Delphine Labails, maire de Périgueux “Nous avons des choses à construire avec Bordeaux, Limoges et Poitiers”


Claude-Hélène Yvard
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Publication PUBLIÉ LE 02/10/2020 PAR Claude-Hélène Yvard

@qui.fr : Quelles sont vos impressions à la fois sur un plan personnel et sur le travail engagé pour la ville de Périgueux à l’issue des 100 jours de votre prise de fonction ?
Delphine Labails, maire de Périgueux
: Je suis sereine. L’équipe qui m’entoure avait bien préparé les choses. Je n’ai pas eu de temps de latence. Nous avions préparé dès la campagne un programme d’actions pour l’été, puis pour les six premiers mois pour les dossiers que je souhaitais lancer en priorité. Nous sommes dans le calendrier prévu, notamment dans la mise en œuvre des dix premières mesures. Par exemple, nous venons de lancer le plan de végétalisation, nous avons instauré le stationnement réglementé gratuit pendant trois heures. Cette mesure a vocation à relancer l’activité économique et commerciale. Notre équipe de direction va être complétée dans les jours à venir avec l’arrivée d’un nouveau directeur général des services. Nous recrutons au 1er décembre un directeur général adjoint. Ce poste avait été supprimé par l’équipe précédente. Je le considère indispensable pour un bon fonctionnement dans une municipalité qui compte 570 agents et qui gère un budget de 43 millions d’euros de fonctionnement. Sur un plan plus personnel, j’ai été étonnée de la facilité avec laquelle je me suis glissée dans la fonction. Devenir maire est issu d’une longue réflexion, d’une longue maturation à la fois du projet municipal, mais aussi sur la manière de vivre la fonction. Indéniablement, l’expérience de première adjointe (sous le mandat de Michel Moyrand 2008-2014) m’a permis de bien connaître l’ensemble des services. Sous le mandat précédent, la fonction de cheffe de file de l’opposition donne une autre dimension. Elle permet de faire vivre le politique. Ces deux expériences complémentaires m’ont permis d’entrer très facilement dans la fonction. Être maire de Périgueux aujourd’hui est l’aboutissement d’un parcours politique et personnel.

@qui.fr : Vous venez de soulever la problématique du commerce, quelles mesures envisagez-vous pour éviter les déserts commerciaux semblables à beaucoup de villes moyennes comme Périgueux ?
Delphine Labails :  L’exemple de la rue Taillefer, rue très commerçnte du coeur de ville,  vidée des ses enseignes, au fil des mois, nous oblige à agir vite. Les nouvelles modalités de stationnement constituent une première mesure. Nous en avons prévu trois autres : l’augmentation de manière significative de la taxe sur les locaux commerciaux vacants (elle vient d’être votée au Grand Périgueux), le recrutement d’un manager de centre ville dont il faut redéfinir le profil de poste est en cours, la mise en place d’une foncière commerciale est sur les rails avec nos partenaires que sont le conseil départemental et l’agglomération.

@qui.fr : Périgueux demeure-t-elle une ville attractive ? Quelle place occupe-t-elle par rapport au Grand Périgueux et à l’ensemble du département de la Dordogne ?
Delphine Labails : Périgueux demeure attractive, avec une population stable. Bon nombre de communes de cette strate voient leur nombre d’habitants diminuer. Chaque mois, dix à quinze personnes contactent nos services pour reprendre ou créer une entreprise. La place de Périgueux au sein de son agglomération doit être équilibrée. Périgueux a besoin de son agglomération. En premier lieu car elle a un tout petit territoire (environ 900 hectares). Le Grand Périgueux a besoin d’une ville centre dynamique. Il y a un équilibre à trouver. Pour rendre ce lien plus vivant, je souhaite que l’on puisse avoir des collaborations directes de la ville centre avec les autres communes de l’agglomération, y compris les plus éloignées. On peut citer en exemple le Salon de la Bande dessinée de Bassillac : deux expositions ont été proposées sur Périgueux, une à l’Agence culturelle, une autre aux Archives et le BD concert a eu eu lieu au Palace. La ville centre doit être au service des projets des autres communes qui composent l’agglomération. Nous avons à construire ensemble des parcours. Nous avons envie de nous inscrire dans une dynamique de rayonnement qui part de la ville centre pour aller vers les autres localités et vice et versa. Au sein du territoire communautaire, il y a un schéma de mutualisation à construire. Avec l’arrivée des nouvelles équipes, la méthode de travail est renouvelée, par des rencontres fréquentes, des mises à plat, des échanges. Périgueux, c’est la préfecture du département, avec une position géographique idéale étant au coeur de la Dordogne. Elle a son rôle à jouer en termes techniques, c’est à dire avoir les éléments structurants de niveau départemental pour accueillir des manifestations culturelles, sportives, économiques. Périgueux doit conserver ses grands centres administratifs pour les services rendus au public. Périgueux doit tenir également un vrai rôle politique. La parole politique de la ville doit compter. Elle est d’ailleurs regardée de près. Quel que soit l’endroit où je vais dans le département, je trouve des gens qui savent qui je suis, qui connaissent mes positions et celles de mon équipe.

