L’actualité du Roman Noir : Le Roman Noir de l’Histoire


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Publication PUBLIÉ LE 25/11/2019 PAR Bernard Daguerre

Enquêteur hors pair comme le sont tant de héros du genre littéraire noir et populaire, Daeninckx impressionne et happe le lecteur par la masse précise et documentée de ses informations et leur mise en chair, leur mise en acte par le chemin de la fiction. Au fond, en installant ces histoires redécouvertes, il accomplit à partir du domaine de son imaginaire littéraire, un « geste artistique [qui] force la société à aller plus vite », selon ses mots mêmes.

Bien sûr, nous avons en mémoire ces romans fameux que sont, par exemple, Meurtres pour mémoire (1983- l’itinéraire lourd de crimes d’un haut fonctionnaire de Vichy à la Ve République) ou Cannibale (1998- des Kanaks sont « enrôlés » à l’exposition coloniale de 1931). Ici, ce sont les suites de la Commune de Paris, l’essor et les luttes du mouvement ouvrier, les souffrances horribles de la guerre dans les tranchées 1914-18, les convulsions de l’empire colonial, la guerre à nouveau, celle de 1939-45, et les grands évènements des dernières décennies qui rythment le mouvement général. On observera la proportion importante donnée aux épisodes de ces dernières années, avec une part personnelle que Didier Daeninckx n’hésite pas à présenter et à revendiquer (voir le récit La rumeur d’Aubervilliers). Il faut alors citer le Dictionnaire de littérature policière de Claude Mesplède qui dans son article consacré à cet auteur écrit : « la puissance qui sourd de son œuvre vient avant tout de ce qu’il ne se borne pas à dénoncer. Il fait mieux : il énonce. » De fait cette énonciation concerne aussi l’auteur, comme un fragment historique qui nous concerne, nous lecteurs.

La présentation de ce Roman noir de l’Histoire serait incomplète si l’on n’y parlait pas du style, de la méthode et de l’œil au travail de l’auteur. En accord avec sa démarche -découvrir des formes asymétriques, mal boulonnées, bancales et soigneusement recouvertes de notre temps, passé et à venir, l’auteur aime à déchiffrer le palimpseste des lieux successifs de notre mémoire ; ainsi dans la nouvelle Réservé à la correspondance, cette description d’un Paris disparu, du côté de la Porte de Montreuil: « Le siècle avait bousculé tout le quartier, remblayé les carrières, effacé les fours à plâtre, mis à bas les alignements de fabriques dont les innombrables cheminée crachaient un ciel d’encre sur la banlieue. Tous les espaces libérés avaient été occupés par des théories de pavillons, de petits ateliers, qui maintenant cédaient la place à des résidences, des lofts… J’ai marché au hasard des rues, la tête pleine de tous ces inconnus glanés sur les photos jaunies, recherchant la trace de ce qui avait été… », travail de collage et d’assemblage littéraires qui dégagent des sens nouveaux. Il y a enfin le formidable pouvoir d’évocation par l’accumulation érudite, en même temps sensuelle et émotive, d’un passé si présent : on pensera à l’émouvante récit des femmes et de leur pratique sportive et politique au moment du Front populaire –Un parfum de bonheur.

Hommage à Didier Daeninckx, « écrivain affecté » par l’histoire et infatigable porteur du devoir permanent de transmission.

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