“Décentraliser davantage pour devenir éco-responsable”


Pour le président de la région, l'élection de cinq députés RN en Nouvelle-Aquitaine est une "très mauvaise nouvelle. L'extrême droite nous ramène au nazisme."

Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-AquitaineAqui.fr
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Publication PUBLIÉ LE 19/07/2022 PAR Cyrille Pitois

Depuis quelques semaines, la région Nouvelle-Aquitaine compte cinq députés Rassemblement national. Le président socialiste du Conseil régional, Alain Rousset commente cette nouvelle configuration politique de son point de vue de président de l’assemblée régionale qui depuis 2021, compte 26 élus Rassemblement national sur 183. Les présidents des Régions sont par ailleurs reçus, ce mercredi à Matignon. Alain Rousset aura l’occasion de dire à la Première ministre toutes ses attentes en matière de décentralisation, la clé selon lui, pour devenir la première région éco responsable de France.

@qui!: Vous êtes devenu le président d’une région qui compte désormais cinq députés RN alors que le Front national n’avait aucun député en Nouvelle-Aquitaine dans le précédent mandat. Quelle lecture en faites-vous par rapport à l’action que vous menez depuis vingt ans ?

Alain Rousset : C’est une très mauvaise nouvelle comme l’est la terrifiante abstention qui pose question. Le point commun de ces comportements électoraux, c’est de vouloir dire « j’existe » qui fait aussi référence à la tribune sur le pouvoir de vivre du leader de la CFDT, Laurent Berger. Ces électeurs veulent évoquer des choses très concrètes comme le temps de trajet pour aller au travail, aujourd’hui le coût du carburant ou l’exigence d’un logement dont le propriétaire respecte les normes. Derrière tout ça, mon analyse c’est qu’on ne sait pas qui fait quoi parmi les pouvoirs publics. Et ca ne concerne pas que les territoires éloignés.

Je note quand même que dans le Blayais, le Médoc ou le Lot-et-Garonne, nous étions très majoritaires aux dernières élections régionales y compris dans des communes rurales, et le FN était loin derrière. Ce qui veut peut-être dire que l’action de terrain menée depuis longtemps, la proportionnelle qui caractérise le scrutin régional, ou la méthode originale de réindustrialisation que nous avons mise au point, tout cela a peut-être fini par jouer et en tous les cas être su par nos concitoyens.

“Le grand remplacement et la notion de race pure nous ramènent au nazisme”

@! : Cependant, il y un groupe d’élus Rassemblement national à la Région. Comment travaillez-vous avec eux ?

A.R.: La majorité politique du Conseil régional est composée de personnes qui ont toutes et tous un engagement dans la vie publique, par militantisme ou responsabilité professionnelle et qui partagent des valeurs où le Rassemblement national n’a pas sa place. Au fil des années, le discours ne change pas, contrairement à l’image habile qu’en donne Marine Le Pen. A chaque session, nous avons droit à une charge d’une grande violence contre l’immigration, ce qui veut dire que ces gens d’extrême droite sont restés adeptes d’une race pure qui nous ramène au nazisme. La théorie du grand remplacement est également un discours qui conduit au nazisme. Et même la “Sciotisation” du débat à droite est extrêmement dangereuse.

@! : Comment démarquer l’action publique de la Région dans un tel contexte ?

A.R.: L’enjeu en complément de l’action publique, est de faire savoir qui fait quoi. Devant des projets comme Ferrocampus à Saintes ou l’école vétérinaire à Limoges, le citoyen a besoin de savoir qui est l’auteur, qui l’a initié, qui l’a financé. Il faut renforcer cette lecture et montrer à quoi sert l’argent de nos concitoyens. Et puis la France est trop centralisée. Le jacobinisme est un boulet au pied. L’Etat voulant tout faire, la centralisation produit de l’hystérisation. Il y a beaucoup à dire sur ces cinq années de centralisation qui ont frustré tout le monde.

“Une foi de charbonnier dans la décentralisation”

@! : Dans son discours de politique générale, Elisabeth Borne a laissé entrevoir un nouvel acte de décentralisation. Vous y croyez ?

A.R.: Non. Le conseiller territorial est une régression complète qui rappelle l’établissement public régional (NDLR : 1972-1982, avant que la région ne devienne collectivité territoriale de plein exercice); c’est priver un pouvoir public de sa capacité de décision; c’est transformer les régions en tiroir-caisse qui distribue l’argent aux autres collectivités, au contraire de la Loi Notre qui était un progrès en ce sens qu’elle précisait les compétences de chaque collectivité. Il faut qu’on sache qui est responsable de quoi. Ca n’a pas d’intérêt d’être en rang à 7 ou 8 derrière un ruban, le jour d’une inauguration.

@! : Qu’auriez-vous à dire à la Première ministre ?  

A.R.: Nous la connaissons de ces précédentes fonctions et elle reçoit les présidents de Région ce mercredi. Cette invitation est plutôt une chose positive. Je garde une foi de charbonnier dans la décentralisation parce que le modèle français républicain démocratique est le seul modèle centralisé qui provoque les gilets jaunes, ou la crise des banlieues à une autre époque et qui produit des effets pitoyables, un décrochage technologique et scientifique, un décrochage industriel.

Et le plan de trente milliards annoncé par l’Etat est dérisoire par rapport aux défis de la transition climatique, par rapport à un sursaut technologique et de recherche. Le modèle d’une mondialisation hyper spécialisée où on achète sur étagères ne fonctionne plus. Prenons l’exemple des bases des médicaments qui proviennent à 98% de Chine. On a vu ce que ça donne en cas de pandémie. La clé, c’est la réindustrialisation par l’innovation, et la Nouvelle-Aquitaine fourmille d’exemples d’entreprises que nous accueillons et que nous aidons et qui participent à ce sursaut. Notre ambition est de devenir la première région éco-responsable de France. Nous sommes en train de réfléchir à la manière dont nous allons éco conditionnaliser ou éco bonifier nos aides. Mais il nous faut une vraie banque régionale, donc un pas de plus de l’Etat vers la décentralisation.

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