Micropolluants: quelles solutions face à un maxi problème ?


Les micropolluants, issus de nos modes de vie sont un éléments de pression de plus sur la ressource en eau. La situation est inquiétante mais des solutions se font jour.

Les micropolluants dans l'eau, issus des produits chimiques utilisés au quotidien par l'Homme sont une source de pollution invisible mais grave pour la biodiversité.Aqui.fr
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Publication PUBLIÉ LE 15/07/2022 PAR Solène MÉRIC

Au changement climatique et à la préservation de la biodiversité, un troisième impératif environnemental se fait jour, non sans un certain retard : les micropolluants dans l’eau, tout droit venus de nos modes de vie modernes. A Bordeaux, l’Agence de l’Eau Adour-Garonne fait le point sur les modes de détection et sur les effets des molécules chimiques qui les composent, et développe des actions et des solutions de prévention et de traitement. Malgré l’immensité de la tâche!

Ils sont « invisibles, impalpables », décrit Aude Widen, directrice adjointe de l’Agence de l’eau Adour Garonne, mais pourtant, ils sont des millions, à se répandre dans l’atmosphère, dans les sols et dans l’eau. “Qu’ils soient originellement issus de médicaments, de métaux, de pesticides, de plastiques, d’additifs, de détergents ou encore de produits fluorés,  les micropolluants finiront tous leur course dans nos cours d’eau, fleuves et océans,” décrit Hélène Budzinski, chimiste, directrice de recherche CNRS à l’université de Bordeaux.

Les chercheurs savent caractériser « des milliers de molécules » de ces micropolluants mais seules « environ 500 sont suivis et surveillé de manière régulière dans les cours d’eau » dans le cadre de la réglementation : la faute aux moyens techniques et financiers. Mais, « plus on cherche, plus on trouve », pointe la chimiste et la source n’est pas prête de tarir, la production de produits chimiques et de plastiques gardent une courbe de croissance exponentielle alerte-t-elle.

Améliorer la surveillance
Côté chiffres se sont « des millions de molécules polluantes » qui infestent nos eaux, et une grande partie est encore inconnue rappellent les scientifiques. A cette surveillance analytique, par molécule, « qu’il faut poursuivre, amplifier, affiner », encourage notamment Pierre Dubreuil, Directeur général de l’Office Français de la Biodiversité, il importe de s’équiper en outils de biosurveillance.

Ceux-là prennent en compte les “effets cocktails” en matière de toxicologie sur les milieux, et mesurent les conséquences délétères de ces micropolluants sur l’environnement en termes notamment d’érosion de la biodiversité. Amphibiens, oiseaux, poissons en sont les premières victimes. « Il n’y a pas un effet spectaculaire de mortalité d’une espèce, mais ces molécules peuvent engendrer un vieillissement prématuré, des difficultés sur la reproduction, des modifications de comportement… Autant de facteurs qui -in fine- mettent en jeu sa survie », décrit François Brichoud, chargé de recherche au CNRS de Chizé.

Une étude demandée par Syntheau (syndicat des concepteurs et constructeurs de traitement de l’eau) au CNRS, révèle que « 88 substances suivies dans les eaux françaises, ont été identifiées comme la cause de la disparition potentielle d’une espèce aquatique tous les 10 ans.” Le secrétaire général dudit syndicat, Florent Boulier souligne avec d’autres « l’urgence d’agir ». Une action en amont, sur la source même des micropolluants en faisant évoluer nos usages économiques et sociaux, mais aussi en agissant avec « un traitement curatif à large spectre sur les stations d’épuration », qui ne sont pas pour l’heure équipées en la matière.

Solutions et dynamiques territoriales

Plusieurs dynamiques d’innovation territoriales démontrent que l’heure est déjà à l’action, à l’image de l’expérimentation mise en oeuvre entre la société Pearl et Limoges métropole, en partenariat avec la Chambre d’agriculture pour la détection de métabolites de pesticides dans la ressource en eau sur un captage pour l’alimentation en eau potable.

Pour diagnostiquer et réduire la pollution chimique sur les aires urbaines, treize projets territoriaux sont retenus dans le cadre d’un appel à projet national. Durant cinq ans, ces projets ont exploré diverses solutions concrètes alimentant une véritable boite à outils, à laquelle appartient notamment le projet REGARD sur l’aire métropolitaine bordelaise.

« Dératisation mécanique, enherbement des cimetières, travail sur le traitement et la dépollution des eaux pluviales », sont autant de solutions testées et approuvées pour réduire les sources de pollution, cite Marion Justine Capdeville en charge du projet pour le laboratoire Suez Le Lyre. Un projet qui a aussi cherché à sensibiliser habitants et centres hospitaliers à cette pollution chimique. Une sensibilisation globale de la population indispensable, quand on sait que l’interdiction, pourtant peu impactante au quotidien, des assiettes, pailles et autres verres en plastique fait déjà râler…

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