Travailler en mode projets

@qui.fr : Peut on parler d’une méthode “Delphine Labails” ?
Delphine Labails Grâce aux moyens humains et à nos ressources, nous pouvons expérimenter les choses. Pour moi, il y a trois dimensions essentielles : le social, l’écologie et la question démocratique. Nous avons l’opportunité d’être un espace laboratoire qui permet de changer les modes de faire, y compris au plan départemental. L’idée est d’ouvrir des portes. Dans ma démarche de travail, je procède par expérimentation. On a eu une intuition que l’on construit avec les habitants ou les usagers. On l’expérimente, on évalue. Ensuite, on procède aux ajustements nécessaires, mais si cela ne fonctionne pas, il faut être capable d’arrêter. Et dans ce cas, ce n’est pas un échec personnel, ni politique. J’aime beaucoup travailler en mode projets, cela correspond à mon parcours personnel et professionnel. Si c’est pertinent, on bascule alors dans du droit commun et cela devient une politique publique ordinaire.

@qui.fr : Quelle place souhaitez-vous donner à Périgueux par rapport à la métropole bordelaise, des parteneriats sont-ils envisageables avec les autres grandes villes de Nouvelle- Aquitaine
Delphine Labails: 
Née à Bordeaux, j’ai passé une partie de mon enfance dans l’agglomération bordelaise. J’y ai travaillé avant de m’installer à Périgueux. J’aime beaucoup la ville, son dynamisme, son patrimoine. En tant qu’élue d’une ville moyenne, on doit militer pour avoir un droit à la métropole. Moi ma métropole, c’est bien sûr Bordeaux, car je suis girondine. Périgueux a de la chance d’avoir une certaine proximité avec Bordeaux avec laquelle elle a lien naturel, mais aussi Limoges. Nous devons faire vivre ce droit aux métropoles que sont la préfecture de la Gironde et celle de la Haute-Vienne. Et Poitiers n’est pas si loin. Nous avons des choses à construire avec Bordeaux, Limoges et désormais Poitiers. Ces trois grandes villes offrent aujourd’hui de vraies potentialités pour les Périgourdins, en termes d’études, d’accès aux soins, d’offre culturelle élargie, d’opportunités économiques. Nous devons construire dans ce nouveau rapport à ces métropoles, mais non pas en disant, on veut tout chez nous. Ces liens passent inévitablement par des liaisons ferroviaires rapides avec Bordeaux et Limoges, par des accès facilités. J’ai prévu de rencontrer prochainement Léonore Moncond’huy, la maire de Poitiers, Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, puis le maire de Limoges. Je veux donner ce droit aux métropoles à mes habitants, quelle que soit la raison, car je crois à la dynamique de ces parcours. Je suis attachée à ce que nos jeunes périgourdins puissent aller se former ailleurs, fassent leurs premières expériences, avec bien sûr l’envie de revenir. Périgueux doit rester leur “Madeleine de Proust”.  Ce qui me conforte dans cette stratégie, c’est l’après confinement. “L’envie”  de ville moyenne, avec ses espaces, est bien réelle. 

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