La métropole et le “manger sain”


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Publication PUBLIÉ LE 06/01/2018 PAR Romain Béteille

Des efforts visibles

Il a beau exister, de temps en temps, quelques petites carottes ou de très sérieux doutes sur les marges, les nouveaux modes de consommation ont la côte : d’après un baromètre édité par l’agence Bio et le CSA, près de neuf français sur dix déclarent avoir consommé des produits biologiques au cours des douze derniers mois. Fruits et légumes sans pesticides, viande nourrie plus sainement et élevée en plein air, pâtes au blé produit directement sur l’exploitation… les exemples et les promesses ne manquent pas. Il était donc logique de se poser la question, à l’aube d’une année 2018 au cours de laquelle les grands travaux d’aménagement de l’agglomération bordelaise ne manqueront pas de truster les unes de l’actualité dans les prochaines semaines, à savoir comment le bio et le “manger sain” se développent-ils sur la métropole ? Ce marché, souvent très lucratif (le groupement Biocoop, pour ne citer que lui, enregistrait déjà une croissance de 25% de ses ventes en 2016) est-il réellement mature ? Que valent les nouveaux modèles émergeants, les initatives des associations, les ruches, les AMAP ? Peut-on vraiment faire confiance à l’étiquette “zéro pesticides” ?

Le relief de l’économie locale est au moins d’accord sur un point : les alternatives au “tout supermarché” fleurissent un peu partout au détour des 28 communes de la métropole. Elle même soutient d’ailleurs le développement du circuit court par le biais de divers engagements : projet FRCIVAM de “couveuse agricole” pour pousser de nouveaux agriculteurs à s’installer sur le territoire métropolitain, marché d’intérêt national, sauvegarde des zones maraîchères inscrite dans le plan local d’urbanisme… Au niveau des collectivités aussi, on s’engage : Bègles, Bordeaux, Mérignac, Pessac et d’autres n’ont pas attendu la future loi gouvernementale ayant l’objectif de fixer à 50% la part du bio dans les cantines scolaires pour s’emparer du sujet, grâce au soutien du département de la Gironde. Face à des États généraux de l’alimentation aux propositions anémiques et polluées par les lobbys de l’agro-alimentaire, face au lait contaminé de Lactalis et à tous les autres scandales alimentaires récents assez vite oubliés, la “société civile” locale, elle, s’organise pour se mettre de plus en plus au courant de ce qu’elle a chaque jour dans son assiette. 

Des légumes militants

Le petit scandale suscité par les assiettes en plastique dans les cantines bordelaises et le plus gros soulevé par Cash Investigation sur l’usage des pesticides en viticulture l’ont bien prouvé : plus grand-chose ne passe inaperçu. Selon les chiffres de la DRAAF, les habitants de la métropole consomment 162 kilos de fruits et légumes par ménage et par an, le critère d’origine comptant à 25% comme critère d’achat. La métropole, bien que son autosuffisance alimentaire soit désormais un mythe avoué, concentre 50% du “potentiel de consommation”. Pour autant, le territoire, regardé à la loupe par ce diagnostic territorial, est jugé comme étant “à deux vitesses”. C’est que le bio et les produits de qualité, c’est logiquement bien plus cher à la caisse qu’un sachet de trois sucrines espagnoles à un euro. Et le prix varie même souvent en fonction des modèles proposés : association, magasin de producteurs, marché, drives : même si tous se partagent plus ou moins les bonnes adresses des paysans girondins et aquitains, leur méthode de fonctionnement, ce qu’on appelle en langage “start-up” leur “business model”, est souvent différente d’une adresse à l’autre. Cette donnée n’est bien sûr pas anodine, car d’un autre côté, on comptait en 2015 quelques 33 000 bénéficiaires de l’aide alimentaire, dont 70% en zone urbaine… et ce chiffre ne cesse de grimper. Selon les données révelées par le Secours Catholique en novembre, les demandes d’aide alimentaire représentent désormais pour 37% des motifs d’accueil. Les nouvelles “épiceries solidaires”, qui proposent des prix défiant toute concurrence et un tarif “minimas sociaux”, paraissent former, aux côtés des aides alimentaires, l’autre côté du miroir.

Malgré ces constats en demi-teinte, l’explosion des modes de consommations alternatifs interroge. Nous avons voulu pousser les portes et les préjugés pour questionner ceux qui les font vivre sur la métropole bordelaise : par exemple ces producteurs regroupés au sein de la Coop Paysanne rive droite dont le modèle se cherche encore, ces locavores qui, dans leur coin, cultivent le “manger sain”, ces “drives fermiers” qui font des paysans des livreurs de paniers hebdomadaires. Sans être totalement exhaustifs, nous ouvrons la page d’un dossier aux multiples interrogations  : cette métropole attirant chaque jour de nouveaux habitants leur permet-elle de bien manger sans se ruiner ? Comment fonctionnent, en interne, ces nouvelles façons de mieux consommer ? En quoi permet-elle aux agriculteurs de mieux vivre de leur travail ? Cette enquête, vouée à s’étoffer au fil des semaines, vous emmènera faire un petit tour d’horizon des solutions alternatives qui, bien qu’encore jeunes, prennent de plus en plus des airs de lutte sociale. Alors, les enseignes vertes sont-elles aussi vertueuses qu’elles le prétendent ? Premiers exemples, à l’échelle de l’agglomération bordelaise, fournissant des éléments de réponses. 

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