Enseignement de l’occitan, un état des lieux inquiétant


Marianne Chenou
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Publication PUBLIÉ LE 14/03/2019 PAR Marianne Chenou

En introduction, Charline Claveau Abbadie, conseillère régionale déléguée aux langues et cultures régionales, a souhaité apporter son soutien aux défenseurs de la langue et professeurs d’occitan dans l’assistance. « Il faut un statut plus attractif pour les langues régionales dans cette réforme du lycée. Au moins, leur attribuer un statut équivalent à celui des langues antiques ». Guy Latry et Jean-Francis Billon sont ensuite intervenus pour rendre hommage à Bernard Lesfargues, grand auteur et traducteur occitan. La librairie itinérante L’hirondelle était également présente pour proposer des livres en langue occitane, des créations originales aux célèbres traductions d’Astérix, Titeuf et du Petit Nicolas.

Cette journée, organisée par Marie-Anne Châteaureynaud et Katy Bernard, enseignantes universitaires d’occitan, visait ainsi à discuter des moyens à l’œuvre pour promouvoir la langue occitane et son enseignement. Ainsi, Jacques Gourc, professeur à l’université Jean Jaurès Toulouse 2, a proposé un atelier sur la diffusion de la poésie en classe d’occitan. Autre atelier, celui de la doctorante en littérature médiévale occitane Marine Mazars, également venue de Toulouse. Autour de nombreux professeurs du département, elle a tenté de présenter un état des lieux de l’enseignement de l’occitan en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. Un travail rendu complexe par le peu de données publiées à ce sujet, les derniers chiffres datant de 2015.

Colloque occitan

Un enseignement qui se développe lentement en Nouvelle-Aquitaine

À la rentrée 2018, on comptait 37 cursus bilingues au sein de l’académie de Bordeaux, c’est-à-dire des écoles maternelles et primaires dans lesquelles 50 % de l’enseignement est effectué en occitan. Mais les départements font tout de même face à de fortes disparités : la moitié des écoles bilingues français-occitan sont situées dans le département des Pyrénées-Atlantiques. En Gironde, la situation demeure complexe. Seules 3 écoles bilingues existent dans le département : Cussac-Fort-Médoc, Le Bouscat et Langon. Langon reste le plus grand site régional, avec une continuité école, collège et lycée bien installée, ce qui n’est pas le cas partout.

L’académie de Limoges ne bénéficie que de peu de structures d’enseignement de l’occitan. Selon l’état des lieux présenté par Marine Mazars, on dénombre un collège et un lycée proposant l’occitan à Tulle, en Corrèze, ainsi qu’un projet d’école bilingue à Brive-la-Gaillarde. Mais pour le moment, rien n’est concrétisé. « C’est une chose de faire des textes, une autre de les appliquer », argumente Marine Mazars, avec l’acquiescement des autres professeurs de l’assistance.

En Nouvelle-Aquitaine, le département dans lequel la langue est la plus pratiquée est la Dordogne. Il est entre autres enseigné au collège Aliénor d’Aquitaine, à Brantôme-en-Périgord. Alban Garros, professeur d’histoire-géographie, va y créer à la rentrée prochaine une section discipline non-linguistique (DNL) : « Les élèves qui choisiront la DNL auront leurs 3 heures d’histoire-géographie intégralement en occitan ». La section ouvrira seulement en 6e à la rentrée 2019, puis chaque année, elle s’étendra à la classe supérieure.

L’occitan, la victime de la réforme du lycée ?

Comment maintenir un enseignement de l’occitan accessible au plus grand nombre et en assurer la continuité ? Voilà les enjeux auxquels font face les enseignants d’occitan, de la maternelle au lycée. Ce problème n’est pas nouveau. Mais la réforme du lycée pourrait bien porter un coup de grâce à l’enseignement de l’occitan. Actuellement, les élèves peuvent passer l’occitan en LV2, en LV3, ou en option, selon leurs séries et leur bac, même si l’enseignement n’est pas proposé dans leur établissement. Lorsque l’option est facultative, seuls les points au-dessus de la moyenne sont comptabilisés, et l’option est ainsi toujours bonifiante pour les élèves.

Avec la réforme du baccalauréat prévue par Jean-Michel Blanquer, la possibilité de prendre l’occitan en LV3 sera supprimée, et l’évaluation de l’occitan en tant que LV2 sera uniquement en contrôle continu. Cela a de graves conséquences sur les établissements. En effet, ils seront responsables de l’évaluation de la matière. Or, cela signifie que sans enseignement LV2 proposé dans un établissement, les élèves ne pourront pas prendre l’occitan en deuxième langue. Sur l’académie de Toulouse, seuls deux lycées proposeraient une LV2 occitan en l’état actuel de la réforme, l’un dans l’Aveyron, l’autre dans le Gers.

Cela ne concerne en réalité qu’une minorité d’élèves, puisque la majeure partie des candidats à l’épreuve d’occitan privilégie l’option facultative et ses points bonus. Et là non plus, les conséquences de la réforme ne réjouissent pas les enseignants : l’enseignement optionnel sera évalué en contrôle continu également et représentera 0,7 % de la note finale du baccalauréat. Il sera impossible de prendre une seconde option, contrairement aux élèves qui choisiront en option une langue antique (latin ou grec ancien).

Les professeurs dénoncent ainsi une mise en concurrence illégitime de la langue régionale avec d’autres options et avec les langues vivantes, souvent priorisées par les élèves dans un but professionnel.  Le corps enseignant demande désormais un statut au moins équivalent à celui des langues antiques, c’est-à-dire la possibilité pour les élèves de cumuler l’occitan avec une deuxième option, comme c’est le cas actuellement.

La présence universitaire en croissance

Dans l’académie de Bordeaux, les enseignements universitaires se développent. Il y a désormais à l’université Bordeaux Montaigne un diplôme d’université d’occitan. Cette formation de 134 heures de cours permet d’apprendre à la fois la langue mais aussi la culture et le patrimoine occitans.

À l’école supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) d’Aquitaine, un master de professeur des écoles mention occitan existe également. Pour le moment, seuls deux étudiants sont inscrits au sein de la formation pour devenir professeur des écoles bilingue français-occitan. « Le problème est celui de la localisation. Il y a 5 sites dans toute l’académie, c’est compliqué de réunir nos étudiants, il faut faire des cours en visioconférence, ce n’est pas toujours l’idéal », précise Marie-Anne Châteaureynaud.

En Limousin, face au manque d’offres, les étudiants sont obligés de se tourner vers Toulouse pour une licence spécialisée : « Nous essayons d’inciter les étudiants du Limousin à garder leur dialecte. Mais le parler toulousain finit toujours un peu par les imprégner. Avec un développement de l’enseignement universitaire en Limousin, on conserverait mieux le dialecte », avance Marine Mazars. Pour le professorat, les Limousins rejoignent également l’ESPE de Périgueux, faute de structure adaptée dans leur académie d’origine.

Pour les adultes, des initiatives locales voient le jour, et sont sources d’inspirations pour le corps enseignant. Dans le Tarn, sont désormais proposées des formations aux EHPAD et infirmières car souvent, des personnes âgées reviennent à leur langue maternelle, l’occitan. Fréquent dans les cas d’Alzheimer, ce retour à l’occitan complique parfois la communication avec le personnel soignant. Ainsi, le département a réalisé un petit livret avec les rudiments de base, pour sensibiliser les adultes à la langue et peut-être développer l’enseignement aux générations futures.


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