La Safer se penche sur le renouvellement des générations


Patrice Coutin, Président de la Safer Nouvelle-Aquitaine, Arnaud Courjaud, Président du comité technique départemental Safer33 et Michel Lachat directeur départemental Safer33 sont intervenus.

Patrice Coutin, Président de la Safer Nouvelle-Aquitaine, Arnaud Courjaud, Président du comité technique départemental Safer33 et Michel Lachat directeur départemental Safer33 sont intervenus.Emmanuelle Diaz | Aqui
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Publication PUBLIÉ LE 25/07/2022 PAR Emmanuelle Diaz

C’est sur le thème « Le renouvellement des générations d’agriculteurs de la Gironde : Jouons collectif ! » qu’a eu lieu, la Conférence Départementale du Foncier Rural 2022. Une rencontre qui fait suite au dernier recensement agricole 2020 et dont les chiffres présentés en décembre dernier, confirment la difficulté croissante à trouver de nouvelles générations d’agriculteurs. Alors pourquoi les jeunes ne peuvent-ils ou ne veulent-ils pas reprendre des terres agricoles ? Quels sont leurs freins et y a-t-il des solutions ? Analyse d’une situation qu’il est urgent de régler.

Après deux années d’interruption en raison de la crise covid, c’est au Lycée agro-viticole de Libourne-Montagne qu’a eu lieu, sous l’égide de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) Nouvelle-Aquitaine, la Conférence Départementale girondine du Foncier Rural 2022. Une rencontre consacrée cette année, à un problème récurent, le renouvellement des générations d’agriculteurs en Gironde, confirmé par les premiers chiffres du Recensement Agricole 2020. Ils constatent une baisse importante du nombre d’exploitations (-19 000 en 10 ans) en Nouvelle-Aquitaine. Par ailleurs 28% des chefs d’exploitations, co-exploitants et associés actifs de la Région ont désormais 60 ans ou plus. Un souci majeur quant on sait que les derniers baby boomers quitteront la vie active d’ici environ 5 ans, laissant, derrière eux, des terres qu’il faudra reprendre.

Selon les derniers chiffres récoltés par la Safer en Gironde durant l’année écoulée, le contexte est plutôt morose. Malgré une hausse de près de 16% des surfaces mises sur le marché foncier en 2021 (16 000 ha vendus contre 13000 à 14 000 ha normalement), 61% des surfaces ont été acquises par des gens qui n’ont pas la qualité d’agriculteur. Ces derniers n’acquérant que 37% du marché foncier rural. En cause ? Notamment l’engouement notable des citadins pour les résidences à la campagne suite aux confinements. Par ailleurs, l’année 2021 n’a pas été un grand cru pour la Safer en termes d’installation dans le département puisque sur les 2 209 ha acquis par l’organisme l’an dernier, seulement 474 hectares lui ont été directement consacré, soit 21% de la surface, et 1285 ha, soit 58% de la surface, pour la consolidation.


L’accès au foncier : le parcours du combattant ?

Du côté des cédants, la situation ne semble pas meilleure. Au niveau régional, « 1/3 des exploitants savent ce qu’ils vont faire (1/4 vont transmettre l’exploitation et 6% vont accepter de la céder à l’agrandissement) et les 2/3 qui restent sont, soit des gens qui vont rester dans les cinq ans qui viennent, soit des gens qui ne savent ce qu’ils vont faire, faute de repreneur », explique Philippe de Guénin, directeur régional de la DRAAF (Direction Régionale de L’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt).

« Vu le nombre encore important d’exploitations qui vont être cédées d’ici quelques années, il y aura du foncier disponible pour l’installation et des solutions devraient pouvoir être trouvées », poursuit-il. De nombreuses aides sont d’ailleurs déjà proposées aux jeunes qui souhaitent s’installer, tant par des outils de régulation du marché foncier via la Safer (portage foncier, veille foncière, réserve foncière, achat de foncier pour des montants très modiques…), le Département de la Gironde ou la Région Nouvelle-Aquitaine, ou encore, des aides financières.

