La LGV inquiète les vignerons du sauternais


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Publication PUBLIÉ LE 05/12/2014 PAR Romain Béteille

“Même si le sauternes n’était pas concerné, toucher à la vallée du Ciron est un scandale et une honte”, s’insurgeait ce matin Bérénice Lurton-Thomas, propriétaire du Château Climens, à Barsac. C’est que le projet de ligne à grande vitesse tracé par RFF est loin d’être exempt de reproches, selon divers élus et vignerons des appellations Sauternes et Barsac. En effet, elle prévoit, sur une zone de 70 kilomètres, de passer en plein coeur de la vallée du Ciron, zone classée Natura 2000, menaçant les nappes phréatiques et indirectement les 170 vignerons présents dans cette région. Dans un récent communiqué, leurs porte-paroles expliquent les conséquences que pourrait avoir la construction de la ligne sur leurs exploitations : “Le tracé est implanté dans la zone humide du Ciron (…) traversant son bassin versant sur plus de 100 kilomètres. Entre autres conséquences, le réchauffement des eaux du Ciron, et donc la disparition du micro-climat du sauternais et de la pourriture noble”. 

Le  champignon botrytis directement menacé ? Cette pourriture noble, c’est le fameux champignon Botrytis Cinerea, qui décolore et assèche le raisin, permettant ainsi à la baie de se concentrer en sucre et de produire le fameux liquoreux. Directement menacé par la modification climatique, le botrytis n’est pas la seule inquiétude des vignerons, qui dénoncent la destruction de plus de 4800 hectares de terres agricoles et de forêts, avec les espèces animales et végétales qui y vivent, provoquant un impact sur cette zone protégée par l’appellation Natura 2000. Dans un avis datant du 20 novembre, Gilles Savary, Député de la 9ème circonscription de la Gironde, dénonce cette implantation qu’il juge “délibérément implantée sur la zone de biodiversité du Ciron, qui constitue la précieuse et irremplaçable usine climatique de production du vin de Sauternes”.

“Ce carrefour de lignes grande vitesse ferroviaire percute, au prix de surcoûts considérables et d’atteintes irréversibles au paysage, à la tranquillité sonore et aux conditions aérologiques de la vallée constituée de zones humides actuellement protégées par 3 ZNIEFF, 32 parcelles classées en espaces naturels sensibles sur la seule commune de Bernos-Beaulac”, rajoute le député dans son avis sur l’enquête publique. Même son de cloche du côté de Xavier Planty, président de l’Organisme de défense et de gestion des AOC Sauternes et Barsac “l’exemple de la LGV Tours-Bordeaux démontre une emprise réelle supérieure de 60% par rapport aux chiffres annoncés par le porteur de projet”, écrit-il. Ce propriétaire du Château Guiraud, Sauternes 1er cru, ne craint pas de dénoncer ainsi un projet “digne de la Corée du Nord, imposé sans discuter. Les cabinets d’études ne tiennent jamais compte de l’AOC, appellation prestigieuse et menacée. Ce qu’on risque, c’est un morcellement du dysfonctionnement de l’eau, et même un dysfonctionnement global”. Le vigneron a déjà annoncé que l’association était actuellement en phase de recruter un cabinet d’avocats pour mettre en place des actions possibles en réaction à la fameuse enquête publique, mais reste fermement convaincu que l’annulation du projet, au regard de ces arguments économiques et écologiques, reste possible.

Le projet bientôt annulé ?« La Chambre d’agriculture demande une modification du tracé en se basant uniquement sur l’exploitation viticole, mais ils ne se sont pas occupés des menaces sur la zone forestière. De même, les études de RFF sont partielles, voire même partiales. Il faut leur demander s’ils peuvent assurer à la commission européenne que les modifications du Ciron ne seront pas dommageables pour l’économie de la région», martèle ainsi Xavier Planty. La production de l’appellation Sauternes Barsac est estimée entre 50 et 60 millions d’euros par an, et concernerait 3000 emplois directs et indirects. Les vignerons bénéficient déjà du soutien de plusieurs élus et organismes, dont la FNE (France Nature Environnement) et affirment même que le débat est en train de devenir national.

L’impact serait donc multiple : la qualité de la ressource en eau, l’hydrologie, l’environnement (le bassin versant devrait accueillir le triangle ferroviaire du raccordement des lignes Bordeaux/Toulouse et vers l’Espagne), et enfin la biodiversité. Enfin, autre menace dont on parle moins, selon Denise Cassou, administratrice à la SEPANSO (fédération régionale des associations de protection de la nature de la région Aquitaine), le problème des granulas, dont l’extraction entraine de forts impacts environnementaux (baisse des nappes phréatiques notamment), dont le besoin en apports extérieurs est passé de 3,3 à plus de 33 millions. « Le Sud Gironde a assez payé en matière d’impact », déplore ainsi la responsable. Tous ces facteurs pourraient menacer les emplois et la production viticole du secteur, pour un projet dont la rentabilité, selon un rapport de la Cour des Comptes du 23 octobre 2014, « est systématiquement surestimée, tandis que la rentabilité de l’activité TGV est déclinante pour la SNCF ». L’enquête publique sur le projet GPSO, qui prévoit de prolonger la LGV Bordeaux/Toulouse d’ici à 2024 et Bordeaux/Dax d’ici à 2027 doit être rendue le 8 décembre prochain Elle devrait être déterminante pour les vignerons qui ne s’interdisent pas d’engager des actions contre le projet. L’appellation se dit même prête à saisir la cour de justice européenne. 

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