Entre Cenon et Bordeaux, le marché de retour en ville


RB

Entre Cenon et Bordeaux, le marché de retour en ville

Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Temps de lecture 4 min

Publication PUBLIÉ LE 13/05/2020 PAR Romain Béteille

Certains diraient “en douceur”, d’autres “timide”. Ce mercredi 13 mai, de nombreux marchés ont repris en Gironde comme partout ailleurs, dans des conditions particulières : barriérage, espacement des commerçants, distanciation… À Bordeaux, la pluie n’aide pas non plus l’affluence. Vers 9h, le petit marché du quartier de Saint-Augustin ne fait pas vraiment carton plein. Lionel Kabous, qui fait partie du réseau du Pain des Compagnons, termine sa pause clope en surveillant les clients qui voudraient lui acheter du pain ou des pâtisseries. Pour lui, c’est le premier jour de reprise à Bordeaux. Habituellement, Lionel fait six marchés dans la semaine. Aujourd’hui, il navigue entre la réouverture de Martignas et celle de Saint-Aubin, le vendredi matin. “Ca aide à limiter la casse. On a eu des aides tous les mois, environ 1500 euros. Ça nous a permis de tenir le coup jusque-là. On a testé le drive pendant deux semaines, mais ça n’a pas trop marché”. Six mois de présence, ça ne constitue pas vraiment un carnet d’adresse pour Lionel, travailleur indépendant, qui dit avoir subi environ 60% de baisse de son chiffre d’affaires habituel en avril.  “Aujourd’hui, on vient avec moins de marchandises, ce qui nous fait moins de frais. Nos charges sont aussi gelées, mais on se demande comment on va faire pour la suite. Le plus compliqué, ce n’est pas vraiment le confinement, c’est plutôt l’après. Heureusement, en tant qu’indépendants, on avait un peu de trésorerie d’avant. En se serrant un peu la ceinture, on s’en sort”. Les gens, il l’admet, son “encore frileux. On espère qu’on va se relancer petit à petit”.

Réguliers et nouveaux venus

Une heure plus tard dans la matinée, le marché de la place François Mitterrand, à Cenon, à réouvert dans des conditions particulières. Tout autour de la place, les barrières sont là pour dire qu’on ne peut pas rentrer n’importe où. À l’entrée, des responsables et agents municipaux sont là pour diriger le sens de circulation, inciter les gens à utiliser les distributeurs de gel hydroalcoolique et aiguiller les quelques âmes, un peu perdues, qui chercheraient la sortie. Jean-Marc Simounet, adjoint au maire en charge du développement économique, est sur le pont depuis ce matin. “C’était la volonté du maire de rouvrir ce marché, les commerçants étaient en attente”, confirme-t-il au moment où de nouveaux clients rentrent à l’intérieur du “sas”, pour lequel la vigilance est de mise. “On a décidé de réserver cette réouverture aux abonnés alimentaires, autrement dit aux réguliers qui viennent d’habitude tous les mercredis. On n’a aucun stand de tissu, aucun vêtement, et les consignes sont strictes pour maîtriser les flux : un barriérage, entrée et sortie uniques et une régulation du nombre de personnes à l’intérieur de la zone”. La consigne de la mairie est claire : pas plus de 200 personnes dans le périmètre. Morgane est dans le lot. Masque sur le nez, sac à la main, elle n’a pas beaucoup changé ses habitudes, même si le marché des Capucins a aidé à les maintenir. “Globalement, c’est un peu moins cher, même si ce matin c’est un peu vide, c’est bien de voir des producteurs locaux. Je m’en sors, j’ai ce qu’il faut pour la semaine”. Dans son sac en toile, salade, pommes et tomates essaient de se faire une place. Chez les vendeurs de légumes, l’affluence ne désemplit pas.

“Ca travaillotte un peu”

Pour les vendeurs de fruits de mer et de poissons, en revanche, c’est un peu plus compliqué. Jean-Michel Ruidavets reprend officiellement ce mercredi, au rythme de quatre marchés par semaine (Cenon, Saint-Astier, Bazas et Bordeaux). Comment a-t-il vécu les deux derniers mois ? Sa réponse est limpide : “très mal. Notre patron a réussi à payer nos sept salaires, mais si on avait vécu ça un mois de plus, on était mort, on perdait la boutique”. Sur le stand, approvisionné directement à la criée, le chaland ne se bouscule pas. “C’est très mou ce matin. Les gens ont peut-être peur, je sais pas… en tout cas c’est pas comme d’habitude”. Gants, barrières, gel, tout est pourtant là, même l’odeur insistante. Les quelques drives  (à La Teste et Arcachon) n’ont pas vraiment permis de faire la différence, et les prix ont logiquement gonflé, comme partout. 4,99 euros le kilo de pommes de terre, 2,20 euros pour les citrons, 2,50 euros pour les pommes… La reprise est timide, même si le retour du beau temps, prévu pour ce week-end, laisse Jean-Michel espérer. Didier Corne, qui vend les produits issus de producteurs de fromage de la vallée d’Ossau sur un tout petit stand, juse à côté de l’entrée, est plus optimiste. “Malgré le temps, on peut dire que c’est plutôt bien organisé”. Habitué du marché du Bouscat et partisan de ceux des Landes, Dudier a “un peu travaillé”, durant le confinement.

“On n’a pas fait le chiffre habituel, mais on a pu se maintenir un peu. L’attrait pour le local a beaucoup fonctionné, même sur les petits marchés, les gens se sont mis à cuisiner et à manger différemment, pour moi ça a compensé le manque à gagner, même si je pense être une exception. Aujourd’hui, je ne m’attendais pas à un très gros marché avec le temps. Ça travaillotte un peu mais les gens sont contents de nous revoir, ils viennent parler, ça leur fait plaisir”. La reprise, pout tout le monde, n’a pas vraiment de visage. Sauf, peut-être, celui de l’incertitude. Pas de poulet pour une cliente. Une deuxième, aide à domicile, s’en sort bien avec une dose généreuse de coriandre. “Globalement, c’est moins cher ici qu’en supermarché. Par contre, côté distanciation, je n’ai pas l’impression que ce soit trop respecté…”. Tâtonnants, les marchés ? Oui, d’autant que les nouvelles habitudes de consommation ont rendu la concurrence plus rude encore : selon le groupe Nielsen, les ventes en ligne représentent “environ 10% du marché des produits de grande consommation”, contre moins de 6% en 2019. Grâce aux drives, le France demeure championne de l’alimentaire online en Europe. Le premier week-end de déconfinement, à la météo clémente, devrait permettre d’y voir plus clair pour les commerçants locaux.

Partagez l'article !
Copier le lien Partager sur FaceBook Partager sur Twitter Partager sur Linkedin Imprimer
Laissez vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

On en parle ! Gironde À lire ! SOCIÉTÉ > Nos derniers articles