Le renouvellement des actifs avant la course au repreneur

Un point de vue que nuance François Purseigle, sociologue, professeur à l’Institut Polytechnique de Toulouse et spécialiste des questions agricoles et foncières, pour qui le déficit dans le métier ne s’explique pas simplement par des difficultés d’accès au foncier. « Concernant les exploitations, la demande ne coïncide pas forcément avec l’offre. Un certain nombre de porteurs de projets ne se retrouvent pas dans les fermes qui sont à reprendre », explique-t-il, convaincu que la question du renouvellement des générations est mal posée, le vrai défi étant celui du renouvellement des actifs.

Des actifs qu’il faut maintenir et qui, pour lui, ne seront pas forcément des chefs d’exploitation puisque « l’essentiel du volume du travail réalisé dans les exploitations en Gironde est le fait de salariés. Seulement 30% de ce volume est le fait de chefs d’exploitations […] Pour renouveler ces actifs, il faut faire prendre conscience que les exploitations ne sont pas simplement des lieux dans lesquels on va juste mettre ses pas dans ceux de ses parents ou du cédant. Il faut que les exploitations agricoles soient des lieux dans lesquels une multitude de projets soient susceptibles d’advenir. Car les nouvelles générations ne se projettent plus dans l’agriculture de la même manière. Elles mettent la valeur des produits, la valeur de l’organisation du travail ailleurs », précise l’universitaire.

Reste que la Gironde ne fait pas exception à la règle. Sur les 7000 exploitations, (viticoles à 74%) que compte encore le département (- 25% en dix ans selon le dernier recensement), beaucoup vont bientôt avoir à trouver repreneur. « En Gironde, 2200 chefs d’exploitation ont 60 ans ou plus et le nombre de nouveaux installés en 2021 est, comme les années précédentes, de 227 mais seulement 80 en viticulture, ce qui va poser problème », rajoute pour sa part, Vincent Bougès, Président du comité d’orientation installation-transmission de la Chambre d’agriculture de la Gironde.


L’important ? Un revenu décent et une viabilité de l’exploitation

« La transmission c’est un peu l’angle mort quand on parle d’installation et de renouvellement des générations. Le problème de la transmissibilité, c’est le revenu que peut dégager une exploitation pour que l’agriculteur puisse vivre. Quant on aura réglé cette question on pourra parler plus sereinement d’installation et trouver davantage de vocations », poursuit-il. « Il faut poser un diagnostic de l’installation. Mais aussi mieux repérer les cédants et savoir comment anticiper cette transmission », précise Vincent Bougès qui met l’accent sur la durabilité de l’exploitation dans le temps, quelle soit petite ou grande.

« Ça ne passe pas forcément par la course aux hectares. Ça dépend aussi et surtout des modèles de production que l’on peut retrouver sur toutes les filières confondues. Nous, ce qu’on défend en tant qu’acteurs de l’agriculture, c’est la diversité de nos modèles et c’est cette diversité qui répondra à ce grand enjeu du renouvellement des générations », explique-t-il.


Agriculture de proximité : le rôle des collectivités locales

Reprenant les propos de Serge Bergeon, Secrétaire général de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA) de la Gironde pour qui « le salut vient d’une nouvelle forme d’agriculture, de commercialisation, de transmission des exploitations » et surtout d’une agriculture de proximité, Philippe Tuzelet, Directeur général de la Safer Nouvelle-Aquitaine milite lui aussi pour une production locale. Production dans laquelle les collectivités, responsables de la restauration hors domicile, ont leur rôle à jouer, tant pour l’organisation de la demande, que pour la gestion des stocks. « Il faut des centrales de collecte, de redistribution, de réfrigération et ça, ce n’est pas un agriculteur seul qui peut le porter. C’est une démarche de projet alimentaire territorial », précise-t-il.

Parallèlement, la Safer Nouvelle-Aquitaine réfléchit au niveau national à la mise en place d’un fonds d’investissement géré par une société de gestion. « On travaille à ce fonds de portage pour lever dans un premier temps 80 millions d’euros grâce à des financeurs (Crédit Agricole, Crédit Mutuel…) », précise Philippe Tuzelet. Et à l’échelle régionale, un réseau de bailleurs privés se met en place.

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