Jean Marie Charon : Les réseaux sociaux révolutionnent la conception de l’information


Claude Hélène Yvard
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Publication PUBLIÉ LE 12/03/2016 PAR Claude-Hélène Yvard

@qui ! — Avec l’émergence de nouveaux médias sur le web, comme Les jours, Contexte, le Quatre heure, peut -on dire qu’enfin la presse en ligne a trouvé son modèle économique .
Jean-Marie Charon— On ne peut pas parler de modèle économique unique. Ce qui est frappant et nouveau, ce que montre d’ailleurs le bilan social que j’ai présenté lors de ces Assises, c’est que pour la première fois, deux médias en ligne généralistes s’en sortent bien. Le premier, c’est Médiapart. Depuis sa création en 2008, il a fait le choix du tout payant. Aujourd’hui, c’est un média rentable qui emploie 39 journalistes contre une vingtaine au départ. Le deuxième, c’est le Huffington post lancé en janvier 2012. Le modèle est tout à fait à différent. Il a fait le choix du tout gratuit avec de l’information participative très importante. D’un côté, il y a le travail de la rédaction, et de l’autre, il y a des appels à de nombreuses collaborations extérieures ou personnes ressources. A ses débuts, le Huffington post employait 8 journalistes, ils sont 27 aujourd’hui avec un équilibre financier cette année. Même s’il est indépendant d’un point de vue éditorial, il a la particularité de s’appuyer sur un groupe américain qui apporte un vrai savoir-faire. Le point commun de ces deux médias, ce sont des orientations éditoriales précises et cadrées qui se traduisent jusque dans la forme de management des équipes. Par contre, il y a des expériences décevantes. C’est le cas de Rue89, racheté par le groupe du Nouvel Observateur. Ce média a fait le choix de la gratuité. L’équipe de rédaction est composée de 17 journalistes et devrait tomber à une dizaine. On assiste par ailleurs à l’émergence de nouveaux médias sur le web. On a des sites d’information en ligne qui voient leur équipe de rédaction progresser : slate.fr, atlantico. En région, on rencontre pas mal d’échecs : Dijonscope, Carré d’info. La formule payante n’est pas aisée à mettre en place. Par contre, je signalerai une initiative récente  remarquable: celle de Normandie actu, lancée par le groupe Publihebdos. Particularité : elle s’appuie sur des supports numériques et des gratuits de ville : c’est une recherche de puissance en termes d’audience. Un des atouts du projet est d’avoir en face, un quotidien régional, Paris Normandie, en perte de vitesse. Le groupe a eu la bonne idée de créer une vraie marque indépendante, ce qui lui permet d’avoir une approche éditoriale différente.

 @qui ! — Les réseaux sociaux, facebook notamment, sont de plus en plus le point de passage du citoyen qui veut s’informer. Comment faire pour que la valeur des contenus produits par des journalistes sur un site comme aqui.fr, qui permet à facebook d’augmenter ses chiffres, n’échappe pas totalement à l’éditeur ?
Jean-Marie Charon—  I
l y a  en effet une part  importante  de gens qui vont chercher l’information via les réseaux sociaux. Les plus jeunes ont cette pratique. Aux Etats Unis, les Américains sont 63 % à passer par les moteurs de recherche ou les réseaux sociaux pour chercher l’information. Cela révolutionne totalement la conception éditoriale.  Les personnes viennent sur les sites d’information, non pas par les “home page”. Ellles n’ont  pas la vision du site telle que l’éditeur l’a imaginé, avec les rubriques, la hierarchisation, la structuration. Ce qui devient central dans la recherche d’information, c’est cette espèce d’unité qu’est l’article. Il faut que l’on intègre d’avantage les réseaux sociaux dans l’éducation aux médias. Pour les éditeurs, c’est une vraie révolution. Cela va les contraindre à imaginer autrement l’organisation de l’information, par des liens, notamment, et non pas uniquement  par la recommandation d’un article via tel ou tel réseau social. Les éditeurs doivent imaginer une nouvelle stratégie. Le but est de faire en sorte que le lecteur va rester, circuler sur le site, qu’il aille plus en profondeur dans les contenus. Imaginer autrement l’organisation de l’information, est l’un des principaux enjeux. Les journalistes doivent aussi être plus présents sur les réseaux sociaux. Il y a la necessité de s’y faire reconnaître et donc de susciter la recommandation. Cela implique pour les rédactions de s’adapter et d’acquérir de nouvelles compétences et de nouvelles pratiques. Elles ne sont pas évidentes lorsque les équipes sont petites.  

@qui ! — Sur l’information locale en ligne, pensez vous que des expériences de retour au payant, comme celle d’aqui.fr avec son édition sur la métropole bordelaise, peuvent aboutir ?
Jean-Marie Charon—  C
omme souvent sur le numérique actuellement, on fait les choses, on expérimente, parce qu’on n’a pas beaucoup de recul, surtout en région. C’est une option à laquelle je crois beaucoup. C’est un discours que je n’ai pas cessé de tenir auprès des quotidiens régionaux, notamment, en leur disant qu’ils avaient un enjeu qu’ils avaient tendance à délaisser. Le fait qu’il y ait une grande métropole implique de repenser la locale. Les manières de penser qu’ont les gens ne sont pas les mêmes qu’en zone plus rurale ou dans les petites villes. Il y a de nouvelles thématiques et de modes de relations à trouver et approfondir. Travailler en zone métropolitaine, c’est identifier des publics qui constituent des communautés différentes. Comment s’adresse t-on à elles ? Dans quelles mesures peuvent elles acccompagner l’éditeur, suggérer des thématiques à traiter.  Il faut bien sûr imaginer des partenariats. Sur un modèle payant, il faut être aussi capable d’imaginer des contenus plus construits, plus enrichis,  à haute valeur ajoutée. On est  encore dans l’expérimentation,  afin de trouver ce qui peut fonctionner, pour parvenir à un réel équilibre économique. 

Les deux enjeux principaux sont d’identifier les publics avec lesquels on peut travailler, trouver les sujets qui les sensibilisent. Du fait souvent de la petite taille des équipes rédactionnelles, le deuxième enjeu est de parvenir à une co-construction de l’information. De véritables coproductions entre les journalistes et des personnes ressources extérieures doivent émerger. 

 Lire aussi l’interview de Jean Marie Charon en septembre

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