de l’eau « pour refroidir les villes« , soit par des retenues, soit par l’utilisation des nappes phréatiques. Cette voie intéresse dans certains pays comme le Portugal et l’Australie où Jean-François Berthoumieu a été amené à exposer sa théorie.

Du Bordeaux à Poitiers?

En tout cas la recherche est mobilisée pour répondre à ce défi du changement climatique. Ainsi, lors d’un colloque sur ce thème en marge du dernier Salon International de l’Agriculture, Bernard Seguin (Unité Agroclim de l’INRA d’Avignon), abordait la question du déplacement des aires de production agricole. « Il n’apparaît pas encore de signe tangible de déplacement des systèmes de production, et pourtant le réchauffrement équivaut, sur le siècle, à un déplacement vers le Nord, de 180 km, et en altitude, 150 mètres ».  » On peut donc envisager, ajoute-t-il, l’éventualité de voir repoussées les frontières nord de certaines cultures (maïs grain et vigne), la remontée vers le nord ou en altitude, du tournesol et du sorgho, l’introduction de nouvelles cultures jusque là réservées aux pays chauds ». Bernard Seguin remarque aussi que la diminution de la pluviométrie estivale autour du Bassin Méditerranéen (-20 à – 30%) « si elle se confirme dans le futur, pourrait entraîner l’abandon de l’agriculture dans certaines zones traditionnelles de culture en sec et une tension accrue sur l’utilisation de l’eau au détriment de l’irrigation ». De son côté, Denis Loustau, de l’INRA Bordeaux Aquitaine, qui a étudié les incidences du changement climatique sur la forêt française, prévoit des effets plutôt positifs pour les deux ou trois prochaines décennies, « avant de s’inverser au milieu du siècle, voire avant, et amener une réduction des potentialités forestières en France, tout particulièrement dans les plaines du Centre, de l’Ouest, et du Sud ». C’est en premier lieu la forêt de pins maritimes de l’est du Massif Landais, les hêtraies du Sud et de l’Ouest de la France qui seraient exposées aux sècheresses. Du même coup le pin maritime et le chêne vert pourraient s’implanter plus au nord. « Le changement climatique en cours , contrairement à ceux observés dans le passé, est brutal, estime Denis Loustau. Il intervient trop rapidement pour permettre une adaptation naturelles des forêts ».

Gilbert Garrouty

Notre photo: Jean-François Berthoumieu: « ‘adapter au changement climatique » (Ph Aqui)

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